JO: Renaud Lavillenie, roi de la perche et de la voltige

le
0
RENAUD LAVILLENIE, FAVORI DU CONCOURS DE SAUT À LA PERCHE OLYMPIQUE
RENAUD LAVILLENIE, FAVORI DU CONCOURS DE SAUT À LA PERCHE OLYMPIQUE

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Au même titre que le judoka Teddy Riner et le nageur Camille Lacourt, le perchiste Renaud Lavillenie arrive à Londres avec un statut d'archi-favori de sa discipline, tant il domine son art depuis trois ans.

Impérial cette saison, où seuls deux concours sur onze lui ont échappé, le Clermontois âgé de 25 ans n'oublie toutefois jamais de rappeler le caractère parfois cruel de son sport.

"Notre discipline étant à risques et en plein air, elle est donc très aléatoire. Chez nous, faire six mètres un jour n'assure pas comme un chrono de le refaire, plus ou moins, un autre jour. Chez nous, tout peut arriver entre de zéro à six mètres", explique-t-il dans un entretien accordé à Reuters.

"Alors à chaque grand championnat et plus particulièrement aux JO, le compteur se remet à zéro", poursuit celui qui fera son baptême du feu olympique à Londres.

Quant au feu de la perche, Renaud Lavillenie l'a reçu comme un don, explique son entourage.

"Lui, il joue avec sa perche comme un gamin va jouer à faire jongler son stylo au bout des doigts", analyse son jeune entraîneur, Damien Inocencio, 35 ans.

A peine sur un sautoir, le zébulon ne résiste pas au bonheur de s'enrouler autour de sa perche sous l'oeil amusé de Gérald Baudouin, ancien perchiste devenu entraîneur national.

"Lui, même quand il vient au stade pour une séance où il ne doit pas sauter, il n'arrive jamais à s'empêcher de saisir une perche pour quelques sauts."

Et à l'heure d'un entraînement spécifique à la perche, à l'heure où les autres additionnent une bonne vingtaine de sauts, lui les enchaîne sans relâche, sans fatigue et sans se départir de son sourire jusqu'à en compter une cinquantaine.

"En fait, j'en ai tellement enchaîné, dans toutes les circonstances, notamment météorologiques, que je ne suis jamais surpris en concours. Mieux, parfois, j'attends la circonstance exceptionnelle devant laquelle certainement à l'entraînement les autres auront tourné les talons", s'amuse-t-il à souligner.

Renaud Lavillenie s'est révélé en 2009 avec un titre de champion d'Europe en salle.

VOLTIGE À CHEVAL

Depuis, ce phénomène confirme à chaque rendez-vous: en 2009, médaillé mondial de bronze avec un saut à 5m80; en 2010, premier Français à être champion d'Europe en plein air; en 2011, champion d'Europe en salle suivi d'un bronze mondial; en 2012, champion du monde en salle et champion d'Europe en plein air avec 5m97.

Au passage, en juin 2009, ce poids plume d'1m77 pour 70 kg fut le premier Français à franchir six mètres en plein air, avec un saut à 6m01.

A peine atterri dans son couffin, Renaud Lavillenie suivait son père Gilles, perchiste amateur valant 4m40 à l'époque.

"Quelques jours après ma naissance, j'étais déjà avec lui au pied du sautoir de mon petit stade de Cognac. Cela a dû me marquer", plaisante le double champion d'Europe.

Séduit par cette catapulte à aller direct vers les nuages, il grandit en se bricolant "des perches avec bout de bois, barre de fer, tringle en bois, manche à balai pour sauter muret, table, buisson et portique".

Le voltigeur Renaud Lavillenie est né et le sera, essentiellement à cheval.

"Entre dix et quinze ans, je n'ai pas touché une seule perche. Comme mon père dirigeait alors un centre équestre, je faisais de la voltige équestre", raconte-t-il.

Jusqu'à vingt ans, il monte à cru, debout, en cosaque, assis à l'envers, en faisant le poirier, "maîtrisant élan et vitesse le tout terminé par une acrobatie, comme à la perche".

A vingt ans, il reprend ses perches sans avoir été un junior étincelant, "valant 4m70 quand le titre mondial junior se jouait à 5m50".

A l'été 2007, il saute 5m45. Alors, "pour ne pas hypothéquer une carrière à la perche en me blessant à la voltige", il lâche ses trois chevaux.

S'il n'avait pas été perchiste, être ferronnier, un art pratiqué de pères en fils chez les Lavillenie, aurait été sa destinée.

Représentant la sixième génération, le perchiste a appris ce métier et est aujourd'hui "capable de travailler en soudure, en ferronnerie, de faire des serrures, des pieds de table ou des barres".

En attendant de reprendre, peut-être un jour, l'affaire familiale, Renaud Lavillenie va tenter à Londres de décrocher une médaille, la plus belle du forgeron si possible.

Edité par Olivier Guillemain

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant