JO: le sprinteur Christophe Lemaitre face à un choix cornélien

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LE DILEMME DE CHRISTOPHE LEMAITRE
LE DILEMME DE CHRISTOPHE LEMAITRE

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Double champion d'Europe en titre sur 100 m, Christophe Lemaitre a de grandes chances malgré tout de disputer ses premiers Jeux olympiques sur 200 m, un choix de raison s'il souhaite revenir de Londres avec une médaille autour du cou.

Qualifié sur les deux distances reines de l'athlétisme, le sprinteur d'Aix-les-Bains ménage encore le suspense à quelques jours de l'ouverture des JO même si dans sa tête, tout semble joué.

"Faire le doublé aux Jeux va être difficile parce qu'il ne faut pas en voulant courir le 100 m où la médaille est, disons, impossible, que j'hypothèque ma chance de médaille sur 200", a récemment expliqué à Reuters l'étudiant ingénieur en électronique âgé de 22 ans.

Malgré son jeune âge, Christophe Lemaitre devine que des JO se gèrent sur plusieurs jours, pas sur une seule soirée.

"Je ne dois pas produire mon plus gros effort sur une seule course comme en meeting mais après trois: les séries, les demi-finales et la finale", souligne le protégé de Pierre Carraz, lessivé après avoir fait justement cette passe de trois aux derniers championnats de France.

S'il écoute sa raison et analyse ses récents résultats et ceux de ses potentiels concurrents sur les deux distances, le sprinteur français doit se rendre à l'évidence: une finale sur 100 m sera difficile à accrocher et une médaille, quasiment hors d'atteinte.

En revanche, sur 200m, deux indicateurs clignotent en vert: une médaille de bronze décrochée l'an dernier aux championnats du monde de Daegu et un chrono intéressant claqué à Londres le 14 juillet dernier, lors d'un meeting comptant pour la Ligue de diamant: 19"91, soit la troisième meilleure performance mondiale de l'année.

Pour avoir une chance de décrocher une médaille, il faudra certainement descendre encore sous les 20 secondes et effleurer 19"85 voire 19"80, l'équivalent de son record de France.

"JE RESTE DANS MA BULLE"

Sur le papier, le Français reste quand même encore loin des médailles d'or et d'argent prêtes à sauter au cou des Jamaïcains Usain Bolt, auteur cette saison d'un 19"83, et de Yohan Blake, auteur d'un 19s80, sans compter sur l'Américain Wallace Spearmon ou encore sur le Néerlandais Churandy Martina.

Mais la force de Christophe Lemaitre, premier sprinteur blanc à être descendu sous les dix secondes sur 100 m est qu'il court, encore et toujours, pour le plaisir et sans se poser de questions.

"Tout ce qui tourne autour de la course ne m'intéresse pas trop. Les médias, les sollicitations ou la musculation", énumère le Savoyard, entre deux tics, très marqués quand il est sur les rotules.

Christophe Lemaitre ne court pas non plus après les obligations nées de sa nouvelle notoriété. Et voir évoluer cet introverti, très lunaire, dans le milieu du sprint ronflant et bodybuildé, a quelque chose de décalé.

Mais c'est précisément dans ce décalage que le Français puise en quelque sorte sa force et sa fraîcheur.

"Ma passion est vraiment de courir, de piquer un sprint comme on dit. Seule cette passion m'anime vraiment."

"Je reste dans ma bulle. Je ne me disperse pas. Et surtout je garde la tête sur les épaules. Comme depuis toujours, je prends surtout du plaisir à courir avec mes potes, à courir pour mon club", glisse ce garçon timide et discret d'1m89 pour 74 kg.

Malgré ses titres et son aura, le sprinteur reste en effet très enraciné à sa prairie de l'hippodrome et au stade Forestier d'Aix-les-Bains. Cet endroit même où ce fils de lutteur s'est forgé un titre mondial chez les juniors en 2008 et un autre, européen celui-là, en 2009 sur 100 mètres.

Edité par Olivier Guillemain

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