JO: la petite entreprise de Jessica Michel en dressage

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JESSICA MICHEL, UNE CAVALIÈRE TAILLE PATRONNE
JESSICA MICHEL, UNE CAVALIÈRE TAILLE PATRONNE

par Olivier Guillemain

PARIS (Reuters) - Jessica Michel n'est pas seulement une cavalière de haut niveau qui représentera la France en dressage aux JO de Londres, cette Nantaise de 30 ans est avant tout un véritable chef d'entreprise.

"Aujourd'hui, je suis responsable d'une structure qui emploie six salariés avec des frais engagés à hauteur de 350.000 euros par an hors-taxe", a-t-elle raconté lors d'un entretien accordé à Reuters.

"Sans ce haras et sans mon patron, qui m'avance cette somme, je n'y serais peut-être jamais arrivée, ou alors pas si vite. Mais bon, l'équitation est une histoire de rencontres et l'avantage que j'ai, du coup, c'est que je le vis comme si c'était mon entreprise."

Avant d'en arriver là, c'est-à-dire décrocher un quota olympique après seulement six ans d'efforts, un laps de temps relativement court dans ce sport exigeant, Jessica Michel a emprunté des chemins de traverse, puis une autoroute, qui la conduira cet été à Londres.

Car généralement, le privilège de disputer des Grands Prix et des concours aussi prestigieux que celui des Jeux olympiques reste la chasse gardée des cavaliers "issus du milieu", de par leur parents, question de fortune oblige.

Mais Jessica Michel n'est pas issue de ce sérail et c'est grâce à des lettres de noblesse acquises au Cadre noir de Saumur, et à sa fibre entrepreneuriale, qu'elle a réussi à s'imposer dans ce microcosme fermé.

Dès sa sortie d'école, celle-ci est partie s'installer dans le sud de la France, près d'Avignon, pour monter une petite structure équestre et vivre de l'enseignement de son art.

Très rapidement, son activité devient florissante et lorsqu'un grand chef d'entreprise français, Xavier Marie, demande en 2005 au Cadre noir de lui fournir un nom pour monter une plus grande structure de dressage, c'est le sien qu'on lui chuchote à l'oreille.

"DEVENIR UN HOMME DE CHEVAL"

"Lorsqu'il m'a appelée, personne ne me connaissait. Je venais juste de déménager dans le sud de la France. Je m'étais mise à mon compte donc je n'étais pas prête à faire machine arrière", raconte-t-elle.

"A l'époque, je lui avais dit que j'étais prête à ce qu'il m'envoie des chevaux mais pas à venir à Nantes. Après, je me suis dit que j'avais peut-être laissé passer une opportunité donc je l'ai recontacté, et là, il a fini par être d'accord pour qu'on travaille ensemble à distance."

En quelques mois, cette association fut victime de son succès et Jessica Michel n'a pu échapper à un nouveau déménagement près de Nantes, pour cette fois-ci piloter le Haras de Hus de Xavier Marie.

"Aujourd'hui, nous faisons de l'élevage, du dressage et de la vente, du cheval de Grand Prix comme de loisir. Et c'est en valorisant les chevaux que j'ai depuis très jeune que j'arrive à rembourser la somme que m'avance Xavier Marie", explique-t-elle.

En septembre dernier, en parallèle de son métier à plein-temps, Jessica Michel a commencé à s'essayer au plus haut niveau de la discipline de dressage (Grand Prix), et au grand étonnement de tous dans le milieu équestre, celle-ci a décroché son billet pour Londres en mars.

"Il m'a donc fallu cinq mois pour entrer dans les critères de sélection olympique, chose qui semblait impossible à beaucoup de gens lorsque j'ai commencé", raconte-t-elle sobrement, comme pour masquer son talent, par modestie.

Pour ses premiers JO avec sa monture Riwera de Hus, Jessica Michel est lucide et confie sans détour qu'une médaille sera hors de sa portée. Ses chances de franchir les deux premières épreuves éliminatoires avant la finale de l'épreuve de dressage demeurent également ténues, de son propre aveu.

"A mon niveau, l'objectif est de parvenir à me qualifier pour la deuxième épreuve. La finale n'est pas encore à ma portée. Enfin, peut-être, si je continue à progresser et avec de la chance", dit-elle.

Mais si jamais tout cela n'arrive pas, Jessica Michel, qui cherche tout sauf la gloire, n'en fera pas un drame. "Ce qui m'importe plus, c'est de devenir un homme de cheval."

Edité par Chrystel Boulet-Euchin et Hélène Duvigneau

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