JO: Gauthier Grumier, l'épée en héritage

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GAUTIER GRUMIER, LA FINE LAME
GAUTIER GRUMIER, LA FINE LAME

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Vice-champion du monde à Paris en 2010, Gauthier Grumier, 28 ans, est la dernière fine lame de la prestigieuse lignée d'épéistes français.

A l'heure où l'escrime hexagonale a perdu de ses couleurs notamment à l'épée, jadis son maillon fort, cette discrète tête d'affiche aimerait briller aux JO de Londres et succéder à Eric Srecki, dernier champion olympique français de la discipline, en 1992.

Aujourd'hui, ce dernier est directeur technique national. Il est surtout l'idole de Gauthier Grumier, depuis toujours.

"J'avais huit ans quand je l'ai vu tirer à la télévision pendant les Jeux de Barcelone. De suite, je l'ai pris comme modèle", explique l'épéiste français à Reuters.

"Sans doute parce que j'étais gaucher comme lui. Sans doute parce que, pour mon âge, à l'époque, j'étais un grand gabarit comme lui. Peut-être, aussi, parce que mon père s'appelle Eric, comme lui", raconte ce fils de maître d'armes.

"Quand mon père voulait m'aiguillonner, il me disait : 'Srecki, lui, il ne ferait pas ça'. Bizarrement, sans avoir jamais vraiment cherché à le copier, mon gabarit et mon escrime lui ressemblent", souligne le champion du monde par équipes 2011.

"Un an après son titre olympique à Barcelone, il est venu à Nevers, dans mon club. Au moment où il a signé sur mon maillot, je l'ai regardé comme un Dieu. Même si je ne l'ai malheureusement jamais vu tirer en vrai, je connais sa carrière et son escrime sur le bout des doigts", se souvient-il, encore ému par cette scène "à jamais gravée" dans son esprit.

"ARRÊTER DE FAIRE LE GENTIL"

A Nevers, celui que l'on surnomme "Guti" a fait ses classes dans un club dédié à l'épée.

"Gamin, j'adorais tous les films de cape et d'épée. Si j'étais tombé dans un club de fleuret, j'aurais fait du fleuret. Dans un club de sabre, j'aurais fait du sabre."

A Pékin en 2008, ce gaucher d'1m86 était remplaçant. A Londres, cet escrimeur que la France ne connaît pas encore très bien participera donc à ses premiers Jeux, avec l'or en ligne de mire.

"Ne pas me qualifier en individuel pour Pékin fut terriblement vexant. Là-bas, j'étais seulement remplaçant. Mais on est rentré sans médaille. Alors, je me suis juré de ne jamais plus faire de la figuration, d'arrêter de faire le gentil sur la piste, donc de ne jamais plus vivre les Jeux des tribunes", raconte-t-il.

"Ce fut le déclic de ma métamorphose", reconnaît le désormais licencié à Levallois-Perret où tirent des champions du monde à l'épée comme Laura Flessel-Colovic et Maureen Nisima.

Alors que les épéistes tricolores ne se sont pas qualifiés pour l'épreuve par équipes, Gauthier Grumier, professeur de sports passionné d'égyptologie, sera l'unique chance française masculine de titre à l'escrime. Le Nivernais tirera le 1er août.

"Aujourd'hui, avoir l'occasion d'écrire mon nom derrière celui d'Eric Srecki serait un honneur incommensurable. D'ailleurs je préfère ne pas trop y penser parce que cela pourrait me coller une pression presque plus lourde que celle de penser à devenir champion olympique", dit-il.

Edité par Olivier Guillemain

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