JO: d'Estanguet à Phelps, une journée au fil de l'eau

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MICHAEL PHELPS AU PANTHÉON OLYMPIQUE
MICHAEL PHELPS AU PANTHÉON OLYMPIQUE

par Mark Trevelyan

LONDRES (Reuters) - Du sacre de Tony Estanguet en canoë monoplace dans le bassin de Lee Valley au record de médailles de Michael Phelps dans la piscine de l'Aquatics Center, les héros des Jeux olympiques de Londres ont marché sur l'eau mardi.

En l'espace d'une heure dans la soirée londonienne, Michael Phelps a éclaboussé les Jeux de son talent en ajoutant deux podiums à son fabuleux total, l'argent sur 200 mètres papillon et l'or en relais 4x200 mètres nage libre.

Avec désormais 19 médailles à son palmarès, dont 15 en or, le "glouton du Michigan" a effacé du grand livre des records la gymnaste soviétique Larissa Latynina, montrant que son appétit reste insatiable, même s'il n'est plus aussi dominateur qu'à Pékin, où il s'était paré d'or à huit reprises.

Si le Sud-Africain Chad le Clos a réussi l'exploit de le priver pour cinq petits centièmes de secondes d'un troisième titre consécutif dans sa course fétiche, le 200 m papillon, c'est peut-être parce que Michael Phelps avait déjà la tête ailleurs.

Plus précisément au relais 4x200 m nage libre, où les Américains s'étaient juré de laver l'affront de la victoire française sur 4x100 m dimanche.

Egalement dominé par Yannick Agnel sur 200 m nage libre lundi, Ryan Lochte a plongé tête baissée dans le grand bain et ne l'a plus relevée que pour voir Phelps, dernier relayeur, toucher la planche avec trois secondes d'avance sur le quatuor français.

Le héros du soir pouvait recevoir la "standing ovation" qu'il méritait de la part des 17.500 spectateurs de l'Aquatics Centre, parmi lesquels s'était glissée la reine déchue Larissa Latynina, âgée aujourd'hui de 77 ans et médaillée à 18 reprises, dont neuf fois en or, entre 1956 et 1964.

ESTANGUET AUSSI AU PANTHÉON

La soirée a été placée sous le sceau de la revanche pour les Etats-Unis, puisque sur le 200 m nage libre femmes, Allison Schmitt et Camille Muffat ont interchangé leurs médailles du 400 m, la nageuse de Pittsburgh ne laissant cette fois aucune chance à la Niçoise.

Domptant les rapides de Lee Valley comme d'autres glissent entre les lignes d'eau, Tony Estanguet est lui remonté sur la plus haute marche du podium en canoë monoplace, après ses titres à Sydney en 2000 et Athènes en 2004.

Cette troisième médaille lui ouvre en grand les portes du panthéon du sport olympique français: aucun Bleu avant lui n'avait été sacré dans la même épreuve lors de trois Jeux olympiques différents.

Le Palois a ainsi effacé sa déception de Pékin, où il avait échoué en demi-finale. Un stade de la compétition qui a cette fois été fatal au numéro un mondial de la discipline, l'Ecossais David Florence, nouvelle désillusion pour la Grande-Bretagne, toujours en quête d'une première médaille d'or.

Mais le crève-coeur britannique du jour a été le sacre de l'Allemagne dans le concours complet d'équitation, devant l'équipe emmenée par la petite-fille de la reine Elizabeth II, Zara Phillips, un crime de lèse-majesté qui a arraché quelques larmes à l'assistance.

Les épreuves de dressage, de cross et de saut d'obstacle ont eu l'effet d'une douche au réveil pour l'Allemagne, jusqu'alors bien discrète, mais qui a empoché dans la foulée une deuxième médaille d'or et le bronze dans le concours individuel, et deux d'argent en canoë et en judo.

À L'EAU CLAIRE?

De l'eau a aussi coulé sur le gazon royal de Wimbledon, mais celle-là est tombée du ciel et les Britanniques ont eu droit à un rayon de soleil avec la qualification d'Andy Murray pour les huitièmes de finale.

L'Ecossais y affrontera le Chypriote Marcos Baghdatis, tombeur 6-4 6-4 du Français Richard Gasquet, qui s'est une nouvelle fois liquéfié devant l'enjeu.

Jo-Wilfried Tsonga est en revanche venu à bout des aces de l'arroseur canadien Milos Raonic au terme d'un match fleuve de près de quatre heures (6-3 3-6 25-23) qui marquera l'histoire du All England Club. Il affrontera l'Espagnol Feliciano Lopez pour une place en quarts de finale.

Les autres favoris sont passés entre les gouttes, à l'image du Serbe Novak Djokovic chez les hommes, ou de la Russe Maria Sharapova et de l'Américaine Venus Williams chez les dames.

Les dames ont aussi fait couler de l'encre ce mardi. Si la portugaise Carolina Borges a brillé par son étrange absence en planche en voile, la prodige chinoise Ye Shiwen, 16 ans, a encore fait boire la tasse à ses rivales en remportant le 200 mètres quatre nages.

Cette performance ne va pas manquer de relancer la polémique née après son sacre sur 400 mètres quatre nages samedi, avec un record du monde à la clé et une dernière ligne droite aussi rapide que celle de l'Américain Ryan Lochte, le vainqueur de la course chez les hommes.

Certains se sont ouvertement demandé si la jeune Chinoise nageait vraiment à l'eau claire, comme l'Américain John Leonard, directeur exécutif de l'Association internationale des entraîneurs de natation, qui a fait part de ses soupçons au journal anglais The Guardian.

"Je me bornerai à dire que l'histoire de notre sport montré que, à chaque fois que nous assistons (...) à une performance 'incroyable', la suite des événements a révélé que le dopage n'y était pas étranger."

Officiels et anciennes gloires de la discipline se sont toutefois relayés pour prendre la défense de l'adolescente, tandis qu'un porte-parole du Comité olympique international (CIO) a affirmé qu'elle avait passé avec succès les contrôles antidopages.

Tangi Salaün pour le service français, édité par Simon Carraud

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