JO: Céline Goberville tire l'argent et la France vers le haut

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PREMIÈRE MÉDAILLE BLEUE AUX JO
PREMIÈRE MÉDAILLE BLEUE AUX JO

par Olivier Guillemain

LONDRES (Reuters) - Céline Goberville a mis beaucoup de temps à réaliser qu'elle était devenue dimanche la première athlète française à décrocher une médaille aux JO de Londres, celle l'argent du tir au pistolet à 10 m en l'occurrence.

"C'est une sensation extraordinaire, d'autant plus que je ne m'y attendais pas forcément. C'étaient mes premiers Jeux olympiques et je ne pensais pas que c'était possible de gagner une médaille aujourd'hui. J'ai vraiment du mal à réaliser", a expliqué la jeune femme de 25 ans, licenciée à l'AS Tir Creil.

"J'ai éprouvé beaucoup de stress pendant cette finale et quand j'ai réalisé que c'était bon, que c'était fini, que c'était sûr, là, à ce moment précis je ne savais plus trop ce qu'il se passait ni où j'étais", a-t-elle raconté des étoiles dans les yeux, la breloque autour du cou et la main posée dessus, comme si elle gardait un trésor.

"Et puis je suis vraiment très fière de rapporter une médaille pour la France", s'est empressée de souligner la championne d'Europe 2011, qui a débloqué le compteur bleu au tableau des médailles après un premier jour de compétition synonyme de zéro pointé pour les Bleus.

"J'espère qu'on va fêter çà ce soir tous ensemble", a d'ailleurs poursuivi la pistolière, juste avant que le président de sa Fédération, Philippe Crochard, ne lui montre un SMS de félicitations envoyé par le président du CNOSF Denis Masseglia.

Qualifiée avec brio dans la matinée avec une troisième place à la clé et un score de 347 points, à deux unités de son record personnel, Céline Goberville a tutoyé l'or pendant toute la deuxième partie de sa finale.

En tête devant la championne olympique en titre Wenjun Guo, la Française a en effet complètement manqué son dernier tir en ne récoltant qu'un 8,8 sur 10, un très mauvais plomb synonyme d'abandon de la victoire à la Chinoise.

Alors à égalité de points avec l'Ukrainienne Olena Kostevych, elle a dû disputer un dernier tir juste en compagnie de la championne olympique d'Athènes, dans une ambiance de tension extrême, sous la bulle des Royal Artillery Barracks pleines à craquer.

"PAS UN TRUC DE COW-BOY OU DE POLICIER"

A ce moment précis, la Française a retrouvé toute sa précision en signant un 10,6 soit mieux que son adversaire.

"Très honnêtement, je n'ai aucun regret. Ce qu'il s'est passé sur le dernier plomb aurait pu m'arriver avant et le plus important était de décrocher une médaille", a estimé après coup la championne d'Europe 2011.

"Peu importe la couleur, c'était la médaille qui était importante", a-t-elle ajouté, avant de tomber dans les bras de son père, ancien tireur à la carabine de haut niveau, qui l'entraîne aujourd'hui.

"Je ne vais vous dire qu'elle m'en a bouché un coin car je suis habitué à ce qu'elle me surprenne mais faire une telle performance pour ses premiers Jeux, c'est juste quelque chose d'extraordinaire", s'est réjoui le papa, le regard brillant, légèrement mouillé d'émotions.

"Je lui dois une grande partie de cette médaille", a répondu Céline Goberville, pleine de reconnaissance envers celui qui aurait pu participer aux JO de Moscou en 1980, "si la France n'avait pas boycotté ces Jeux".

Née dans une famille de tireurs, avec son père, sa mère et sa soeur tous trois internationaux à un moment de leur carrière, Céline Goberville espère que sa performance va permettre de faire parler de ce sport et d'"inspirer des générations", comme le promet le slogan des JO de Londres.

"C'est un sport qui mérite vraiment d'être connu. Il y a beaucoup de fausses idées qui circulent à ce sujet. On dit que c'est dangereux par exemple", a-t-elle regretté.

"J'espère donc que cette médaille va pouvoir le faire connaître un peu mieux et inciter les gens à aller dans un stand de tir pour découvrir les valeurs de ce sport qui sont le calme, la concentration, le contrôle de soi."

"Il faut arrêter avec toutes les idées reçues. Ce n'est pas un truc de cow-boy ou de policier. On est très loin de tout ça."

Edité par Jean-Paul Couret

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