Jeu, mémoire et Chili

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Jeu, mémoire et Chili
Jeu, mémoire et Chili

Entre l'envie démente de gagner enfin un titre, qui plus est devant son peuple, et la réalité pesante prête à lui démontrer jour après jour que le trophée va finir par tomber dans les mains des vilains Argentins, prétentieux Brésiliens ou heureux Uruguayens, le Chili ne sait pas vraiment où regarder.

La dictature. Les tirages au sort mortels. La barre transversale immortelle de Pinilla. Les pépins physiques inoubliables de Vidal. Et ce palmarès qui n'en finit plus d'être vierge. Au Chili, la question de la mémoire est primordiale. La mémoire, un sujet paradoxal forcé à toujours danser délicatement entre le devoir de se rappeler pour ne jamais oublier et le besoin d'oublier pour pouvoir un jour avancer. Un sujet à deux faces qui a ressurgi à Santiago en ce début de Copa América. Au moment où l'hymne chilien s'est mis à retentir dans les gorges gelées de l'Estadio Nacional de Chile à Santiago ce jeudi 11 juin 2015, la foule a semblé écouter cette mémoire comme si elle entendait une tête humaine à deux voix. Une première jeune voix bruyante, éclatante, assourdissante, même, criant l'envie d'un pays à la passion débordante n'ayant jamais eu un titre pour la verser dans un vase de joie. Et puis, derrière, éloignée mais pas écartée, une seconde voix plus âgée, mûre, et même grise, chantant avec la justesse de l'âge le désespoir d'un peuple résigné à contenir cette passion et à l'avaler amèrement coupe après coupe. Parce que c'est le Chili. Parce que les Argentins chantent qu'ils ne le voient pas sur la carte. Et parce que le Brésil pourrait chanter qu'à Belo Horizonte la transversale de Pinilla semblait plus large que ce maigre pays situé au bout du monde.

Une histoire sans victoire


S'est-il passé quelque chose durant cet hymne ? Verra-t-on d'ici quelques semaines les images de ce rugissement a cappella tourner en boucle sur les petits écrans comme l'hymne brésilien qui avait porté la Seleçao lors de la Coupe des Confédérations 2013 ? Qui sait. Emportées par les décibels, les oreilles ont peut-être conduit les yeux de certains supporters chiliens vers un autre lieu de mémoire. Une phrase, écrite comme une banderole, mais avec une officialité solennelle. "Un peuple sans mémoire est un peuple sans futur", crie une tribune vide de l'Estadio Nacional de Chile à Santiago. Vide, ou plutôt fermée par devoir de mémoire. Le soir de l'entrée en lice de la sélection chilienne devant son public, tous les autres sièges de l'enceinte étaient évidemment occupés. Et même remplis par des esprits qui se sont tous posés la même question, à un moment ou un autre, avant ou après le pénalty de Vidal : "va-t-on enfin y arriver ?" En 1998, le Chili de Zamorano et Salas avait fini par tomber…


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