Jérôme Valcke, le fusible

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Jérôme Valcke, le fusible
Jérôme Valcke, le fusible

Jérôme Valcke croyait si fort en son destin. Succéder à Blatter et devenir un jour président de la FIFA. Le bras droit du Suisse, longtemps protégé, est désormais hors-jeu. Que cache son éviction ? Eléments de réponse.

Il s’est longtemps cru intouchable, « tirant les ficelles » du football international à merveille.

Une sombre histoire de vente de billets vendus au-dessus de leur prix initial… Une affaire qui semble dérisoire pour un homme ayant cautionné le système Blatter et traqué par le FBI depuis plusieurs mois. Des « casseroles », l’ancien journaliste en avait dans tous les coins. Alors pour quelles raisons, Blatter a-t-il décidé de le lâcher maintenant ? Le Suisse a-t-il une idée derrière la tête ?

Une éviction qui pose question

L’affaire était sortie quelques jours après le FIFAGATE. Dans le rapport de la justice américaine que nous nous sommes procurés, Jérôme Valcke s’était rapidement retrouvé dans le viseur, accusé d’avoir autorisé le versement de 10 millions de dollars à Jack Warner, le président de la zone Concacaf, dans le cadre de l’attribution du Mondial 2010 à l’Afrique du Sud. Le rapport américain se basait notamment sur la page 85.

« Le 2 janvier 2008, le 31 janvier 2008 et le 7 mars 2008, un haut dirigeant de la FIFA aurait effectué des virements de $616,000, $1,600,000, et $7,784,000 – au total 10 millions de dollars –  via un compte de la FIFA en Suisse à la Bank of America à New York afin de créditer ensuite des comptes au nom de CFU et CONCACAF, contrôlés par Jack Warner à la Republic Bank de Trinité et Tobago ».

La question est très simple : Valcke est-il ce haut dirigeant de la FIFA ayant signé le paiement des 10 millions ? Le Français a toujours démenti mais Blatter s’est rendu compte que son bras droit était fini. L’occasion de le lâcher via la commission d’éthique de la FIFA, célèbre commission pseudo-indépendante aux ordres du Suisse qui s’était notamment fait un plaisir d’étouffer le rapport Garcia, censé faire la lumière sur les soupçons de corruption autour de l’attribution des Coupes du Monde 2018 et 2022.

Et pourtant, sa voie était toute tracée…

La cour des prétendants a longtemps ressemblé à une petite « guéguerre » entre Français.

Valcke, Champagne et Platini, trois proches de Blatter et trois hommes très ambitieux, avides de pouvoir et susceptibles de succéder au Suisse. Mais Jérôme Valcke va rapidement se faire une place de choix auprès de Sepp Blatter. Nommé au poste de Secrétaire Général de la FIFA en 2007, l’homme qui sait tout des « magouilles » et petits coups bas du clan Blatter, avait entamé une guerre de pouvoir avec ses différents ennemis.

Le premier à être évincé, Jérôme Champagne, ancien directeur des relations internationales à la FIFA, que Valcke ne voulait pas voir dans ses « pattes ». Selon nos informations, le Français obtiendra sa tête auprès de Blatter. Un secrétaire Général qui voue une haine féroce vis-à-vis de Michel Platini, le dissident devenu grandissime favori à la prochaine présidentielle le 26 février 2016. 

Dans l’une de ses rares confessions, le temps d’un portrait dans Le Monde en mai 2012, il admettait que son entente avec Platini, au début idéale, s’avère aujourd’hui glaciale. « Oui, avec Michel, ça va moins bien. Il pense qu'il y a une rivalité de ma part ». Valcke a toujours su se placer. Le duo Valcke-Blatter fonctionnait parfaitement, un duo bien rodé à même de gérer toutes les crises et s’assurer le pouvoir. D’après des personnes bien renseignées, quelques heures avant la démission du Suisse, Valcke aurait cherché à convaincre le Président de la FIFA de rester à la tête de l’instance. Une voie toute tracée afin de succéder à son compagnon de route… Jusqu’au dernier moment, Valcke y aura cru.

Blatter, le prochain sur la liste ?

Que se cache derrière le départ de Jérôme Valcke ? La fragilité du clan Blatter, mis à mal par le FBI et incapable de défendre l’un des siens ou un président suisse qui continue de manipuler son monde ?

A l’arrivée, Blatter voit ses proches quitter les lieux les uns après les autres. Son directeur de la communication, son secrétaire Général… Tout cela ressemble à une fin de règne. Une aubaine pour un Platini qui voit ses adversaires les plus féroces tomber les uns après les autres.

Que va donc faire l’ancien numéro 2 du football mondial ? Prendre des responsabilités au sein du comité d’organisation Qatar 2022 comme certains l’ont laissé entendre à un moment ?

Difficile à imaginer. Prévoyant, Valcke a déjà engagé un grand avocat new-yorkais pour le défendre. Il va en avoir bien besoin.

Par Antoine Grynbaum

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