Jérôme Deschamps, des "Deschiens" aux ors de l'Opéra Comique

le
0
Le metteur en scène Jérôme Deschamps AFP PHOTO / DIETER NAGL
Le metteur en scène Jérôme Deschamps AFP PHOTO / DIETER NAGL

(AFP) - "C'est l'histoire d'un pauvre savetier du Caire, maltraité par sa marâtre ..." : Jérôme Deschamps est lancé, et rien ne peut l'arrêter lorsqu'il raconte une histoire, surtout un conte des Mille et Une Nuits comme "Mârouf, savetier du Caire", qu'il met en scène à l'Opéra Comique du 25 mai au 3 juin.

À 65 ans, le créateur des "Deschiens", ces anti-héros loufoques et paumés, n'a rien perdu de son mordant. Qu'il s'agisse de défendre son budget auprès des tutelles ou d'obtenir des rideaux de soie neufs pour le foyer du théâtre, il ne désarme pas et finit par obtenir gain de cause.

Un tempérament combatif qu'il attribue à une enfance "douloureuse" entre une mère peu aimante, voire méchante, et un père faible et immature.

Cette enfance solitaire resurgit dans son autobiographie "Foie de morue et café au lait", publiée ce mois-ci aux Presses de la Renaissance. Manifestement, les deux cuillères à soupe d'huile de foie de morue, "juste avant le café au lait du matin", ont du mal à passer, comme cette enfance qui ancre chez lui "une colère ardente sans laquelle je n'aurais pas trouvé cette énergie du combat".

"J'ai voulu transformer le désarroi en rire", explique-t-il. Un rire parfois grinçant qui traverse sa carrière, depuis la rencontre avec Patrice Chéreau et Jean-Pierre Vincent au "groupe théâtre" du lycée Louis-Le-Grand. "J'aurais pu tomber plus mal", convient-il. Plus tard, ce fut la rencontre avec Antoine Vitez, qui a accompagné ses débuts.

Nul hasard si sa première pièce, "Baboulifiche et Papavoine", met en scène deux "clowns beckettiens" et un landau bourré d'explosifs, façon de "dynamiter l'enfance".

"Tout finit bien"

L'enfance, et les interminables étés dans les maisons de famille au voisinage des fermes de l'Yonne et du Morvan inspirent les caractères des "Deschiens", à qui il trouve des traits communs avec sa famille bourgeoise: "le même désarroi, la même résignation sage face aux velléités et à la bêtise humaine", confie-t-il dans le livre.

Jérôme Deschamps et sa compagne Macha Makeïeff déclinent la famille Deschiens à partir de 1978 dans de nombreuses pièces, avant de lancer sur Canal + (1993-2002) la fameuse série télévisée où Yolande Moreau et François Morel, entre autres, se feront connaître.

L'aventure terminée, l'"histrion" est devenu serviteur de l'État, en prenant la direction de l'Opéra comique il y a cinq ans.

"Servir l'intérêt public, je trouve ça bien" dit-il, heureux d'aligner cette fonction à côté des "brillants aïeux" dont on lui rebattait les oreilles enfant: le peintre de François 1er, le gouverneur général de l'Algérie et bras droit de Clémenceau, le président de la Cour de Cassation...

Sans oublier un grand-père chanoine, l'oncle Hubert, comédien et royaliste "complètement loufoque", et Jacques Tati, cousin éloigné dont il a entrepris de restaurer les films, dont le célèbre "Jour de Fête" qui vient d'être présenté à Cannes.

Aujourd'hui, le directeur de théâtre aux lunettes rondes et ventre rond se régale de diriger l'Opéra Comique, "un jeu", et a joué avec délectation son propre rôle dans l'opérette "Ciboulette", grand succès de la saison.

"On m'avait dit: ça ne marchera pas" se gausse-t-il. Mais ça marche: l'Opéra comique a retrouvé son lustre de maison lyrique, exhumant les chefs d'oeuvres baroques ("Atys", "Pelléas et Mélisande") comme les oeuvres légères tombées dans l'oubli, comme "Mârouf", immense succès entre les deux guerres avec 2.000 représentations.

L'opéra comique de Henri Rabaud, dont la musique "évoque Ravel, Debussy et même Wagner par moments" sera servi par un décor "de livre d'enfant", la baguette du chef Alain Altinoglu et une distribution brillante (Nathalie Manfrino, Jean-Sébastien Bou...).

Au terme de péripéties qu'il mime avec force gestes dans son bureau encombré de costumes, "tout finit bien". "Heureux les pauvres savetiers, car grâce à Allah, ils connaîtront la richesse et l'amour", déclame-t-il, ravi.

mpf/pjl/il

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant