Jérôme Cahuzac estime ne pas avoir "menti" à François Hollande

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JERÔME CAHUZAC ASSURE NE PAS AVOIR MENTI À FRANÇOIS HOLLANDE
JERÔME CAHUZAC ASSURE NE PAS AVOIR MENTI À FRANÇOIS HOLLANDE

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Jérôme Cahuzac a assuré mardi ne pas avoir menti à François Hollande, sauf par omission, sur l'existence de son compte en banque caché, sous-entendant que le président l'avait conforté dans sa décision de "tenir" malgré les révélations de la presse.

Pendant quatre mois, avant sa démission en mars 2013, l'ex-ministre du Budget a nié l'existence de tout compte à l'étranger, jusque devant l'Assemblée nationale.

Le 5 décembre 2012, au lendemain des révélations de Mediapart, Jérôme Cahuzac, jugé aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Paris pour fraude fiscale et blanchiment, dit avoir été reçu par François Hollande pour un entretien en tête-à-tête dont il n'a jamais été fait mention jusqu'à présent.

"La question précise, qui utilise le tutoiement, 'as-tu, oui ou non, un compte ?', cette question-là, on ne me l'a jamais posée dans cet entretien, et donc si j'ai menti, c'est par omission", a-t-il assuré à la barre.

"Contrairement à ce qui a été dit, je n'ai pas menti au président de la République les yeux dans les yeux", a-t-il ajouté, étouffant des sanglots.

Cet entretien, "j'en sors avec la conviction qu'il faut que je continue à faire ce que j'ai à faire (...) avec la volonté de tenir", ajoute le ministre déchu, sous-entendant que le président l'avait poussé à rester à son poste.

"Il ne m'est jamais dit 'tu es couvert'", précise-t-il toutefois. "Le responsable politique qu'il est n'a pas commis de faute. Sur un plan humain, c'est autre chose."

Lors d'un autre entretien, le même jour, avec le président et le Premier ministre, Jérôme Cahuzac balaie les accusations qui le visent : "J'ai dit 'c'est rien, c'est des conneries', d'une certaine manière d'ailleurs, je ne mentais pas."

Quelques heures plus tard, il mentira devant les députés.

"Toute ma vie parlementaire ne se résume plus qu'à ça, toute ma vie tout court ne se résume plus qu'à ça", déplore le chirurgien de formation. "Il faut l'accepter, mais c'est très douloureux. J'y vois une forme d'injustice."

"CONTRIBUER AU REDRESSEMENT DU PAYS"

L'ex-ministre, héraut en son temps de la lutte contre l'évasion fiscale, assure que ses démentis répétés n'avaient pas pour seul objectif de "sauver sa vie".

"J'étais vraiment mu par la volonté de contribuer, à ma place, à ma force, au redressement économique du pays."

"J'ai été pris dans une histoire terrible, triste, qui m'a dépassé et qui, après, m'a broyé", résume-t-il.

A la suite de l'ouverture d'une information judiciaire pour fraude fiscale et blanchiment, Jérôme Cahuzac dit s'être vu confronté à trois "solutions" : persister dans le démenti, avouer, "ou une autre". C'est cette autre solution, des pensées suicidaires dont il ne dira jamais le nom, qu'il dit choisir ce soir-là en faisant montre de son apparente émotion.

Le lendemain, raconte-t-il après une interruption de séance, "quelqu'un qui lui est très cher" passe chez lui. "En deux trois phrases, il me fait changer d'avis", dit-il. "Des trois solutions, il n'en reste qu'une, c'est avouer."

Après l'éclatement du scandale le plus retentissant du quinquennat Hollande, Jérôme Cahuzac raconte un quotidien "extrêmement compliqué", fait d'insultes à répétition.

"J'ai pris l'habitude de marcher les yeux baissés, pour qu'on me reconnaisse le moins possible", explique celui qui vit désormais en Corse et n'a plus d'activité.

Au premier jour de son procès, à la surprise générale, Jérôme Cahuzac a assuré que le premier compte qu'il a ouvert en Suisse n'avait pas vocation à cacher ses avoirs, mais à financer de manière occulte le mouvement rocardien, en 1992-1993.

"Je n'ai pas insulté la mémoire d'un mort", a-t-il insisté mardi face à un président qui l'interrogeait sur le fait d'avoir "indirectement chargé un mort".

"Peut-être suis-je plus fidèle à l'héritage de Michel Rocard" que ceux qui me critiquent, a-t-il ajouté.

Jérôme Cahuzac risque jusqu'à sept ans de prison et un million d'euros d'amende.

(édité par Yves Clarisse)

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