Jérôme Cahuzac dédouane l'exécutif sur son compte suisse

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JÉRÔME CAHUZAC DÉDOUANE L'EXÉCUTIF SUR SON COMPTE SUISSE
JÉRÔME CAHUZAC DÉDOUANE L'EXÉCUTIF SUR SON COMPTE SUISSE

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Jérôme Cahuzac a répété avoir menti aux plus hautes autorités de l'Etat lors de son audition mercredi devant la commission d'enquête sur d'éventuels dysfonctionnements dans la gestion du scandale de son compte bancaire à l'étranger.

L'ancien ministre socialiste du Budget, qui a dédouané l'administration fiscale et ses collègues du gouvernement, n'a pas livré de révélations, se réfugiant soit derrière le secret de l'instruction, soit une forme de pudeur sur ses états d'âme.

Il a indiqué avoir pu mettre dans ses dénégations, en particulier auprès du président François Hollande ou du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, "une force de conviction qui en a convaincu plus d'un".

"Je vous ai menti, M. le député, car dans les heures qui précédaient, j'avais menti au président de la République et au Premier ministre", a-t-il répondu à Daniel Fasquelle (UMP), qui l'avait interrogé sur son compte en Suisse dans l'hémicycle le 6 décembre dernier.

Disant ne pas vouloir empiéter sur l'enquête judiciaire, Jérôme Cahuzac a refusé de confirmer qu'il avait bien un compte à l'UBS et de dire à quelle date il l'avait transféré à la banque Reyl, puis dans un établissement à Singapour.

Maniant souvent l'ironie, il a refusé pour le même motif d'en détailler le montage technique ou de confirmer la date de ses voyages en Suisse.

La commission d'enquête cherche à savoir si Pierre Moscovici n'a pas adressé, en janvier dernier, une demande d'entraide fiscale à la Suisse volontairement restrictive afin de blanchir son collègue.

Jérôme Cahuzac a assuré que le ministre de l'Economie ne l'avait "jamais informé" de cette demande, dont la réponse paraissait sur le moment l'innocenter et n'a pas éclairé les députés sur le rôle éventuel de son collègue de Bercy.

Il a également démenti être à l'origine de l'article du Journal du dimanche (JDD) annonçant, en citant l'entourage d'un ministre, que la réponse suisse le mettait hors de cause.

"BOUC EMISSAIRE IDEAL"

De même, l'ancien député a démenti tout contact avec le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, en particulier après l'appel à l'Elysée le 15 décembre de son ancien rival dans le Lot-et-Garonne Michel Gonelle.

L'élu UMP avait informé un conseiller de la présidence qu'il détenait un enregistrement dans lequel Jérôme Cahuzac évoquait un compte à l'UBS et s'était vu conseiller de saisir la justice.

En dépit du scepticisme des députés, Jérôme Cahuzac a dit avoir menti à tous ses proches, y compris à son avocat. "Je n'ai pas dit la vérité à mes amis, à mes collègues, à mes collaborateurs", a-t-il insisté.

En revanche, il a révélé avoir eu une conversation "fortuite" début décembre avec son prédécesseur UMP Eric Woerth au sujet d'un courrier qu'un inspecteur des impôts aurait adressé à ce dernier pour dénoncer son compte suisse.

"Eric Woerth m'a dit que non et que si c'était le cas, il aurait ouvert une enquête", a-t-il dit avant de réfuter toute collusion avec l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy.

Ce dernier avait défendu Jérôme Cahuzac après sa mise en cause par le site d'informations Mediapart. Le ministre socialiste avait pour sa part commandé un rapport innocentant son prédécesseur dans l'affaire de l'hippodrome de Compiègne.

Avant son audition, Jérôme Cahuzac, qui s'est dit "victime de lui-même", s'était présenté sur Europe 1 comme "le bouc émissaire idéal de toutes les turpitudes politiques".

"On m'a comparé à Stavisky. C'est moi aussi qui suis responsable des huit partielles perdues par la majorité, ou encore de la montée du FN", a-t-il déploré.

Lors d'une intervention sur BFM TV le 16 avril, Jérôme Cahuzac avait confié ne pas avoir dit la vérité à François Hollande, tout en indiquant: "J'ignore quel est son degré de connaissance de cette affaire".

Interrogé sur Europe 1 sur le sens de cette phrase, il a répondu: "Je ne sais pas. Quand j'ai évoqué François Hollande, il n'y avait pas de sous-entendu".

Le président de la commission, Charles de Courson (UDI), a annoncé qu'elle prévoyait d'entendre Pierre Condamin-Gerbier, l'ex-banquier de la banque suisse Reyl, qui dit détenir les preuves qu'une quinzaine de personnalités politiques françaises ont pratiqué l'évasion fiscale.

"Nous voudrions savoir comment sont montés les comptes, comment ils sont dissimulés", a-t-il expliqué sur France info.

Edité par Sophie Louet

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  • wanda6 le mercredi 26 juin 2013 à 20:16

    on s'arrange entre les copins UMP-PS

  • mucius le mercredi 26 juin 2013 à 20:01

    Bien joué Cahuzac! Ainsi les politicards ne vont pas t'emm... pour tes comptes de 15 millions ailleurs. Tu pourras en profiter tranquillement comme ils le font eux-mêmes de leurs comptes offshore. A ce point je pense que l'enquête va ramollir : tout le monde politicard veut sauver son butin.

  • j.capman le mercredi 26 juin 2013 à 19:41

    Il parait que son appartement parisien a eté cambriolé, il a compris , pas fou !!!!