Jennifer Forest (Coface) : « Les entreprises allemandes moins exposées aux défaillances que les françaises »

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Sur un an, l'écart se creuse entre la France et l'Allemagne sur le front des défaillances d'entreprises (différentiel de 40%). La trop faible taille des entreprises françaises explique en partie le phénomène selon Jennifer Forest, économiste à la Coface.

La Coface publie son panorama sur les défaillances* d’entreprises en France. Qu’en ressort-il exactement ?

Jennifer Forest : De septembre 2011 à août 2012, nous avons observé une baisse de 1,8% des défaillances d’entreprises en France, avec plus de 59.000 cas recensés. Ce chiffre masque toutefois des réalités très différentes. En fait, la baisse ne concerne que les entreprises individuelles (-8%) alors que les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises en situation de défaillance ont vu leur nombre augmenter de 34%. Par conséquent, le coût des défaillances s’en ressent et ressort en hausse de 16,8%. De même, l’impact sur l’emploi de ces défaillances a progressé de 3,3% (188.956 emplois détruits).

L’étude mentionne que pour l’année 2011, la France a enregistré 40% de défaillances supplémentaires par rapport à l’Allemagne. Une tendance qui s’accélère ?

J.F : Depuis les années 1990, les défaillances ont toujours été moins nombreuses en Allemagne qu’en France mais depuis 2005, l’écart se creuse. Le taux de défaillance est aujourd'hui près de deux fois plus élevé en France qu'en Allemagne. Les entreprises françaises sont en moyenne trois fois plus petites que les entreprises allemandes. En France, les entreprises comprises entre 10 et 249 salariés ne représentent que 6% du nombre total d’entreprises, contre 18% en Allemagne ! Du coup, les entreprises allemandes sont moins exposées au risque de défaut. En revanche, le coût moyen d’une défaillance est plus de trois fois supérieur en Allemagne (700.000 euros) qu’en France (200.000 euros).

Au-delà du facteur taille, comment expliquer la plus grande résistance des entreprises allemandes ?

J.F : Cela tient indéniablement à la solidité du tissu entrepreneurial allemand. Trois autres facteurs entrent aussi en jeu. D’abord, il n’y a pas de chaque côté du Rhin la même philosophie concernant le droit de la faillite. En France, on privilégie l’entreprise en difficulté dans un objectif de sauvegarde de l’emploi. En Allemagne, le droit soutient davantage les créanciers, ce qui entraîne plus de rigueur en amont dans la gestion des entreprises. Ensuite, les entreprises allemandes présentent une situation financière plus solide (rentabilité élevée, taux d’autofinancement plus important etc.). Enfin, le financement des entreprises profite d’un tissu bancaire de proximité performant incarné par les caisses d’épargne et les coopératives de crédit qui permet de compenser la contraction des encours de crédit des grands établissements.

Quels sont les principaux secteurs concernés par les défaillances en France et en Allemagne ?

J.F : En France, les services et la construction concentrent 2/3 des défaillances. A noter, l’augmentation sensible dans l’automobile et le transport (+6,3%). L’année a été marquée par des faillites de renommée nationale : Petroplus (Chimie), Doux (agroalimentaire), Néo Sécurité (gardiennage). En Allemagne, un tiers des défaillances concerne le secteur de la chimie. Le secteur des énergies renouvelables (solaire, éolien) a également été marqué par des faillites majeures : Q Cells, Solarium etc.

Plus globalement, la divergence entre la France et l’Allemagne risque t-elle de s’amplifier ? Quelles sont les prévisions pour 2013 ?

J.F : L’économie française est tournée davantage vers la consommation intérieure, l’économie allemande vers l’exportation (50% du PIB), notamment à destination des pays émergents. Du coup, cette dernière est moins tributaire des difficultés de la conjoncture européenne. En revanche, un ralentissement marqué du commerce mondial constitue le principal risque pour les entreprises allemandes. Pour 2013, les perspectives de défaillance attendues sont stables pour la France (autour de 60.000) alors que l’Allemagne devrait enregistrer une baisse de 2% grâce à la bonne tenue des exportations.

Propos recueillis par Julien Gautier

* : défaillance légale, c'est-à-dire redressement ou liquidation judiciaire.

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  • mlaure13 le samedi 13 oct 2012 à 18:29

    En revanche, le coût moyen d’une défaillance est plus de trois fois supérieur en Allemagne (700.000 euros) qu’en France (200.000 euros)?...Si j'ai bien compris, 10 Ent. Allemandes.. 7 millions €14 Françaises.(4O% de plus)= 2,8 millions ...On est moins mauvais sur cette affaire ?...

  • M9566237 le vendredi 12 oct 2012 à 10:26

    Pour ce qui nous reste d'industries depuis la création de l'Europe, tout est fait pour décliner.