Jean XXIII et Jean Paul II proclamés saints

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JEAN XXIII ET JEAN PAUL II SONT DEVENUS DES SAINTS
JEAN XXIII ET JEAN PAUL II SONT DEVENUS DES SAINTS

par James Mackenzie

CITE DU VATICAN (Reuters) - Les papes Jean XXIII et Jean Paul II, deux figures majeures de l'Eglise catholique du XXe siècle, ont rejoint dimanche la liste des saints de l'Eglise au terme d'une cérémonie qui a rassemblé plus d'un demi-million de personnes sur la place Saint-Pierre de Rome.

Le pape François, qui célébrait leur canonisation en présence de son prédécesseur, le pape émérite Benoît XVI, a salué leur courage face aux tragédies de leur siècle.

"Nous déclarons et définissons saints les bienheureux Jean XXIII et Jean Paul II, et nous les inscrivons dans le catalogue des saints et établissons que dans toute l'Eglise ils soient dévotement honorés parmi les saints", a-t-il déclaré solennellement en latin, une trentaine de minutes après le début de la cérémonie, sous les acclamations de la foule.

Des reliquaires des deux Papes ont ensuite été déposés à côtés de l'autel. A l'intérieur se trouvent les reliques utilisées lors de leur béatification respective, à savoir un fragment de peau de Jean XXIII et une fiole contenant du sang de Jean Paul II.

Les fidèles étaient venus en si grand nombre assister à la cérémonie que la Via della Conciliazione, qui s'étend sur un demi-kilomètre était aussi noire de monde que la place Saint-Pierre à laquelle elle mène, tout comme les ponts qui enjambent le Tibre dans le secteur.

Dix mille gardes, policiers et secouristes avaient été mobilisés pour encadrer cette foule immense dans laquelle les drapeaux polonais sont omniprésents. De vastes secteurs de Rome avaient été fermés à la circulation.

Certains, parmi lesquels de nombreuses familles, ont attendu plus de douze heures Via della Conciliazione avant que la police n'ouvre l'accès à la place à 05h30 (03h30 GMT), quatre heures environ avant le début de la cérémonie.

"LES TRAGÉDIES DU XXE SIÈCLE"

D'après le Vatican, ils étaient plus de 500.000 place Saint-Pierre, dont de très nombreux Polonais agitant des centaines de drapeaux rouges et blancs, les couleurs du pays natal de Jean Paul II, et 300.000 devant les écrans géants retransmettant la cérémonie en divers lieux de Rome.

Tandis que 850 cardinaux et évêques se trouvaient dans la basilique Saint-Pierre, quelque 700 prêtres ont donné la communion aux fidèles massés à l'extérieur.

Jean XXIII, qui a régné de 1958 à 1963, a modernisé l'Eglise en profondeur avec le Concile Vatican II, et Jean Paul II, dont le pontificat a duré près de 27 ans, entre 1978 et 2005, a joué un rôle majeur sur la scène mondiale dans une époque marquée notamment par l'effondrement du bloc communiste.

"Saint Jean XXIII et Saint Jean Paul II ont connu les tragédies du XXe siècle mais n'en ont pas été écrasés", a dit le pape François lors de son homélie. En eux, a-t-il poursuivi, "Dieu était plus fort, plus forte était la foi en Jésus Christ rédempteur de l'homme et Seigneur de l'histoire".

De nombreux chefs d'Etat et de gouvernement, dont le Premier ministre français Manuel Valls, étaient présents.

La forte popularité de François et la présence à ses côtés du pape émérite Benoît XVI, ont ajouté un attrait supplémentaire à cette double canonisation sans précédent.

Pour certains fidèles, il était prématuré, neuf ans seulement après sa mort, d'élever le pape polonais, né Karol Wojtyla, au rang de saint. Ils dénonçaient aussi le manque de réactivité de l'Eglise lorsqu'ont éclaté des scandales de pédophilie à la fin de son mandat.

Mais ces critiques n'ont en rien dissuadé les centaines de milliers de fidèles qui ont convergé à Rome ces derniers jours.

"Le pape Jean Paul II a ouvert les portes à la jeunesse et il était très proche de nous les jeunes", a expliqué une nonne argentine, soeur Irmana Mariella. "J'ai grandi avec lui et c'est très émouvant pour moi."

"SANTO SUBITO"

Le fait que Jean XXIII et Jean Paul II aient incarné selon beaucoup deux visages opposés de l'Eglise a ajouté un sens politique à cet événement qui, espère le pape François, pourrait souder davantage les quelque 1,2 milliard de catholiques.

Jean XXIII, né Angelo Roncalli dans une famille de onze enfants du nord de l'Italie, souvent surnommé le "bon pape" en raison de sa personnalité ouverte et amicale, est mort avant la fin des travaux du Concile Vatican II en 1965 mais son initiative a déclenché un bouleversement majeur dans la liturgie, tournant le dos aux messes en latin, et autorisant l'usage de la musique moderne.

Jean Paul II a été largement crédité à l'Ouest pour son rôle dans l'effondrement du régime communiste en Europe orientale. Il a poursuivi de nombreuses réformes mais également renforcé le contrôle central de l'Eglise, condamné des théologies comme celle de la libération et prêché une ligne plus stricte sur des questions de société comme la liberté sexuelle.

Certains lui reprochaient ainsi son conservatisme mais son charisme inspirait une grande ferveur dont témoignèrent les "Santo Subito!" (saint tout de suite) scandés par les millions de personnes qui assistèrent à ses funérailles en avril 2005.

Après sa mort, son successeur Benoît XVI dérogea à une règle selon laquelle l'Eglise devait attendre cinq ans pour ouvrir un procès en canonisation.

Jean XXIII a également bénéficié d'une dérogation, accordée celle-ci par l'actuel souverain pontife, François: un seul miracle a suffi pour faire de lui un saint, contre deux habituellement.

(avec Antonio Denti; Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français)

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