Jean-Pierre Petit (Les Cahiers Verts de l'économie) : « L'accord sera probablement encore trop partiel, insuffisant et inadapté »

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Faute d'engagement fort des dirigeants européens, l'échec du sommet est prévisible selon Jean-Pierre Petit, président des Cahiers Verts de l'économie, qui dénonce la logique déflationniste dévastatrice qui sévit en Europe.

Qu'attendent précisément les marchés du sommet de mercredi ?

Jean-Pierre Petit : Les marchés attendent la mise en place d'un engagement politique fort en faveur d'un mécanisme pérenne de mutualisation de la crise de la dette souveraine. Le renforcement des capacités d'intervention du FESF devrait être substantiel, mais il est hélas peu probable que les dirigeants européens accèdent à la proposition française de transformer le FESF en banque, ce qui est indispensable pour montrer l'engagement illimité des Etats pour sauver l'euro. Nous sommes dans une situation d'urgence absolue et il est regrettable de constater que cet accord sera probablement encore trop partiel, insuffisant et inadapté. Il faut donc s'attendre à de nouvelles phases de stress au cours des prochains mois.

L'échec de l'accord est-il programmé ?

J-P.P : Sauf surprise, concernant notamment le SPV, je le crains. Les besoins de financement de l'Espagne, de l'Italie et de la Belgique atteignent 1.220 milliards d'euros d'ici 2014. Ne sont aujourd'hui véritablement disponibles que 240 milliards d'euros, ce qui pourrait porter la force de frappe du FESF à 1.200 milliards (avec l'hypothèse de 20% de garanties). Il ne resterait donc plus rien pour acheter des obligations de pays affaiblis sur les marchés secondaires. Il faudrait alors compter sur la capacité d'intervention du FMI. Il n'est d'ailleurs pas évident que la garantie de 20% soit suffisante pour calmer les choses, surtout si la valeur des garants diminue, notamment la France.

Le risque d'implosion de la zone euro est-il toujours réel malgré les déclarations des dirigeants européens ?

J-P.P : Oui. Nous sommes revenus à une logique « bête et comptable » du Pacte de stabilité, avec une surenchère dans la mise en place simultanée de plans d'austérité uniformes et pro-cycliques sans aucune coordination d'ensemble. A cela s'ajoute une surenchère prudentielle sur les banques qui amplifiera le credit crunch. La récession ne fera que renforcer la dégradation des comptes publics et des banques.

Moody's a mis la note de la France « sous surveillance », ce qui a fait grand bruit. La perte du AAA est-elle inévitable selon vous ?

J-P.P : C'est surtout une anomalie que la France soit encore AAA aujourd'hui en compagnie du Luxembourg, de la Suisse ou de la Norvège. Mais le risque le plus immédiat concerne l'Italie qui est véritablement systémique. L'Italie cumule la deuxième dette de la zone euro en niveau. Celle-ci représente 120% de son PIB. Des attaques des marchés contre ce pays auraient un effet dévastateur étant donné l'exposition des banques européennes à la dette souveraine transalpine.

Que faudrait-il faire selon vous ?

J-P.P : Il n'y a aujourd'hui pas d'alternative à un engagement définitif de chaque Etat envers l'ensemble de la zone euro et notamment à court terme une mutualisation massive de la dette publique par la BCE. Au-delà, il faudrait que l'Allemagne, qui est le seul pays de la zone euro à disposer de moyens financiers conséquents, soulage les pays d'Europe du Sud et la France en soutenant son marché intérieur. L'Europe est engluée dans une logique déflationniste dévastatrice !

La BCE a déjà pris des mesures non conventionnelles dans ce sens en achetant près de 170 milliards d'euros de dettes souveraines. Cela n'est pas suffisant ?

J-P.P : Non. Il faut un véritable prêteur en dernier ressort aux capacités illimitées en Europe. Toutes les autres banques centrales ont lancé des programmes de Quantitative Easing, autrement plus conséquents (18% du PIB au Royaume Uni, 6% aux USA contre moins de 2% en zone euro). Pour donner des gages à l'Allemagne et éviter l'aléa moral, il faudrait avancer plus nettement dans la conditionnalité des programmes d'aide.

Justement, Jean-Claude Trichet tire sa révérence après huit années passées à la tête de la BCE. Comment jugez-vous son bilan ?

J-P.P : On ne le regrettera pas. Certes, l'inflation a été maîtrisée bien que cela ait été plus lié à la globalisation. Mais la performance de la zone euro en termes de croissance au cours de la dernière décennie a été la plus faible de l'après-guerre. Avec l'euro fort, la zone euro n'a cessé de perdre des parts de marché et de se désindustrialiser. Le problème de la zone euro n'est pas qu'institutionnel ; il est aussi économique, avec la perte de compétitivité et de dynamisme. C'est aussi cela qui a mené l'Europe dans sa plus grave crise depuis les années 50.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M2663777 le jeudi 27 oct 2011 à 10:46

    Faudrait le mettre à la place de Trichet et voir le résultat dans 4 ans...

  • ivankux le jeudi 27 oct 2011 à 10:43

    Bravo pour le flair!

  • nanar80 le jeudi 27 oct 2011 à 09:02

    nanar 80 le sommet et de la poudre au yeux il bloque les prix et donne des salaires plus gros ces la seule solution pour relancer l"economie nous avons des dirigents qui sont a la solde des riche il sont nul et irresponsable nous allons vers l'eclatement de l'europe et de l'euro ces inevitable on va vers une grise comme jamais on a vu sa il faudrai que les gens se reveilles vite

  • PRECURSE le jeudi 27 oct 2011 à 08:46

    Oui sauf qu'il y a bien accord cette nuit, même si cela a été difficile. Maintenant, il faut voir dans la durée ce que çà va donner...

  • JERIKAE2 le jeudi 27 oct 2011 à 07:11

    trichet !quel echec europeen !a quoi sert la bce !completement senile avec l anti inflation

  • elsabaum le mercredi 26 oct 2011 à 23:01

    Tout y est dans cet article avec un point de vue clair, cohérent et percutantCela nous change des commentaires court-termistes et sans saveur

  • ikw2008 le mercredi 26 oct 2011 à 21:59

    Sublissime interviewEnfin de la hauteur et du recul

  • fredgues le mercredi 26 oct 2011 à 17:06

    Pas de souci avec JP Petit : il est si souvent a contre-sens de ce que va faire le marché .Heureusement qu'il n'est ni gérant ni trader !

  • ramseslj le mercredi 26 oct 2011 à 15:11

    S'il s'agit d'une "anomalie" d'être AAA, alors vous considérez que les agences ne sont pas compétentes, il faut choisir!! Quant à annoncer des effets "dévastateurs", c'est le principe même des pseudo-économistes qui cherchent l'effet "catastrophe" plutôt que le rationnel. En vous lisant, je revois les attaques contre le franc belge, le franc français, la lire et une "évidente" réévaluation du florins juste avant la création de l'euro en 1998, il ne s'est rien passé!!!

  • villanti le mercredi 26 oct 2011 à 13:06

    merci cverger mais l'exaspération et le désespoir sont tels devant l'attitude pathétique des "dirigeants et possédants" qu'à mon avis ça devrait pas tarder à fumer d'ailleurs !à trop être pris pour des k'on les gens vont réagir surtout quand nous allons rentrer dans des contraintes d'impositions et de taxation et de modif des salaires des fonks---> à la grec LOL !