Jean-Pierre Béguelin (Pictet) : « Les banques ont perdu confiance entre elles »

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La crise frappe désormais les banques européennes les plus fragiles qui n’arrivent plus à se refinancer sur le marché interbancaire. Si le vote du plan Paulson pourrait aider à ramener la confiance, il faut aussi que la BCE fasse un geste sur les taux selon Jean-Pierre Béguelin, chef économiste chez Pictet.

La crise touche maintenant de plein fouet certaines banques européennes. Après les nationalisations du belgo-néerlandais Fortis et du britannique Bradford and Bingley et le sauvetage en urgence de Hypo Real Estate par les autorités allemandes, les inquiétudes se portent maintenant sur Dexia. Le système bancaire européen est-il menacé ?

Jean-Pierre Béguelin : Les banques ont un gros problème de refinancement. Les marchés interbancaire et de refinancement du papier à court terme ne fonctionnent quasiment plus comme en témoigne l’envolée des taux interbancaires. Depuis la faillite de Lehman Brothers, la crise de confiance entre les banques s’est généralisée. Du coup, les banques « faibles », celles devant à tout prix se recapitaliser, éprouvent de grandes difficultés. Fortis avait besoin de 10 milliards d’euros pour refinancer son acquisition d’ABN Amro.

Quel est le degré de gravité de cette crise selon vous ? Est-elle complètement inédite ?

J-P.B : Cette crise est inédite dans la mesure où les établissements financiers sont confrontés à des problèmes de liquidités plus que de solvabilité. Les émissions de titrisation ont rendu les besoins de liquidités beaucoup plus importants que par le passé. Au niveau des particuliers, nous n’avons pas encore assisté à un rush généralisé aux guichets des banques. Cela ne signifie pas que la crise ne soit pas grave. L’intervention des gouvernements et des autorités monétaires donne la mesure des enjeux.

Le plan Paulson de 700 milliards de dollars sera t-il suffisant pour stabiliser l’économie comme le promet George W. Bush ? Est-on sur la bonne voie ?

J-P.B : A partir du moment où les banques ne se prêtent plus d’argent car elles ont perdu confiance entre elles, la méthode consistant pour le Trésor américain à racheter des dettes constitue une bonne approche. Ce plan devrait aider à ramener la confiance même si nous ne savons pas si le montant sera suffisant. A l’heure actuelle, je dirais que le plan Paulson a 65% de chances de réussir !

Dans un contexte de fort ralentissement de la conjoncture, quel peut-être l’impact le plus visible de cette crise sur la vie des Européens ? Que peuvent faire les autorités européennes ?

J-P.B : Il va y avoir certainement un impact sur la distribution des crédits (immobiliers notamment). Maintenant, la situation ne devrait pas être si dramatique si la BCE descendait ses taux. La raison devrait l’emporter, je n’ai pas trop d’inquiétudes sur ce point. Si la situation européenne n’est pas aussi mauvaise qu’outre-Atlantique sur le front immobilier, la conjoncture se détériore assez rapidement pour justifier une baisse des taux dans les prochaines semaines. La BCE ne veut pas donner l’impression d’agir dans l’urgence mais elle devra bien se résoudre à le faire assez rapidement.

Propos recueillis par Julien Gautier


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