Jean-Pascal Rolandez (The L.T.Funds) : « Nous investissons pour le très long terme »

le
0
Les actions restent un bon investissement de court et de très long terme selon Jean-Pascal Rolandez, gérant du fonds Ulysses chez The L.T.Funds.

Vous vous définissez comme un gérant de très long terme. Qu'est-ce que cela signifie exactement ?

Jean-Pascal Rolandez : Quand j'entre une valeur en portefeuille, c'est à priori pour un durée d'au moins cinq ans. Cela se traduit par un taux de rotation parmi les plus bas de la profession. Sur la base d'un track record de dix ans, le taux de rotation est en effet d'une fois tous les sept ans et une fois tous les quinze ans si l'on exclut les OPA et les OPE, sachant que le portefeuille compte moins d'une trentaine de valeurs sélectionnées à travers l'Europe.

Les crises boursières de ces dernières années (bulle internet, subprimes etc.) rendent-elles encore pertinente l'idée que les actions restent le meilleur placement de long terme ?

J-P.R : En effet, les actions ne sont pas un bon investissement de long terme. Sur une durée comprise entre trois et quinze ans, cette classe d'actifs ne surperforme pas les obligations d'Etat. En revanche, les actions sont un excellent support d'investissement à court ou moyen terme, entre quelques semaines et trois ans pour accompagner le marché, ou bien alors sur le très long terme, au-delà de vingt ans !

Qui sont les investisseurs de très long terme, à plus de vingt d'ans ?

J-P.R : On retrouve notamment les caisses de retraite, compagnies d'assurance-vie, ou des fondations gérant le patrimoine de familles très fortunées et qui ont des horizons d'investissement très longs. Enfin, certains particuliers ont encore des mentalités véritablement long-termistes.

Comment sélectionnez-vous vos titres pour une aussi longue durée ?

J-P.R : Nous investissons plus dans des entreprises que dans des actions. Nous analysons surtout les fondamentaux de l'entreprise, la qualité de son management et ses résultats opérationnels. Le niveau de valorisation importe moins.

Comment avez-vous traversé les turbulences récentes ?

J-P.R : Nous avions mal traversé la première vague de la crise des subprimes en 2007, par ailleurs en haut de cycle boursier. Comme notre portefeuille est raisonnablement défensif et investi pour un tiers en valeurs moyennes, nous avons souffert de l'automne 2007. Les deux années de sous performance de notre fonds sur les dix dernières ont coïncidé avec les deux hauts de cycle (2000 et 2007). En revanche, nous avons surperformé significativement le benchmark MSCI Europe majoré des dividendes en 2008 et depuis le début de l'année.

Quelle la première pondération de votre fonds Ulysses L.T.Funds European General ?

J-P.R : Air Liquide est ma valeur favorite. Nous la détenons depuis vingt-cinq ans ! C'est la première pondération du portefeuille (8%) et nous considérons que cette société a toujours été extrêmement bien gérée. Les gaz industriels constituent une matière première au même titre que l'eau, l'électricité ou le gaz naturel. Je rangerais même cette valeur dans la catégorie des utilities.

Quelles valeurs françaises attirent aussi votre attention ?

J-P.R : J'ai entré Veolia Environnement en portefeuille à l'automne 2008 à l'occasion de la chute des marchés et je renforce cette ligne depuis lors.

Les « utilities » ont été durement sanctionnées avec la crise du crédit. On leur reproche leur endettement trop important...

J-P.R : Mais c'est un mauvais procès! Le business de concessions implique de l'endettement au vu des énormes cash flow dégagés. Du côté des valeurs industrielles, j'aime aussi beaucoup Zodiac. Outre un management de très grande qualité, l'équipementier aéronautique dispose de positions dominantes dans les pièces de sécurité qui doivent être remplacées à échéances régulières. Leur business est donc en grande partie récurrent. Le changement actuel de génération d'avions qui permet d'économiser 25% de carburant par rapport à la génération précédente est aussi une aubaine pour ces équipementiers. Il faut rappeler que malgré les difficultés des compagnies aériennes, Airbus et Boeing disposent d'un carnet de commandes d'environ six ans !

Et du côté des valeurs moyennes ?

J-P.R : J'apprécie GL Events. Cette société lyonnaise est devenue le numéro un européen de l'organisation de salons. Ce sont aussi des prestataires de services pour l'organisations de manifestations diverses. Beaucoup de municipalités disposent par exemple d'une salles de congrès mais ne savent pas la gérer. Elles sont donc dans l'obligation de faire appel à des spécialistes comme GL Events, qui, incidemment, structure véritablement ce secteur éparpillé.

Mais en période de crise, n'est-il pas sacrifié en priorité par les entreprises qui cherchent à faire des économies ?

J-P.R : Je ne le pense pas. Malgré la crise, ce secteur devrait rester dynamique. Les gens ont toujours besoin de se rencontrer, peut-être plus que jamais. Si internet met fin aux voyages d'affaires réguliers, il renforce au contraire la nécessité de se voir au moins une fois par an dans des salons ou des congrès.

Propos recueillis par Julien Gautier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant