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Les investisseurs fuient toujours les marchés actions. Le Cac 40 reste sous les 3.000 points. L’aversion au risque n’a jamais été aussi forte. Partagez-vous ce pessimisme ambiant ?
Jean-Marie Mercadal : Ce pessimisme est justifié par les craintes qu’un éclatement de la zone euro ferait peser sur l’économie mondiale mais hors du Vieux continent, la situation est loin d’être alarmante. Nous sommes en présence d’un ralentissement cyclique et prévisible de la conjoncture faisant suite à la reprise trop rapide qui a suivi le « trou d’air » de 2008/2009. C’est une situation de « sweet spot », un équilibre qui présente quelques avantages : la croissance n’est pas assez forte pour engendrer des tensions inflationnistes, une hausse des matières premières ou un relèvement des taux mais elle est suffisamment solide pour éviter le retour de la récession.
Mais la zone euro est au bord de l’implosion...
J-M.M : Les politiques d’austérité engagées pour réduire les déficits donnent des résultats très insuffisants. La position allemande devra donc être infléchie tôt ou tard. Personne n’a intérêt à une désintégration de la zone euro. Les conséquences en seraient très négatives pour l’ensemble de l’économie mondiale. Nous pensons que ce scénario noir, qui ne peut être exclu, n’est pas le plus probable (probabilité de 30% selon nous). Les gouvernements, le FMI et les banques centrales doivent trouver des mécanismes viables pour sortir par le haut de cette crise. C’est un processus long et douloureux propice à l’instabilité des marchés que nous constatons aujourd’hui.
En attendant, faut-il investir sur les marchés actions ? J-M.M : En début d’année, nous avions indiqué que 2012 serait une bonne année pour la diversification internationale. Les évènements le prouvent. L’Europe reste l’homme malade de l’économie mondiale. Il faut donc plus que jamais diversifier son portefeuille en privilégiant notamment les actions américaines. Celles-ci résistent beaucoup mieux que les actions européennes et restent dans des normes de valorisations basses au regard des 20 dernières années. Au cours des trois grande crises boursières des années 2000 (bulle techno en 2000/2001, subprimes en 2008, crise grecque en 2011), les marchés américains ont été globalement plus résistants.
Certes mais les actions américaines ne sont-elles pas plus chères que leurs consoeurs européennes ?
J-M.M : Effectivement, l’indice S&P 500 affiche un PER de 12,7 contre 10,2 pour le Stoxx 600. Mais l’indice européen surpondère les valeurs bancaires dont la valorisation est beaucoup plus faible, ce qui fausse la comparaison. De même, cet écart est largement justifié par la meilleure santé de la croissance américaine qui devrait se maintenir autour de 2% cette année. Nous aurons donc moins de révisions à la baisse des résultats des entreprises aux Etats-Unis que de ce côté-ci de l’Atlantique.
Vous recommandez également de revenir sur les actions émergentes. Pourquoi ?
J-M.M : Elles redeviennent attractives à moyen terme et devraient bénéficier du potentiel de rebond de leurs devises. L’endettement considérable des pays développés va pénaliser la croissance de ces derniers au cours des prochaines années alors que le ratio dette sur PIB des pays émergents a tendance à diminuer. Or, les actions émergentes restent sous-représentées dans les indices mondiaux par rapport aux actions des pays développés (Europe, Etats-Unis et Japon). Elles ne représentent que 15% du MSCI AC World alors que leur capitalisation boursière totale pèse plus de 30% de la capitalisation boursière mondiale. Le processus de rééquilibrage est très loin d’être achevé.
Propos recueillis par Julien Gautier
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