Jean-Marc Ayrault remet Vincent Peillon au pas sur le cannabis

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MATIGNON MET FIN À UN NOUVEAU COUAC SUR LE CANNABIS
MATIGNON MET FIN À UN NOUVEAU COUAC SUR LE CANNABIS

PARIS (Reuters) - Jean-Marc Ayrault a sèchement remis au pas Vincent Peillon en réaffirmant lundi que le gouvernement français ne dépénaliserait pas le cannabis, rappelant à ses ministres de se concentrer sur leur mission pour mieux défendre la politique du gouvernement.

Le Premier ministre a ainsi voulu éteindre la polémique provoquée dimanche par les propos de son ministre de l'Education nationale en faveur d'un débat sur la dépénalisation comme moyen de lutte contre les trafics dans les cités.

Les déclarations de Vincent Peillon ont déclenché la colère de la droite, qui a dénoncé un débat "irresponsable" et appelé l'exécutif à trancher la question au plus vite.

La dépénalisation "n'est pas la position du gouvernement ni du président de la République", a rappelé lundi Jean-Marc Ayrault à l'occasion d'un déplacement en Loire-Atlantique.

"Les ministres ont à se concentrer sur la mission qui est la leur, et lorsqu'ils parlent à la télévision ou à la radio, doivent défendre à la fois la politique de leur ministère et la politique du gouvernement, et rien d'autre. Ils ne sont pas des commentateurs", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a indiqué que Vincent Peillon l'avait appelé dans la matinée pour exprimer ses regrets.

Le ministère de l'Education précise dans un communiqué que ces propos constituaient une "réflexion personnelle" qui ne contrevenait pas à sa "solidarité totale et entière" à la position gouvernementale.

"CACOPHONIE"

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a apporté son soutien à Jean-Marc Ayrault lors d'un déplacement.

"Quand je vois les dégâts que le cannabis provoque dans les quartiers, je dis qu'il s'agit là d'une lutte, d'une guerre qui ne doit souffrir d'aucune faiblesse", a-t-il indiqué à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, dans la grande banlieue de Lyon.

"Je n'ai pas envie d'entrer dans un débat qui a déjà été tranché par le président de la République", a-t-il ajouté en marge de la cérémonie du quarantième anniversaire de la création du GIPN, une unité de police d'élite.

Cet épisode allonge la liste des remarques intempestives et autres positions personnelles, sur le mariage de personnes de même sexe et l'objectif des 3% de déficit par exemple, exprimées par des membres du gouvernement ou des responsables socialistes, obligeant l'exécutif, et particulièrement Jean-Marc Ayrault, à de nombreuses mises au point.

"Une fois de plus la cacophonie gouvernementale est à l'oeuvre, dans un secteur où tous les parents d'élèves de France attendent du sérieux, de l'autorité", écrit dans un communiqué l'ancien Premier ministre, François Fillon

Vincent Peillon "engage un débat qui va à l'encontre de l'école du respect et de l'autorité qu'il convient de mettre en place", ajoute le candidat à la présidence de l'UMP.

Un débat sur la dépénalisation du cannabis avait déjà divisé le gouvernement socialiste début juin, après la position favorable exprimée par la ministre du Logement Cécile Duflot, alors secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

De nombreuses voix se sont élevées pour déplorer la relance du débat par Vincent Peillon.

"Du jamais vu ! Un ministre de l'Education nationale irresponsable prêche la dépénalisation du cannabis. Quel impact sur l'échec scolaire ? ", s'est ainsi interrogée sur Twitter Valérie Pécresse, ancienne ministre du Budget et soutien de François Fillon dans la course à la tête de l'UMP.

APPEL À LA DÉMISSION

Pour le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, qui avait sommé François Hollande de trancher la question avant la mise au point du Premier ministre, cet épisode pose la question du maintien de Vincent Peillon au gouvernement.

"Il y a des sujets sur lesquels ça suffit de faire n'importe quoi", a-t-il déclaré sur France Info, mettant en avant les "ravages" du cannabis sur la santé, notamment des jeunes.

Le député UMP Lionnel Luca, chef de file de la Droite populaire, réclame pour sa part la démission d'un ministre qui a selon lui franchi la "ligne blanche".

Interrogé sur RTL, l'ancien ministre de l'Economie, François Baroin, a évoqué un débat "irresponsable" et "menaçant".

Vincent Peillon a toutefois reçu le soutien de l'écologiste Denis Baupin, vice-président de l'Assemblée nationale, qui a qualifié sur Europe 1 sa démarche de "courageuse". EELV est favorable à la dépénalisation du cannabis.

Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de Gauche, réclame dans un communiqué "un vrai débat sur le cannabis en France".

Bernard Accoyer, député UMP et ancien président de l'Assemblée, propose pour sa part la création d'une mission d'information" parlementaire "sur les effets scolaires, psychosociaux et, dans certains cas, psychiatriques de la consommation de cannabis par les jeunes".

Chine Labbé, Elizabeth Pineau et Emile Picy, avec Catherine Lagrange à Lyon, édité par Yves Clarisse

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