Jean-Marc Ayrault reconnaît quelques erreurs

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PARIS (Reuters) - Le Premier ministre français, en butte à de nombreuses critiques sur sa manière de gouverner, à une forte chute de popularité et confronté à des "couacs" à répétition au sein de son gouvernement, a reconnu mardi "quelques erreurs".

Jean-Marc Ayrault est notamment revenu sur le dernier "couac" en date - les déclarations du ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, en faveur d'un débat sur la dépénalisation du cannabis.

Une dépénalisation catégoriquement exclue par le chef du gouvernement au nom de la lutte contre l'économie souterraine et contre un problème de santé publique "très grave".

"Moi je ne banalise pas la consommation du cannabis (...) Et qu'est-ce qu'on fera demain pour les autres drogues ?" a dit sur Europe 1 le Premier ministre, pour qui il y a en revanche une campagne à mener à l'école contre l'usage du cannabis.

Pour le reste, "il y a quelques erreurs, c'est vrai, et il faut les reprendre", a-t-il reconnu à propos du fonctionnement de son gouvernement, tout en imputant ses difficultés du moment à la situation économique et sociale de la France.

"Je crois que c'est la situation la plus difficile qu'un gouvernement ait connue depuis le début de la Ve République, parce que le grand chantier du redressement exige beaucoup de travail, beaucoup d'énergie", a-t-il fait valoir. "Donc la moindre bavure (...) se voit."

Il a réaffirmé que les Français voulaient voir tous les ministres au travail, uniquement concentrés sur leurs dossiers et pas qu'ils se "laissent aller à des commentaires".

"On n'est pas là pour se faire de la pub pour soi-même, on n'est pas là pour faire des débats de société, on est là pour défendre son ministère (...) et la politique du gouvernement. Il n'y a qu'une politique du gouvernement", a-t-il insisté.

Il a confirmé avoir rappelé à l'ordre son ministre de l'Education.

"Vincent Peillon m'a appelé hier matin pour reconnaître son erreur parce qu'il a fait effectivement une erreur (...) Les choses sont rentrées dans l'ordre. Maintenant tout le monde est au travail", a-t-il déclaré.

Lors des questions d'actualité à l'Assemblée nationale, le président du groupe UMP, Christian Jacob, a interpellé le Premier ministre, se demandant s'il y avait "un pilote dans l'avion".

"Je ne me sens pas du tout insulté par vos formules", a répliqué Jean-Marc Ayrault.

"Chacun sait que vous êtes là, dans l'opposition, pas par hasard. Moi je ne suis pas Premier ministre par hasard : parce que j'ai la confiance du président de la République et de la majorité et vous, vous avez été sanctionné par le peuple français", a-t-il ajouté.

MESSAGE COMPRIS ?

Des membres du gouvernement n'ont pas hésité à critiquer leur collègue Vincent Peillon à mots couverts.

Le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a ainsi estimé sur France Inter qu'un membre du gouvernement ne devait pas "s'exprimer à titre personnel".

Le ministre de l'Economie sociale et solidaire et de la Consommation, Benoît Hamon, a pour sa part déclaré sur RTL qu'il fallait "parler à bon escient"

"Surtout à un moment où des territoires entiers agonisent quasiment la bouche ouverte, faute d'emploi", a-t-il souligné. "Quand il y a une crise pareille, ce qu'on attend de ministres du gouvernement, c'est qu'ils soient mobilisés sur leur tâche."

Sa collègue des Affaires sociales, Marisol Touraine, a pour sa part jugé sur France Info qu'un ministre, "par définition", n'avait pas de "liberté d'expression".

"Lorsqu'un débat n'est pas tranché, on peut avancer un certain nombre d'idées et faire état de perspectives, qu'elles soient personnelles ou validées en amont par le Premier ministre", a-t-elle cependant ajouté.

Jean-Marc Ayrault n'en a pas moins assuré que le message était "passé" et qu'il avait été "bien compris".

Le député écologiste Noël Mamère a pour sa part défendu sur BFM TV le ministre de l'Education, qui était selon lui "dans son rôle" et "a eu raison de soulever" la question de la dépénalisation du cannabis - en faveur de laquelle s'était prononcée la ministre écologiste du Logement, Cécile Duflot.

L'opposition de droite, dont certains membres ont appelé à la démission du ministre de l'Education nationale, continue pour sa part de se saisir des propos de Vincent Peillon pour critiquer le gouvernement.

L'ex-président UMP de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a ainsi dénoncé sur Radio Classique une "faute particulièrement grave" de la part d'un ministre chargé de la jeunesse.

Emmanuel Jarry, avec ELizabeth Pineau, édité par Patrick Vignal

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  • M3493130 le mardi 16 oct 2012 à 16:39

    Même défaut de méthodologie que dans le gouvernement précédent! On doit apprendre cette indiscipline à l'E N A! Avant de faire des annonces, il faut que la proposition soit validée en Conseil des Ministres. Là on parlerait d'équipe gouvernementale.On en est très loin.

  • ANOSRA le mardi 16 oct 2012 à 16:33

    Il reconnait des erreurs, mais pas les fautes, dont la sienne sur l'impact des impôts! Peillon a commis une faute professionnelle relative à sa fonction d'éducation! Dans le privé les fautes sont sanctionnées!!!