Jean-Marc Ayrault nommé Premier ministre

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Jean-Marc Ayrault nommé Premier ministre
Jean-Marc Ayrault nommé Premier ministre

par Thierry Lévêque et Guillaume Frouin

PARIS/NANTES (Reuters) - Le nouveau Premier ministre français Jean-Marc Ayrault est un fils d'ouvrier dont la fidélité à François Hollande, la modération politique et les convictions européennes mâtinées de germanophilie ont été déterminantes pour le choix du président.

Agé de 62 ans, marié et père de deux filles, il est depuis 1989 maire de Nantes et depuis 1997 président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Il n'avait jamais occupé jusqu'ici de poste gouvernemental, ce qui ne l'a pas empêché d'être préféré aux "éléphants" socialistes comme Martine Aubry.

François Hollande entend redonner tout son contenu à la fonction de Premier ministre, vidée en grande partie de sa substance sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Jean-Marc Ayrault doit donc être véritable chef de gouvernement censé, selon la Constitution de la Ve République, sinon déterminer, du moins conduire la politique de la Nation.

Sa parfaite maîtrise de la langue allemande, à l'heure où l'axe Paris-Berlin bat de l'aile sur les dossiers économiques, son profil "social-démocrate" propre à rassurer les marchés, un style réservé et une connaissance parfaite du Parlement lui donnent un profil considéré comme idéal par ses partisans.

Si, pour ses adversaires, il manque de charisme, ses amis évoquent plutôt une contenance de bon aloi.

"Il n'est pas du genre à taper dans le dos ou à faire des blagues avec des gens qu'il ne connaît pas", a dit à Reuters Pascal Bolo, son adjoint aux Finances à la mairie de Nantes.

Ce fils d'un ouvrier du textile devenu entrepreneur a enseigné l'allemand au lycée jusqu'à sa première élection à l'Assemblée en 1986 et il ne sort pas des pépinières traditionnelles de dirigeants français comme l'ENA.

Il pourrait donc prétendre, à l'image du nouveau chef de l'Etat, au titre "d'homme normal", tant il a toujours évité les éclats.

DISCRÉTION TROMPEUSE ?

Tout comme pour François Hollande, cependant, la discrétion et la modestie apparentes peuvent être trompeuses et mieux servir une ambition, disent certains de ses amis.

"C'est un faux lisse : sous des dehors peu expansifs, il cache une vraie détermination. Il n'aime pas le pouvoir pour le pouvoir - il n'est pas bling-bling pour un sou - mais plutôt pour ce qu'il permet de réaliser", explique Pascal Bolo.

Quand la gauche était au pouvoir (1997-2002), comme dans l'opposition (2002-2012), il a continuellement présidé le groupe socialiste de l'Assemblée, tissant peu à peu sa toile.

Ses liens avec les autres partis socialistes européens, notamment le SPD allemand, lui ont valu dans l'équipe de campagne de François Hollande la place de conseiller spécial chargé de ces liens internationaux.

Il a soutenu François Hollande dans sa candidature à la primaire socialiste à partir de juillet 2011.

A Matignon, Jean-Marc Ayrault s'installera avec un bagage idéologique plutôt de centre-gauche, éloigné en tous cas des foucades anti-capitalistes de l'aile radicale du PS.

EFFACÉ DEVANT FRANÇOIS HOLLANDE ?

La lutte des classes n'a jamais été la tasse de thé de ce natif de Maulévrier (Maine-et-Loire) qui a commencé son militantisme à l'adolescence au Mouvement rural de jeunesse chrétienne, puis à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) avant d'adhérer à 21 ans au Parti socialiste, en 1971.

Il y sera d'abord proche de Jean Poperen, chef de file d'un courant laïc et marxiste mais s'en détachera pour se rapprocher de Michel Rocard, Premier ministre en 1988-1991 et de Jacques Delors, qui sera président de la Commission européenne.

Un premier mandat de conseiller général à 26 ans, puis des victoires par surprise à l'élection municipale de Saint-Herblain à 27 ans en 1977 puis à Nantes en 1989, à 39 ans, lancent une carrière d'élu local dont la réussite est incontestée.

Il a été élu dès le premier tour en 1989, 1995, 2001 et 2008 à Nantes, qui, avec 50.000 habitants gagnés depuis 1990, est devenue la principale métropole du Grand Ouest, et a connu un fort développement économique et culturel.

La droite impute le succès de Jean-Marc Ayrault à son supposé "clientélisme". Il a été condamné en 1997 à six mois de prison avec sursis pour "favoritisme" en raison de l'attribution du marché d'impression du journal municipal à un proche du PS, sans appel d'offres. Jean-Marc Ayrault estime que ce dossier ne met pas en cause sa probité.

Autre ombre, le projet de nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qu'il porte depuis des années, se heurte à l'opposition d'agriculteurs et d'écologistes mais le dossier devrait aller de l'avant.

La droite met aussi en cause la personnalité du nouveau Premier ministre. "Si François Hollande veut un Premier ministre fidèle, qui ne lui fasse pas d'ombre et qui applique la ligne directrice qu'on lui a donnée, alors il faut qu'il choisisse Jean-Marc Ayrault", disait à Reuters la semaine dernière Elisabeth Hubert, candidate de droite de 1995 à Nantes. "Je ne le vois pas se poser en opposant ou contestataire".

Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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  • dhote le mardi 15 mai 2012 à 18:23

    Pauvre Martine console toi comme tu pourras...

  • M4841131 le mardi 15 mai 2012 à 17:52

    ce soir elle porte la bourre-k pour pas qu'on la voit pas pleurer, quid du whisky

  • brinon1 le mardi 15 mai 2012 à 17:31

    on a évité "la pire"......