Jean-Marc Ayrault justifie à l'Assemblée l'intervention en RCA

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JEAN-MARC AYRAULT JUSTIFIE DEVANT L?ASSEMBLÉE L'INTERVENTION EN CENTRAFRIQUE
JEAN-MARC AYRAULT JUSTIFIE DEVANT L?ASSEMBLÉE L'INTERVENTION EN CENTRAFRIQUE

PARIS (Reuters) - L'intervention militaire française en Centrafrique était "urgente et nécessaire" pour éviter "une tragédie humanitaire" dans un pays en déshérence, a plaidé mardi Jean-Marc Ayrault face à une opinion et une classe politique réservées.

Cinq jours après le début de l'opération "Sangaris", en appui de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca), le Premier ministre a défendu à l'Assemblée nationale les options stratégiques de la France en Afrique, où son rôle de "gendarme" fait débat.

Le choix de François Hollande d'engager les forces françaises sur un nouveau théâtre extérieur après le Mali est soutenu par l'ensemble de la classe politique, mais les réserves exprimées sont telles que les consultations et le discours du chef du gouvernement, dans le cadre d'un débat sans vote au Parlement, n'ont pas suffi à taire les interrogations sur le coût, la durée et les risques de "Sangaris".

Selon plusieurs enquêtes d'opinion, les Français sont divisés, voire majoritairement hostiles à la mission en Centrafrique alors qu'ils soutenaient l'action au Mali.

Jean-Marc Ayrault a assuré devant les députés que cette nouvelle mission serait "l'affaire de quelques mois", sans toutefois donner d'échéance précise.

"Attendre, c'était prendre le risque d'un désastre. Attendre, c'était nous exposer au risque d'une intervention ultérieure, beaucoup plus coûteuse et difficile", a-t-il souligné.

Selon le Premier ministre, sans intervention militaire, la "spirale de la haine" qui étreignait la Centrafrique "aurait pu à tout moment déboucher sur un enchaînement d'exactions et de représailles entre chrétiens et musulmans".

Plusieurs élus ont évoqué une situation pré-génocidaire.

Des "massacres de masse" ont été évités et "la vertu dissuasive" des patrouilles françaises dans Bangui, où deux soldats sont tombés sous des tirs dans la nuit de lundi à mardi, "joue pleinement", a dit Jean-Marc Ayrault.

"Le désengagement de nos forces commencera dès que la situation le permettra", a-t-il ajouté.

TOURNER LA PAGE EN CENTRAFRIQUE

Non, la France n'est pas seule, a répondu le chef du gouvernement à la droite mais aussi à plusieurs élus de la majorité qui s'inquiètent de l'inertie de l'Union européenne et des Etats-Unis.

Jean-Marc Ayrault a réaffirmé que la France disposait des capacités financières pour assumer ses responsabilités, alors que l'opposition dénonce dans la loi de programmation militaire une atteinte sans précédent à l'appareil de défense.

Quant aux accusations d'interventionnisme, de "gendarme de l'Afrique", portées notamment par les élus communistes, le Premier ministre a répété que la sécurité de l'Afrique incombait aux Africains eux-mêmes.

La volonté de la France, a-t-il conclu, est de tourner une page politique et sécuritaire en Centrafrique, message que devait délivrer François Hollande mardi soir à l'occasion d'une visite-éclair dans l'ancienne colonie.

Le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, s'est inquiété à la tribune d'un financement "incertain" et de la "frilosité" de la communauté internationale à déployer une opération de maintien de la paix le plus vite possible, qui condamnerait la France à devenir "le seul gendarme de la zone".

Pour l'UDI, le centriste Jean-Louis Borloo a mis l'accent sur les incertitudes d'une telle mission face à "des milices éparses difficilement identifiées et identifiables" et a jugé "extrêmement troublante" l'absence de capacité de l'exécutif français à mobiliser ses partenaires.

Cette intervention légitime, a déclaré pour sa part François de Rugy, coprésident du groupe Europe Ecologie-Les Verts, ne saurait conduire à faire l'économie "d'une réflexion sur le sens que nous souhaitons donner à la politique étrangère de la France sur le continent africain".

Très critique, le député communiste André Chassaigne, qui s'est fait l'écho d'"un réel malaise", a estimé que la France portait "une lourde responsabilité historique" dans le chaos centrafricain et qu'elle n'était à ce titre "pas la plus qualifiée pour intervenir".

"Notre pays n'a pas vocation à défendre des dictatures et des Etats artificiels", a-t-il lancé.

Sophie Louet et Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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