Jean-Louis Mourier (Aurel BGC) : « Nous privilégions le secteur de la construction »

le
0
Dans un contexte de reprise encore fragile, le secteur de la construction qui profite des plans de relance reste à privilégier selon Jean-Louis Mourier, économiste et stratégiste chez Aurel BGC.

La confiance semble revenue sur les marchés en cette fin d'été. Le rebond est spectaculaire depuis les plus bas atteints début mars. La poursuite du rallye est-elle justifiée selon vous ?

Jean-Louis Mourier : La hausse récente est justifiée par la confirmation de la tendance à l'amélioration observée dans les enquêtes d'opinions (IFO en Allemagne, ISM aux Etats-Unis etc.) il y a plusieurs mois et qui se retrouve aujourd'hui dans les statistiques « en dur ». Le redressement du secteur industriel aux Etats-Unis et en Europe, des PIB en Allemagne et en France plutôt encourageants au deuxième trimestre ont contribué à animer les marchés pendant l'été. Nous avons eu aussi la confirmation du rebond de l'activité en Chine et de la poursuite de l'amélioration de la situation sur certains marchés financiers. La baisse des taux interbancaires s'est poursuivie. Enfin, les résultats des sociétés américaines au deuxième trimestre se sont révélés meilleurs que le consensus des analystes dans 75% des cas. L'OCDE et les banquiers centraux ont confirmé la fin de la récession même si la reprise sera longue et difficile.

Toutes ces bonnes nouvelles ne sont-elles pas consécutives à l'effet des différents plans de relance ? Ne doit-on pas redouter une rechute ?

J-L.M : Effectivement, ce regain d'activité est lié dans une large mesure à l'effet des plans de relance, notamment en Europe où l'investissement public a constitué l'élément principal de soutien de la demande. Ajoutons qu'aux Etats-Unis, la partie dépenses du plan de relance n'est pas encore visible dans les chiffres de croissance. Les projets n'ont été mis en route qu'au début de l'été.

La prime à la casse rencontre un certain succès à travers le monde et a contribué à sauver des constructeurs en très grande difficulté. Pour combien de temps ?

J-L.M : En Europe, il est clair qu'elle a constitué un bol d'air précieux pour le secteur automobile et contribué à la résistance de la consommation des ménages depuis le début de l'année. Aux Etats-Unis, l'enveloppe de 1 milliard a été augmentée à 3 milliards début août. Le succès de cette prime amène les constructeurs à relever leurs objectifs de ventes et de production au deuxième trimestre. Au point que GM réembauche ! Bien sûr, les effets des plans de relance et de mesures comme la prime à la casse ne visent pas à soutenir l'économie ad vitam mais plutôt de casser une spirale de baisse de la demande globale et d'enclencher des cercles vertueux. Reste à trouver les futurs relais de croissance...

Bernanke a été reconduit en début de semaine par Obama à la tête de la FED. Une bonne nouvelle pour les marchés ? Comment jugez-vous sa gestion de la crise jusqu'à présent ?

J-L.M : Il a su prendre des mesures exceptionnelles et non conventionnelles quand il le fallait. Sa reconduction rassure dans la mesure où la stabilité est bienvenue, les marchés le connaissent et savent par ses déclarations récentes qu'il ne va pas s'engager rapidement dans une remontée des taux. Bernanke attendra une amélioration plus significative de la conjoncture.

Quelles nouvelles attendues d'ici un mois vont guider la tendance en cette rentrée ?

J-L.M : Compte tenu de la fragilité de la reprise même si cette dernière est indéniable, toutes les statistiques décevantes seront prétextes à des corrections sur les marchés.

Quels arbitrages préconisez-vous dans vos portefeuilles et notamment au sein des marchés actions ?

J-L.M : A court terme, nous surpondérons les actions européennes et américaines et restons très négatifs sur l'obligataire d'Etat. Concernant l'allocation sectorielle au sein des marchés actions, nous sommes relativement neutres sur les valeurs industrielles. Il faut rester prudent sur les valeurs endettées, type utilities. Nous préférons jouer les valeurs de construction qui sont les principaux bénéficiaires des plans de relance.

Propos recueillis par Julien Gautier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant