Jean-Louis Mourier (Aurel BGC) : « Des garanties ont été données aux "faucons" de la BCE »

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Attendu, le nouveau plan de Mario Draghi vise à faire retomber la tension sur les dettes périphériques tout en apportant des garanties aux « faucons » analyse Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. La balle est maintenant dans le camp des Etats en difficulté.

Votre réaction aux déclarations de Mario Draghi instituant un nouveau plan de rachat de dettes souveraines baptisé « Outright monetary transactions » (OMT) et qui remplace le SMP ?

Jean-Louis Mourier : Globalement, les annonces de Mario Draghi confirment les fuites de la veille et répondent aux attentes des marchés. Dans le même temps, elles devraient rassurer les « faucons » de la BCE (Bundesbank). Les achats pourront se faire pour des montants illimités et des maturités courtes, de un à trois ans, mais les pays qui demanderont de l’aide devront se placer dans le cadre d’un programme FESF/MES. Cela implique des mesures d’ajustement et la surveillance du FMI aussi bien pour définir le programme d’ajustement que pour surveiller son exécution. Dans tous les cas, la BCE restera seule décisionnaire de la mise en oeuvre de ce programme d’achat de dettes. L’institution de Francfort ne cède pas d’un pouce sur son indépendance. Il n’y aura aucune « automaticité » dans les programmes d’achat qui resteront donc très encadrés. Enfin, la BCE renonce à son statut de créancier prioritaire par rapport aux émetteurs concernés.

Des surprises tout de même dans les annonces de Mario Draghi ?

J-L.M : On peut considérer comme une surprise le fait que la BCE annonce qu’elle arrêtera l’achat de titres en cas de non respect des conditions du programme par le pays qui aura sollicité une aide alors qu’on évoquait la possibilité de vente de titres déjà achetés.

La BCE va-t-elle jouer la carte de la transparence sur ces achats de dette ?

J-L.M : Oui mais pas autant que certains l’espéraient. La BCE publiera une fois par semaine, et non à un rythme quotidien, les montants acquis sur les marchés et une fois par mois leur répartition par pays bénéficiaire.

Après les opérations de LTRO et le programme SMP, ce programme OMT marque une nouvelle phase de mesures « non conventionnelles » mises en oeuvre par la BCE. Que peut-elle faire de plus pour sortir la zone euro de la crise ?

J-L.M : Soyons clairs, ces annonces de la BCE vont permettre de faire baisser la tension dans les pays où la situation est la plus tendue. Les contraintes financières de refinancement de la dette vont être allégées et l’effet « boule de neige » stoppée. Mais la crise des finances publiques européennes n’est pas réglée pour autant. Quant à la BCE, elle peut encore baisser son taux directeur...

Justement, Mario Draghi a annoncé le maintien du principal taux directeur de la BCE à 0,75%. Une décision opportune selon vous ?

J-L.M : La possibilité d’une baisse supplémentaire du taux refi reste d’actualité au regard de l’absence de tensions inflationnistes. Pourtant, la fragmentation actuelle des marchés obligataires dans la zone euro rend inefficace, pour le moment, ce genre de mesures. La dernière baisse d’un quart de point, au mois de juillet, n’a pas produit les effets attendus. La BCE pourra donc agir sur ce terrain quand elle aura rétabli les canaux de transmissions de sa politique monétaire.

Entrons-nous dans une nouvelle phase de la crise ?

J-L.M : Les Européens doivent faire face maintenant à un problème de gestion du temps. La BCE ne pourra rien faire tant que les pays concernés ne se seront pas manifestés auprès d'elle. La tension sur les marchés risque de remonter à nouveau si certains pays comme l’Espagne tardent trop à demander de l’aide.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • marshaka le vendredi 7 sept 2012 à 09:00

    Votre interlocuteur ne doit pas faire ses courses, se loger ou payer son essence, sinon il ne dirait pas qu'il n'y a pas d'inflation !