Jean-François Ruel (Tundra Finance) : « L'or va reprendre le chemin de la hausse »

le
0
Malgré la correction récente intervenue après un été flamboyant, l'or pourrait reprendre sa hausse et dépasser 1.900 dollars l'once à la fin de l'année estime Jean-François Ruel, président de Tundra Finance, une société de gestion canadienne spécialisée dans les valeurs aurifères.

L'once d'or a été plébiscitée par les investisseurs au cours de l'été à mesure que la Bourse s'effondrait. La vive correction observée actuellement n'est-elle que passagère selon vous ?

Jean-François Ruel : Oui, il s'agit d'une correction passagère qui répond à un processus normal, observé environ toutes les vingt semaines. Depuis début juillet, l'once a gagné près de 30% ! Si l'on intègre la baisse actuelle de 11% depuis le plus haut atteint le 23 août, l'once d'or progresse encore d'environ 13% depuis début juillet. Plusieurs éléments expliquent ce retournement : d'abord il était normal que les marchés actions se reprennent après la décrue des dernières semaines et l'once d'or, actif refuge, évolue le plus souvent en sens inverse des indices boursiers. Ensuite, le Chicago Mercantile Exchange (CME) et la Bourse de Shanghai viennent de relever leurs appels de marge pour freiner la spéculation sur l'or. Un indicateur technique comme le RSI indiquait clairement que les investisseurs étaient en position de « surachat ».

A combien voyez l'once à la fin de l'année ?

J-F.R : Nous pensons que l'once pourrait dépasser 1.900 dollars l'once à la fin de l'année. Le rebond devrait intervenir prochainement. Les phases de correction observées depuis 2001 sont en moyenne de 12%. Nous sommes actuellement dans la 11ème année consécutive de hausse de l'or et ce n'est pas fini !

A contrario, vous êtes plus pessimiste concernant les marchés actions. Les cours actuels n'ont-ils pas intégré des scénarios macroéconomiques déjà très défavorables ?

J-F.R : Oui mais le problème de la dette n'est pas contenu. On ne peut pas écarter des scénarios potentiellement catastrophiques. Une restructuration de la dette de certains pays en difficulté en Europe mettrait en difficulté le secteur bancaire alors que le niveau de liquidités détenu par la plupart des établissements est précaire. Il faudrait procéder à des augmentations de capital ou faire appel à l'aide des Etats. Les ratios Tier1 (ratios de fonds propres des banques) sont faibles en Europe et aux Etats-Unis, autour de 4-5%, ce qui n'est pas de bon augure. Les récents stress tests n'ont pas intégré les hypothèses de faillite de certains Etats et les conséquences sur les bilans bancaires.

Les plans proposés pour contenir le problème de la dette des deux côtés de l'Atlantique restent très insuffisants selon vous ?

J-F.R : Pour le moment, les gouvernements construisent leurs budgets sur des hypothèses de croissance souvent surestimées, ce qui accentue le creusement des dettes publiques. Les marchés peuvent donc douter qu'ils soient en mesure de faire face à la dégradation de situation. Or, pour sauver le système bancaire, les Etats devront se résoudre à augmenter encore la dette, ce qui va accentuer la dégradation de la valeur des actifs « papier » au détriment des « old assets » comme l'or et les métaux précieux. C'est un phénomène historique qui a commencé il y a dix ans et qui va se poursuivre tout au long de la décennie en cours.

Vous préférez détenir des actions de mines d'or plutôt que de l'or physique. Pourquoi et quelles sont vos mines d'or préférées ?

J-F.R : Etant donné le cours de l'or, les mines sont actuellement sous-valorisées. A 1.700 dollars l'once, elles génèrent en moyenne une marge de 1.100 dollars pour des coûts de production de 600 dollars l'once! Parmi elles, Gold Corp nous intéresse car elle dispose des coûts de productions les plus faibles du secteur. Elle cote 50 dollars canadiens mais notre objectif de cours est de 70 dollars. Nous pensons également que Pershimco Resources est particulièrement sous-valorisée. Notre objectif de cours pour cette petite minière est de 2 dollars contre une cotation actuelle d'environ 80 cents.

Propos recueillis par Julien Gautier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant