Jean-François Descaves (Financière de Champlain) : « La finance solidaire ne peut que se développer »

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Si l'épargne solidaire a résisté à la crise financière (encours stables en 2008 à 1,6 milliard d'euros), le phénomène encore marginal va monter en puissance selon Jean-François Descaves, président de la Financière de Champlain, alors que se tient du 4 au 11 novembre la semaine de l'épargne solidaire organisée par Finansol.

Selon le baromètre Finansol, l'encours de l'épargne solidaire a atteint 1,6 milliard d'euros en 2008, un chiffre stable par rapport à 2007, ce qui est effectivement encourageant vu le contexte de crise, et les investissements solidaires réalisés ont progressé de 34% à 379 millions d'euros. Mais ces montants restent tout de même encore faibles...

Jean-François Descaves : Bien sûr, mais cela ne peut que progresser dans les prochaines années, comme ce fut le cas pour l'ISR.... En 2008, l'épargne solidaire a permis de créer 25.000 emplois et 1.500 logements sociaux. Toutes les crises permettent de faire émerger de nouveaux concepts et cette crise a montré la nécessité de se raccrocher à d'autres valeurs que la simple performance à court terme. Cela va se répercuter sur la façon d'investir. Les particuliers manifestent l'envie croissante de donner un sens à leur investissement mais ne trouvent pas forcément le support adapté à leurs attentes. Afin de mieux faire connaître ce type de placements, Financière de Champlain organise justement, dans ses locaux, une journée « Portes ouvertes » du 4 au 6 novembre à l'occasion de la semaine de l'épargne solidaire.

Dans l'univers de l'investissement éthique, quelle est la différence entre un fonds solidaire, un fonds de partage ou un fonds ISR (Investissement socialement responsable) ?

J-F.D : L'appellation ISR désigne les fonds qui intègrent un certain nombre de critères sociaux, environnementaux, sociétaux et de gouvernance. Un fonds est dit solidaire à partir du moment où une part du portefeuille est investi directement dans des entreprises solidaires (insertion...). Dans un fonds de partage, le principe est de distribuer une part des revenus générés par les placements à des associations sous forme de don. Champlain Solidarité, par exemple, est un fonds de partage investi non seulement dans des entreprises jugées responsables mais nous allons plus loin : 75% des dividendes distribués par les sociétés en portefeuille sont reversés à sept associations dans le domaine de la lutte contre l'exclusion, la protection de l'enfance en souffrance et l'aide aux personnes âgées en situation précaire. Nous mettons donc en cohérence la composante « éthique » du portefeuille et la finalité sociale de l'investissement. Ce fonds de partage vient d'ailleurs d'obtenir le nouveau label ISR lancé par Novethic.

Vous avez effectivement lancé en juin 2008 votre fonds Champlain Solidarité. Comment a t-il traversé la tempête ?

J-F.D : En terme de performance, c'est le meilleur fonds de notre gamme depuis le début de l'année : +27% au 30 septembre, contre +18% pour l'ASPI Eurozone. Mais au-delà de la performance, nous mettons surtout en avant notre effort de transparence et l'utilité sociale du fonds. La performance n'est pas le seul critère qui doit justifier la souscription à un tel fonds.

Qu'attendez-vous des marchés dans les prochains mois ?

J-F.D : Avec l'accroissement considérable de l'endettement des Etats, nous voyons mal un retour à une croissance forte dans les prochaines années. La crise a mis en relief la faillite de la régulation du système financier mais aussi le problème de la dette. L'urgence sociale devrait donc s'accroître...

Dans l'optique d'un développement responsable et durable, quelles sont actuellement vos valeurs favorites ?

J-F.D : Une entreprise comme Séché Environnement, spécialisée dans le stockage et le traitement des déchets, respecte parfaitement ces critères sociaux et environnementaux, même si nous aimons aussi beaucoup Veolia Environnement. Dans le secteur des énergies renouvelables qui profite actuellement des plans de relance verts lancés par les Etats, nous nous intéressons plus particulièrement aux midcaps allemandes Plambeck (PNE) et Solar Millénnium. Plus globalement, nous avons une préférence marquée pour les sociétés qui sont peu dépendantes de la conjoncture économique car portées par des réglementations ou des besoins vitaux pour nos sociétés demain.

Propos recueillis par Julien Gautier

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