Jean d'Ormesson, l'"ami lointain" de François Mitterrand

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Jean d'Ormesson le 9 avril 2015 à Paris ( AFP/Archives / Martin BUREAU, Martin BUREAU )
Jean d'Ormesson le 9 avril 2015 à Paris ( AFP/Archives / Martin BUREAU, Martin BUREAU )

Grande plume de droite pendant plus d'un demi-siècle, Jean d'Ormesson a croisé tous les présidents de la Ve République, mais c'est avec François Mitterrand, pourtant "un adversaire", que ses relations ont été les plus surprenantes.

Tout en haut de son Panthéon personnel, il y a le général de Gaulle, auquel le fils de diplomate voue depuis sa jeunesse une admiration sans partage. Mais il ne se frotte vraiment à la politique que quand il prend les rênes du Figaro, en 1974, quelques semaines avant la mort de Georges Pompidou. Le quotidien soutient alors Valéry Giscard d'Estaing, que l'écrivain connaît depuis l'enfance et juge "éblouissant".

Avec François Mitterrand, ses relations sont au départ infiniment plus rêches. Un étrange dialogue va pourtant s'instaurer entre l'écrivain de droite et le premier président de gauche de la Ve. "J'ai entretenu des liens qui relèvent du paradoxe avec un des acteurs majeurs de notre histoire récente", résume-t-il.

 Jean d'Ormesson en habit d'académicien le 20 avril 2009 à Paris, lors de l'enterrement de Mauri
Jean d'Ormesson en habit d'académicien le 20 avril 2009 à Paris, lors de l'enterrement de Maurice Druon ( POOL/AFP/Archives / PHILIPPE WOJAZER )

En mai 1981, il lui consacre un article virulent à la une du Figaro. Mitterrand, tout juste élu, déplore en réponse "qu'un si bon écrivain fût si stupide politiquement". "Je lui ai écrit quelques mots pour le remercier de son indulgence. La machine était lancée", rapporte Jean d'Ormesson.

C'est avec la conviction partagée que la littérature est "bien au-dessus de la politique" que leur relation va prospérer. Ecrivain, éditorialiste, Jean d'Ormesson, qui a débuté sa carrière dans les cabinets ministériels, ne s'est jamais engagé personnellement en politique qu'il considérait comme "un jeu violent et un sport de combat".

Il n'en sera pas moins régulièrement invité à l'Elysée durant les deux septennats de Mitterrand (1981-1995), le président étant de par son statut "protecteur" de l'Académie française, dont d'Ormesson est lui-même un membre éminent.

- Dernier rendez-vous à l'Elysée -

En 1988, il accompagne Michel Debré, nouvel élu sous la Coupole, pour sa visite protocolaire au chef de l'Etat. François Mitterrand serre la main de l'ancien Premier ministre. "Et il lui tourna le dos pour entamer avec moi une conversation qu'il fit durer trois bons quart d'heure", raconte d'Ormesson, faussement désolé.

Leur dernière rencontre sera la plus étonnante. Avant de quitter l'Elysée, le 17 mai 1995, Mitterrand lui fixe rendez-vous deux heures à peine avant la cérémonie au cours de laquelle il doit céder le pouvoir à Jacques Chirac.

La conversation vient sur l'affaire René Bousquet, l'ancien chef de la police de Vichy assassiné deux ans plus tôt, avec lequel François Mitterrand a longtemps conservé des relations. L'écrivain affirmera plus tard que l'ancien président lui a alors asséné: "Vous reconnaissez là, M. d'Ormesson, l'influence puissante et nocive du lobby juif en France". Ce qui suscitera une vive polémique.

"A tort ou à raison, il me semblait qu'il ne m'avait pas invité au titre de journaliste, mais plutôt comme un ami lointain, choisi pour des raisons qui me restaient mystérieuses", écrit-il. En 2012, il incarnera même "le président" dans un film inspiré des relations de François Mitterrand et sa cuisinière.

Fervent partisan de Nicolas Sarkozy - "Il est plutôt moins menteur que les autres" -, qu'il soutient activement en 2012, le toujours droitier Jean d'Ormesson s'est en revanche montré hostile à François Hollande, auquel il reproche de ne pas avoir la stature d'"un homme d'Etat".

Ce dernier ne lui en a pas moins remis en novembre 2014 la grand-croix de la Légion d'honneur dans les salons de l'Elysée. "Comment faites-vous pour être aimé?", l'interroge alors le chef de l'Etat au plus mal dans les sondages. Avant de conclure: "Le président pour lequel vous n'avez pas voté a un plaisir gourmand et une fierté jubilatoire à vous remettre les insignes".

Faux modeste, écrivain de haute lignée, Jean d'Ormesson acceptait les honneurs d'où qu'ils viennent.

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  • aerosp il y a une semaine

    Le Parisianisme dans sa splendeur