Jean-Baptiste Grange : " J'ai pensé à arrêter "

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Jean-Baptiste Grange : " J'ai pensé à arrêter "
Jean-Baptiste Grange : " J'ai pensé à arrêter "
De retour des Etats-Unis où il a remporté la médaille d'or du slalom des Mondiaux de Vail-Beaver Creek dimanche dernier, Jean-Baptiste Grange revient en longueur sur sa victoire, mais aussi sur les doutes qui l'ont précédée.

Jean-Baptiste Grange, la tournée médiatique est-elle plus fatigante que le titre de champion du monde ?
C'est aussi fatigant l'un que l'autre (rires). C'est vrai que ça fait pas mal de changements en quelques jours, mais il y a eu deux, trois saisons où je n'ai pas connu cela, et ça revient. Il faut aussi le digérer. C'est vrai que là, j'ai le temps, donc c'est l'occasion de venir à Paris. C'est important pour le ski, pour nous. Après, il y a le décalage horaire... Cela fait partie du job, mais à partir de ce soir (ndlr : vendredi) je suis en vacances.

Avez-vous réalisé votre performance ?
Justement je n'ai pas eu trop le temps de me poser. Donc je pense que ça va être le repos et le fait de regarder ça au calme qui va me faire réaliser. Après, vu l'effervescence qu'il y a autour de tout cela, je me rends compte aussi de ce que j'ai fait, de l'importance que cela a. Donc oui cela aide aussi à réaliser.

Vous rappelez-vous de votre course ?
Je l'ai revue un petit peu. Après c'est vrai que j'ai les souvenirs ancrés en moi. Et j'essaie de me le rappeler un peu tous les jours pour ne pas oublier. Et pour que ça me serve aussi pour les prochaines courses. C'était mon jour. Quand tout se passe dans le bon sens, c'est le sentiment qu'on recherche, faire le bon geste, au bon moment et naturellement.

C'est un sentiment de plénitude ?
Oui un sentiment de plénitude, parce que tu as bossé très dur pour y arriver et tu l'as fait. C'est la plus grande satisfaction que l'on puisse avoir dans le monde sportif.

Que pensiez-vous à l'issue de la première manche ?
J'étais content d'avoir réalisé ce temps-là. Surtout que c'était dans un tracé très tournant, qui ne me correspondait pas forcément. Je n'étais pas trop loin, je devais être à 15, 20 centièmes du podium, donc je savais qu'il y avait un bon coup à jouer pour la médaille de bronze. Maintenant, il y avait quand même de beaux skieurs autour de moi. Je me disais qu'il ne fallait pas traîner. J'avais aussi le souvenir que j'étais cinquième à la première manche des Jeux Olympiques, donc il y avait un peu d'appréhension par rapport à cela. Par contre, c'est vrai que pour les deux premières places, cela me semblait intouchable à ce moment-là.

Quel moment vous a procuré le plus d'émotions ?
Au moment où j'ai su que j'avais la médaille de bronze, parce que c'est vrai que ça a été tellement d'efforts pour en arriver là, tellement d'attente aussi. Quand je vois que je suis troisième, les larmes me montent aux yeux. Ce n'est pas quelque chose qui arrive souvent. Pour la deuxième et la première place, c'est juste l'explosion de joie, je ne réfléchis même plus.

« Ce n'est pas une victoire au rabais »

Sur le podium, pendant la Marseillaise, vous repensez à tout ce que vous avez vécu ces derniers mois ?
J'essayais d'y penser, d'en profiter pour penser à tout cela, aux gens qui m'ont soutenu, qui ont toujours été derrière moi.

Est-ce que tout ce vous avez vécu vous a rendu plus fort sur le plan mental ?
Je pense que j'ai forcément dû évoluer sous certains points. Après, les blessures usent aussi, c'est énormément de travail pour revenir au niveau. Moi je suis simplement heureux d'y être parvenu. C'était aussi pour revivre cela. Et de cette manière là, je ne pouvais pas rêver mieux.

Par rapport à 2011, ce titre a une saveur particulière ?
C'est totalement différent. On va dire que c'est plus inattendu. Après il y a énormément de boulot derrière tout cela, peut-être encore plus qu'en 2011. C'est plus une récompense après tous ces efforts. 2011 j'étais au top, vraiment dans mon truc, j'enchaînais les courses et les podiums. C'était plus le fait de répondre présent ce jour-là parce que j'étais leader. Alors que là c'est venu un peu de nulle part. Mais ce n'est pas une victoire au rabais parce que je termine devant Felix Neureuther, le leader de la Coupe du monde, et Marcel Hirscher on sait l'immense champion que c'est.

Le fait de vouloir revivre les mêmes émotions que lors de votre premier titre a-t-il été un moteur pour vous après vos nombreuses blessures ?
C'est sûr que ça a été un moteur. J'ai eu la chance que tout se goupille bien et que le déclic se passe le jour des Mondiaux donc c'est parfait. J'ai toujours eu cet esprit de compétiteur qui aide à avancer au-delà du plaisir de s'entraîner et de progresser. C'est aussi ce qui maintient au plus haut niveau.

Vous étiez pourtant dans le doute trois semaines avant ces Championnats du monde ?
J'ai terminé deux fois 25eme alors que j'étais sur une bonne dynamique, notamment à Schladming où je termine à trois secondes du vainqueur. C'est sûr que j'ai douté de mes capacités à rivaliser de nouveau avec les meilleurs. Sur le coup on a envie de tout jeter et de ranger les skis mais il faut surtout s'en souvenir pour s'en servir dans le futur.

« Objectif finales de Méribel »

Comment avez-vous fait pour renverser la tendance ?
C'est la beauté du sport. Peut-être que le fait de se dire « je range les skis » m'a renforcé inconsciemment au niveau de ma motivation, justement parce que je voulais continuer. Ça évolue très vite d'une course à l'autre dans le ski donc c'est beau quand ça se passe comme ça.

Avez-vous vraiment pensé à arrêter ou était-ce aussi un moyen d'avoir moins de pression ?
Pas moins de pression car, à un moment, j'ai pensé à arrêter à cause de douleurs au dos. C'était en 2012 et je ne savais pas si cela allait s'arranger. Il y a aussi des moments où tu te fixes des objectifs un peu moins car tu sens que tu n'es pas encore prêt. Après, on fait un sport à risques et j'ai des problèmes de dos depuis tout petit. Les blessures au genou arrivent également au moins une fois ou deux dans la carrière de tous les skieurs donc ce sont des blessures liées à mon sport.

Comment imaginez-vous la suite ? Quel est le programme des jours à venir ?
Je vais déjà prendre un peu de repos et retourner au calme. Après, je vais recommencer à m'entraîner tranquillement la semaine prochaine car il y a encore deux échéances en Coupe du monde, notamment les finales à Méribel. C'est la première fois que les finales sont en France donc on est vraiment très heureux de ça.

Vous vous voyez skier encore combien de temps et avec quels objectifs ?
J'avais d'abord envie de revenir au top et, comme je suis compétiteur, j'ai envie d'y rester. Maintenant, je n'ai pas du tout la tête à ça pour le moment donc on verra plus tard.

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