"Je suis le prochain, je suis mort", le récit des rescapés du Pulse

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    par Julia Harte et Bernie Woodall 
    ORLANDO, Floride, 15 juin (Reuters) - "J'ai jeté un coup 
d'oeil et il a tiré sur la fille à côté de moi. J'étais couché 
par terre et je pensais: 'Je suis le prochain, je suis mort'", 
témoigne Angel Colon. 
    Deux jours après le massacre du Pulse, la boîte de nuit gay 
d'Orlando où un homme se réclamant de l'Etat islamique (EI) a 
tué 49 personnes et en a blessé 53 autres, le jeune homme fait 
face à la presse mardi au Orlando Regional Medical Center, où il 
a été admis avec 26 autres blessés. 
    Il était au Pulse avec des amis lorsqu'Omar Mateen a ouvert 
le feu, vers 02h00 du matin. Touché à la jambe gauche, il est 
tombé au sol. "Je ne pouvais plus marcher. Tout ce que je 
pouvais faire, c'était rester à terre. Des gens couraient en me 
piétinant", poursuit-il. 
    Angel Colon dit avoir eu un bref espoir lorsque Mateen s'est 
rendu dans les toilettes de la boîte de nuit. Mais il en est 
ressorti et à recommencer à tirer, systématiquement, comme s'il 
voulait s'assurer qu'aucune de ses victimes gisant au sol ne 
survivrait. 
    Quand vient son tour, une balle apparemment destinée à sa 
tête frappe Colon à la main. Une autre le touche à la hanche. Le 
tueur poursuit sa route, pensant l'avoir achevé. "Je n'ai pas 
réagi, je m'étais préparé à reste à terre pour qu'il ne sache 
pas que j'étais en vie", poursuit-il. Colon a été extrait de 
l'enfer du Pulse par un officier de police lors de 
l'intervention des forces spéciales. 
    Demetrice Naulings était venu lui avec son meilleur ami, 
Eddie Justice. Souvent, ils se promenaient en se donnant la 
main, même s'ils se considéraient plutôt comme des frères. Quand 
les premiers coups de feu ont retenti et que les deux 
trentenaires ont commencé à comprendre ce qui se passait, Eddie 
lui a demandé de prendre soin de lui. Mais dans le cauchemar qui 
a duré près de trois heures, ils se sont perdus de vue. 
Demetrice Naulings a survécu. Pas son ami. 
    "Quand vous dites à votre ami que vous allez vous occuper de 
lui, que vous finissez par sortir mais qu'il n'est pas avec 
vous, c'est une chose qui vous blesse et qui vous hante", 
confie-t-il à Reuters. "Vous vous souvenez de son visage, ce 
visage qui vous dit 'Ne me laisse pas, si tu arrives à t'en 
sortir, fais en sorte que je m'en sorte moi aussi'", 
ajoute-t-il. 
    Venu de Philadelphie, Angel Santiago, 32 ans, est entré dans 
la boîte de nuit vers minuit et demi, accompagné d'un ami. Plus 
qu'une boîte de nuit gay, le Pulse est un lieu militant de la 
communauté LGBT. Sa copropriétaire, Barbara Poma, l'a créé en 
2004 en souvenir de son frère mort du sida treize ans plus tôt. 
Des manifestations de soutien y ont régulièrement lieu. 
    "Pour un homosexuel comme moi, aller dans un club comme le 
Pulse, c'est comme rejoindre un refuge, parce que je ne peux pas 
aller dans un vieux bar en étant qui je suis, il y a de la haine 
partout", dit-il. 
    Mais dans la nuit de samedi à dimanche, le refuge s'est 
transformé en piège mortel. 
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur la tuerie d'Orlando:   
 
 (avec Yara Bayoumy à Washington; Julie Carriat et Henri-Pierre 
André pour le service français) 
 
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