Japon: Shinzo Abe remet son mandat en jeu

le
0

(Actualisé avec nouvelles déclarations d'Abe, § 8) par Linda Sieg et Elaine Lies TOKYO, 21 novembre (Reuters) - Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a dissous vendredi la chambre basse du parlement en vue d'élections anticipées qu'il présente comme un référendum sur sa politique économique, remise en cause par l'entrée en récession de l'économie japonaise. Les élections auront lieu le 14 décembre, deux ans à peine après le retour au pouvoir de Shinzo Abe et du Parti libéral démocrate (PLD). En décembre 2012, retrouvant la tête du gouvernement japonais, Shinzo Abe s'était engagé à redynamiser l'économie avec un mélange de politique monétaire ultra-accommodante, de mesures de relance budgétaire et de réformes structurelles, les "trois flèches" des "Abenomics", sa politique économique. Ces mesures avaient eu un effet immédiat avec un PIB en hausse de 4% en rythme annualisé sur les six premiers mois de 2013 et une Bourse de Tokyo qui a bondi de 56,7% l'an dernier. Mais depuis, en raison notamment d'une hausse de la TVA intervenue le 1er avril, l'élan initié par la politique du gouvernement s'est essoufflé, conduisant début novembre la Banque du Japon à augmenter encore son programme massif de rachats d'actifs tandis que l'économie basculait dans la récession. Le Japon est tombé en récession au troisième trimestre, son produit intérieur brut (PIB) reculant de 1,6% en rythme annualisé. Shinzo Abe demeure cependant convaincu de la pertinence de sa politique économique. "C'est une élection sur les 'Abenomics'. Iront-elles de l'avant ou seront-elles stoppées ? C'est la question posée par ces élections. Notre politique est-elle une erreur, ou est-elle correcte ? Existe-t-il vraiment une autre voie ? C'est ce que nous voulons demander au peuple", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. SUSPENSE LIMITÉ Selon un sondage publié ce vendredi par le quotidien Asahi Shimbun, la cote de popularité du Premier ministre est au plus bas, à 39% de bonnes opinions. Mais la même enquête, menée les 18 et 19 novembre, indique que les électeurs sont plus enclins à voter pour sa formation que pour l'opposition: son Parti libéral démocrate (PLD) est crédité de 37% des intentions de vote contre 13% seulement pour le Parti démocrate du Japon (PDJ). L'opinion s'interroge cependant sur les raisons de cette dissolution, deux ans avant le terme de la mandature. Les deux tiers des électeurs affirment ne pas comprendre les motifs de l'initiative d'Abe. "Je crois que nous réussirons à leur expliquer", a répondu lors d'une conférence de presse le secrétaire général du gouvernement, Yoshihide Suga. Pour la plupart des politologues, Shinzo Abe a dégainé l'arme de la dissolution pour cimenter son emprise sur le pouvoir avant que sa popularité ne plonge trop bas. S'il a repoussé de dix-huit mois la seconde hausse programmée de la TVA, qu'il juge indispensable pour financer la protection sociale d'une population vieillissante, il devra prendre l'année prochaine d'autres mesures impopulaires, comme le redémarrage des réacteurs nucléaires à l'arrêt depuis la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Anticiper les élections est également un moyen de prendre de court le Parti démocrate, laminée aux élections de 2012 après trois années d'exercice du pouvoir. "Le Parti démocrate ne s'est malheureusement pas rétabli au point que nous puissions demander aux électeurs de nous confier le gouvernement", a admis Yukio Edano, le secrétaire général du PDJ, lors d'une conférence de presse. Dans ces conditions, Shinzo Abe devrait faire reconduire sans suspense la coalition que forment son PLD et le parti Komeito, qui contrôlent tous deux les deux tiers des 480 sièges de la Chambre sortante des représentants. (Benoît Van Overstraeten et Henri-Pierre André pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux