Japon-La hausse de la TVA reportée pour soutenir la croissance

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    * Une décision annoncé à moins de 6 semaines des 
sénatoriales 
    * Abe ne renonce pas à ses promesses d'assainissement 
budgétaire 
    * Il se justifie par la dégradation de la conjoncture 
mondiale 
    * Il assure ne pas envisager de législatives anticipées 
 
 (Actualisé avec conférence de presse, commentaires 
d'économistes, précisions, contexte) 
    par Tetsushi Kajimoto et Leika Kihara 
    TOKYO, 1er juin (Reuters) - Le Premier ministre japonais, 
Shinzo Abe, a annoncé mercredi le report de deux ans et demi, à 
octobre 2019, de l'augmentation de la TVA, une décision sans 
surprise qui relègue au second plan l'assainissement des 
finances publiques face à la faiblesse de la reprise économique. 
    Ce choix devrait profiter au camp gouvernemental lors des 
élections sénatoriales prévues le 10 juillet mais il risque 
d'alimenter les doutes sur sa capacité à réduire la dette 
publique, l'une des plus lourdes au monde, et à assurer le 
financement du système de protection sociale et de retraites 
d'un pays vieillissant.  
    S'efforçant visiblement de prévenir les critiques sur 
l'échec des "Abenomics", le néologisme qui désigne ses 
différentes politiques de soutien à l'économie, Shinzo Abe a 
justifié le report du relèvement de la TVA par la nécessité de 
combattre les risques liés à la conjoncture internationale, à 
commencer par le ralentissement chinois.  
    "Les Abenomics donnent régulièrement des résultats mais le 
contexte économique mondial a subi des changements inattendus et 
rapides au cours de l'année écoulée. Le ralentissement des 
économies émergentes est le risque le plus important", a-t-il 
déclaré lors d'une conférence de presse.  
    "Confrontés aux risques mondiaux, nous devons relancer 
entièrement le moteur des Abenomics et accentuer nos efforts 
pour échapper à la déflation", a-t-il ajouté.  
    Il s'agit du deuxième report du passage de 8% à 10% de la 
TVA. En 2014, un premier relèvement de la taxe sur la valeur 
ajouté, de 5% à 8%, avait fait plonger en récession la troisième 
économie mondiale. 
    "D'un point de vue économique, le marché devrait considérer 
le report comme une bonne surprise pour la demande intérieure", 
a commenté Lee Jin Yang, analyste d'Aberdeen Asset Management à 
Singapour.  
    Sur le marché des changes, le yen s'est apprécié après 
l'annonce officielle de la décision.  
     
    UN NOUVEAU PLAN DE SOUTIEN ANNONCÉ POUR L'AUTOMNE 
    Shinzo Abe, dont le mandat en tant que président du PLD et 
donc, de fait, en tant que Premier ministre, court jusqu'en 
septembre 2018, a longtemps laissé entendre qu'il mettrait en 
oeuvre comme prévu la hausse de la TVA en avril 2017. 
    Mais, lors de réunion du Groupe des Sept (G7) la semaine 
dernière au Japon, il avait préparé le terrain à un report en 
évoquant un nouveau risque de crise mondiale, allant jusqu'à 
comparer la situation actuelle à celle qui avait suivi la 
faillite de Lehman Brothers en 2008.  
    Mercredi, tout en reconnaissant que l'économie mondiale 
n'était pas au bord d'une nouvelle crise financière 
internationale, il a estimé que le Japon devait privilégier le 
soutien à la demande en assouplissant sa politique budgétaire.  
    "Nous mettrons en oeuvre à l'automne un plan économique 
exhaustif et audacieux", a-t-il ajouté, sans préciser le montant 
et la nature des mesures envisagées.  
    La conjoncture japonaise plaide de fait en faveur de 
nouveaux soutiens: l'activité du secteur industriel a subi en 
mai sa contraction la plus prononcée depuis plus de trois ans et 
les bénéfices des entreprises ont enregistré sur janvier-mars 
leur plus forte baisse depuis plus de quatre ans, tandis que la 
modération salariale continue de peser sur la consommation.  
     
    "UN CHEMIN POTENTIELLEMENT DANGEREUX" 
    "Je ne suis pas sûr que cela soit suffisamment grave pour 
reporter la hausse de la TVA mais il est impossible d'être très 
optimiste sur la consommation", a déclaré à Reuters Sadanobu 
Takemasu, PDG de l'enseigne de magasins de proximité Lawson.  
    Shinzo Abe a assuré qu'il n'avait pas renoncé à sa promesse 
de parvenir à une situation d'excédent budgétaire primaire (hors 
service de la dette) d'ici la fin de l'exercice 2019-2020, ce 
qui permettrait de contenir un endettement qui représente déjà 
plus de 200% du produit intérieur brut (PIB), le plus élevé des 
grands pays développés. 
    Mais cet objectif semble difficile à atteindre, quand bien 
même la prévision du gouvernement, jugée optimiste, d'une 
croissance annuelle de 2% en moyenne dans les années à venir se 
vérifiait.  
    L'OCDE a abaissé mercredi ses prévisions de croissance pour 
le Japon, à 0,7% pour cette année et 0,4% pour 2017, en appelant 
les gouvernements à agir contre la "croissance molle". 
    
    Certains économistes craignent que le report du relèvement 
de la TVA n'entraîne des abaissements de la note souveraine du 
Japon, ce qui augmenterait les coûts de financement des 
entreprises du pays. 
    "Je suis très inquiet pour la discipline budgétaire", a dit 
Hiroshi Shiraishi, économiste senior de BNP Paribas Securities. 
"Nous sommes en train de nous engager sur un chemin 
potentiellement dangereux parce qu'une fois qu'on commence ce 
genre de politique, il est difficile de s'arrêter et qu'une fois 
qu'on le fait, l'économie souffre." 
    Shinzo Abe a par ailleurs déclaré qu'il n'avait pas 
l'intention de convoquer des élections législatives anticipées, 
répondant ainsi aux spéculations sur la possibilité d'une 
répétition de scénario de 2014, lorsqu'il avait dissous la Diète 
après l'annonce du premier report de la hausse de la TVA. 
 
 (Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van 
Overstraeten) 
 
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