Japon-Abe ne peut se permettre de décevoir les marchés

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* L'investisseur étranger veut voir la suite de l'"Abenomics"

* De nouvelles réformes économiques pour convaincre les sceptiques

* La Bourse de Tokyo risque de caler si Abe déçoit

par Ayai Tomisawa

TOKYO, 12 septembre (Reuters) - Le rally de la Bourse de Tokyo, de loin le plus impressionnant de toutes les grandes places financières cette année, risque de caler alors que les investisseurs étrangers commencent à douter de la capacité du gouvernement Abe à engager des réformes économiques audacieuses pour assurer une croissance sur le long terme.

L'indice Nikkei .N225 a gagné 40% depuis le début de l'année, à comparer à des gains de 18,4% pour l'indice S&P-500

.SPX américain et de 10% pour l'indice européen FTSEurofirst 300 .FTEU3 sur la même période.

L'envolée boursière n'est pas le seul bon point économique du Japon : l'investissement se redresse, la confiance du consommateur va mieux et les pressions déflationnistes se détendent.

Les statistiques parues cette semaine ont montré que l'économie nippone a crû à un rythme bien plus soutenu qu'on ne le pensait de prime abord au deuxième trimestre, surpassant sans mal les autres puissances économiques développées.

C'est insuffisant pour rassurer totalement des investisseurs dont beaucoup ont eu à pâtir, en une vingtaine d'années, de rallys boursiers qui ont tourné court faute pour les responsables économiques japonais d'avoir engagé de douloureuses mais nécessaires réformes.

Alors même que les marchés attendent le feu vert définitif du Premier ministre Shinzo Abe à une hausse de la TVA en deux étapes et à d'autres mesures réformistes, les investisseurs étrangers sont tentés de prendre leurs bénéfices sur les titres qui ont surperformé pour réinvestir dans des valeurs à la traîne.

Pour s'en convaincre, il suffit d'observer la poussée d'affluence des gérants de fonds étrangers lors de séminaires organisés par des sociétés de courtage, ces fonds pistant les valeurs sous-évaluées ou traquant de nouvelles opportunités d'investissement.

Ainsi, le nombre de gérants monétaires étrangers qui ont assisté à un séminaire de quatre jours organisé par Mizuho Securities dans un hôtel de luxe tokyoïte a doublé à 320 par rapport à la précédente manifestation en février.

"Pour être franc, Abe-san n'a encore rien fait. La seule chose concrète c'est l'assouplissement quantitatif mais rien de fondamental n'a été modifié", commente Robert Taylor, gérant de portefeuilles chez Harris Associates à Chicago, l'un des participants au séminaire.

"A mesure qu'on se rapproche de la 'fair value', les risques de perdre de l'argent augmentent; c'est donc plus risqué et nous voulons réduire ce risque en allégeant notre position pour privilégier des noms moins courus".

MARCHE SUR DES OEUFS

Si Abe suit son calendrier, la TVA passera de 5% à 8% le 1er avril prochain et à 10% en octobre 2015, mesure destinée à assainir les finances publiques japonaises, qui accusent un déficit représentant plus du double du PIB, soit le plus élevé du monde développé.

Le chef du gouvernement, propulsé à son poste à l'issue des élections de décembre dernier sur la foi de son engagement à en finir définitivement avec la déflation, marche sur des oeufs.

Beaucoup d'hommes politiques accusent la dernière hausse des impôts, intervenue en 1997, d'avoir plongé le pays dans la récession. Mais les derniers indicateurs économiques viennent étayer l'opinion voulant que l'économie soit devenue suffisamment vigoureuse pour résister à un choc fiscal.

Mais les marchés veulent plus de réformes économiques de long terme et ont sanctionné Abe en juin, lorsque celui-ci a présenté un train de mesures de croissance en mode mineur.

L'immigration reste ainsi un sujet très sensible et les hommes politiques japonais ont jusqu'à présent regardé ailleurs alors même que le Japon est le pays développé où la proportion des personnes âgées est la plus importante.

"Nous avons remarqué que l'Abenomics ne traite pas le principal problème du Japon : sa démographie. L'immigration est l'élément clé susceptible d'amener les investisseurs à changer d'opinion", dit Joël Le Saux, de SYZ Asset Management à Genève.

Mais il ajoute que la valeur de son fonds, de l'ordre de 230 millions de dollars, a crû de 90% depuis février, ses clients d'Europe continentale ayant mis plus d'argent sur les actions japonaises.

Néanmoins, les capitaux extérieurs peuvent repartir aussi vite qu'ils sont arrivés si Abe déçoit l'investisseur, comme d'autres ont pu le faire par le passé. Les investisseurs étrangers ont vendu pour 1.930 milliards de yens (14,6 milliards d'euros) d'actions nippones le mois dernier, après y avoir investi 9.700 milliards de yens sur la période janvier-juillet.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique Tison)

 

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