Janet Stephens recrée les coiffures des impératrices romaines

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Le jour, Janet Stephens fait des coupes et des couleurs dans un salon de coiffure de Baltimore. Le soir chez elle, elle recrée les coiffures des impératrices de l'Antiquité romaine, avec une précision et de nouvelles théories saluées par les archéologues eux-mêmes.

"Ca c'est une vestale, ça c'est l'impératrice Plotine, l'épouse de Trajan. Elle avait une coiffure très particulière", dit la quinquagénaire devant les têtes de mannequins coiffées de multiples boucles et tresses compliquées qui s'étalent dans le garage de sa maison de Baltimore, près de Washington.

Janet Stephens, 54 ans, mince rousse élégante, est coiffeuse depuis 22 ans et a une passion, l'histoire ancienne de la coiffure. Elle est aussi l'une des très rares amateurs à avoir publié, en 2008, dans le Journal d'archéologie romaine, austère revue scientifique pour spécialistes.

Car Mme Stephens a une théorie, totalement originale et qu'elle a mis des années à démontrer, preuves scientifiques à l'appui. "Depuis toujours, on disait que les coiffures des Romaines étaient soit des perruques, soit l'invention des sculpteurs", dit-elle à l'AFP.

Pour l'archéologue amateur au contraire, les coiffures étaient réalisées sur les vrais cheveux, très longs, des nobles dames. Leur construction savante, composée de multiples tresses, chignons ou bandeaux de boucles, n'étaient pas maintenues par des épingles mais cousues, pour bien tenir en place, selon elle.

"J'ai eu cette intuition", dit-elle, "et je me suis rendue compte qu'en utilisant du fil et une aiguille" pour maintenir par exemple les cheveux d'un chignon, "ça marchait pour toutes les coiffures", dit-elle.

La coiffure élaborée par l'esclave, bien ferme grâce aux fils, pouvait ainsi rester en place pendant des jours, dit-elle. Quant aux perruques, elles étaient trop compliquées à faire. Et "je sentais que c'étaient de vraies coiffures", ajoute-t-elle en réfutant l'idée d'une coiffure inventée par les sculpteurs.

"Pas le latin !"

Janet Stephens a hanté les musées, passé de longues heures dans les bibliothèques, appris l'allemand -- "et, Dieu merci, pas le latin, je n'avais besoin que de quelques mots !" -- pour étayer sa théorie et présenter un article pouvant convaincre un lecteur averti.

Elle a ainsi démontré, "en s'appuyant sur le grammairien du IIe siècle Sextus Pompeius Festus", qu'un mot latin, "acus", toujours traduit "épingle" dans un contexte de coiffure, signifie "aiguille".

Les "intellectuels ne travaillent pas de leurs mains et les spécialistes de l'Antiquité n'ont sans doute jamais coiffé qu'eux mêmes", s'amuse l'archéologue amateur, "moi je suis arrivée sans idées préconçues, comme une coiffeuse, et je m'y connais bien en cheveux", dit-elle.

Mme Stephens a un compte sur YouTube où elle présente une vingtaine de modèles, réalisés uniquement avec des instruments documentés, aiguille en os, gomme d'acacia ou fers à friser rudimentaires.

La coiffeuse ne fait pas commerce de ses talents mais incite "Hollywood à aller sur YouTube pour voir comment il faut faire".

Elle rit encore d'avoir vu dans "I Claudius" (Moi, Claude) la série britannique des années 1970 sur l'Empire romain, des acteurs portant des raies de côté. "C'est fou comme les coiffures étaient très années 1970 ! Jamais une femme de l'Antiquité romaine n'a eu une raie de côté, elle étaient centrales, toujours symétriques", dit-elle.

Mme Stephens, dont l'époux enseigne la littérature de la Renaissance italienne à l'université, va maintenant s'attaquer à cette période, intriguée par les boucles des modèles du peintre Botticelli.

"C'est une passion", dit-elle, "j'y pense tout le temps. Je lis les journaux people pour le travail, voir des modèles de coiffures à la mode. Pour me détendre, je lis des revues scientifiques".

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