Jacques Servier face aux victimes au procès du Mediator

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LE PROCÈS DU MEDIATOR OUVERT À NANTERRE EN PRÉSENCE DE JACQUES SERVIER
LE PROCÈS DU MEDIATOR OUVERT À NANTERRE EN PRÉSENCE DE JACQUES SERVIER

par Chine Labbé

NANTERRE, Hauts-de-Seine (Reuters) - Jacques Servier, 91 ans, s'est présenté mardi devant le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine), où il doit être jugé pour "tromperie aggravée" dans l'affaire du Mediator, un médicament dangereux commercialisé par ses laboratoires.

L'audience de mardi était consacrée à de questions de procédure, la défense demandant l'annulation ou le report de ce procès, initié par voie de citations directes par plusieurs victimes présumées.

Le tribunal rendra sa décision mercredi après-midi quant à un éventuel report ou une poursuite des débats.

Dénonçant une "aberration", Me Hervé Temime, avocat de Jacques Servier et des laboratoires Servier, a souligné qu'une instruction pour les mêmes faits était en cours au Tribunal de grande instance de Paris, avec un règlement prévu a l'automne.

"Jacques Servier est là aujourd'hui pour vous dire qu'il ne se fout pas de vous", a-t-il dit, en référence à des propos récemment retransmis sur BFMTV dans lesquels le fondateur des laboratoires éponymes disait : "On s'en fout du procès".

"Il doit y avoir un procès, mais chacun sait que ce procès doit avoir lieu au terme de l'instruction qui a lieu à Paris", a-t-il ajouté.

"La vérité ne peut pas être rendue dans votre juridiction dans une cécité pareille", a-t-il conclu, évoquant les plus récents développements de l'enquête parisienne.

Une nouvelle expertise, dont les premiers éléments ont été communiqués par le parquet de Paris, est notamment en voie de finalisation.

Certaines parties civiles ont également demandé mardi un report du procès jusqu'à la clôture de l'instruction parisienne, où l'on compte quelques 3.300 plaignants, contre 700 à Nanterre.

Le ministère public a demandé la poursuite du procès, distinguant les faits poursuivis à Nanterre et Paris dans le cadre de ce dossier.

SERVIER QUITTE L'AUDIENCE

"La tromperie vis-à-vis de Madame X, ça n'est pas nécessairement la tromperie vis-à-vis des autres parties civiles", a dit le procureur.

Le président-fondateur des laboratoires Servier a décliné mardi d'une voix faible sa date de naissance et son adresse. Mais il ne s'est plus exprimé par la suite, et s'est absenté au bout d'une heure et demi, se disant fatigué.

Plusieurs victimes du Mediator sont également parties en cours d'audience, se disant frustrées et lassées des débats techniques.

"Je suis vraiment écoeurée par l'attitude de la défense et surtout par l'attitude de monsieur Servier, qui a passé son temps à regarder le plafond, qui a passé son temps à manger des bonbons", a ainsi dit Cécile Weingaertner, présidente de l'Association de défense des victimes du Mediator.

"J'aurais aimé croiser son regard", a-t-elle ajouté. "Quand il a dit 'je me fous du procès', eh bien c'était confirmé aujourd'hui."

Retiré du marché en 2010, après plus de vingt ans de commercialisation, le Mediator provoquait des valvulopathies et de l'hypertension artérielle pulmonaire, selon plusieurs études.

Il pourrait être responsable de 220 à 300 décès à court terme et 1.300 à 1.800 à long terme, selon la plus récente expertise.

Les laboratoires Servier, qui l'ont commercialisé, sont soupçonnés d'avoir dissimulé la vraie nature du médicament, un coupe-faim présenté comme antidiabétique.

Jacques Servier, les laboratoires du même nom, la société Biopharma et quatre anciens responsables du groupe sont poursuivis à Nanterre pour "tromperie aggravée".

Ils encourent quatre ans de prison et 75.000 euros d'amende pour les personnes physiques, et 375.000 euros d'amende pour les personnes morales.

édité par Patrick Vignal

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  • picokrab le mardi 21 mai 2013 à 11:32

    @m8252219 vous avez déjà vu un puissant aller en prison ? de procédure en procédure il fera retarder l'échéance jusqu'à ce que au pire (au mieux) il fasse valoir que vu son âge il ne peut effectuer la peine à laquelle il est condamné. Comme Chirac, Pasqua, Papon, ...

  • M8252219 le mardi 21 mai 2013 à 10:10

    il est inadmissible que des effets de procédures permette à un responsable de la mort de 1800 personnes de tenter d'échapper à la justice.De quel coté sont les droits de l'homme.