Jacques Attali prône un big bang de la formation professionnelle

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JACQUES ATTALI POUR UN BIG BANG DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
JACQUES ATTALI POUR UN BIG BANG DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Il faudrait consacrer au moins dix milliards d'euros à la formation des demandeurs d'emploi en France mais la négociation qui s'ouvre mardi entre les syndicats et le patronat ne change pas vraiment la donne, déclare l'économiste Jacques Attali.

Cette négociation n'est qu'un volet de la réforme entreprise par le gouvernement pour faire de la formation professionnelle, qui mobilise quelque 32 milliards d'euros par an, un levier efficace contre le chômage.

"Tout va se jouer sur la question de savoir quelle part des 32 milliards va basculer sur les chômeurs. Pour moi, c'est le critère", a dit Jacques Attali dans une interview à Reuters. "Si on est en dessous de quatre à cinq milliards, ça sera un échec."

"Il faut arriver progressivement à un tiers des 32 milliards par réorientation de l'argent existant", a expliqué l'ancien conseiller du président François Mitterrand et ex-président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

Selon une annexe au projet de loi de Finances 2013, 12% des dépenses totales de formation professionnelle, soit moins de quatre milliards d'euros, vont effectivement à la formation des demandeurs d'emploi. Une part en recul constant depuis 2000, précise la Cour des comptes dans un rapport de janvier 2013, et un chiffre que Jacques Attali juge au demeurant très surestimé.

Les principaux financeurs de formation pour les chômeurs sont l'Unedic et Pôle emploi, les régions et l'Etat. Le rapport annexé au budget 2013 souligne que 1% seulement des 13 milliards d'euros versés par les entreprises et en partie gérés par les partenaires sociaux sont consacrés aux demandeurs d'emploi.

Or c'est précisément sur l'utilisation de ces 13 milliards d'euros que va en partie porter la négociation entre syndicats et patronat, dont Jacques Attali n'attend pas grand-chose.

"Les partenaires sociaux entre eux, ça sera une négociation de connivence entre deux parties qui n'ont aucune raison d'ouvrir leur bourse à d'autres", prédit Jacques Attali.

"J'attends plus du projet de loi gouvernemental qui suivra", ajoute l'économiste, selon qui il sera sans doute nécessaire de compléter un éventuel accord conclu par les partenaires sociaux.

UN CONTRAT POUR SE FORMER

Jacques Attali déplore que les intérêts des chômeurs ne soient pas suffisamment pris en compte.

"A partir du moment où quelqu'un n'est plus dans le marché du travail, il n'y a plus personne pour prendre en charge ses intérêts. Les chômeurs ne sont pas syndiqués et les entreprises considèrent que ce n'est plus leur problème", explique-t-il.

"C'est pour ça que le chômage se développe. C'est ça qui doit changer absolument", ajoute-t-il.

Pour lui, le périmètre des négociations qui s'ouvrent mardi n'embrasse pas assez d'acteurs. Il souhaiterait remettre l'Etat "dans la boucle".

"Par exemple, il y a sept milliards sur les 32 qui vont sur la fonction publique. Je pense qu'une partie des milliards à dégager pour la formation des demandeurs d'emploi doivent aussi venir de la fonction publique", explique l'économiste.

Jacques Attali juge d'autre part insuffisant le compte personnel de formation créé par la loi sur la sécurisation de l'emploi de juin 2013, dont les modalités de mise en oeuvre seront au coeur de la négociation entre les partenaires sociaux.

"Ce n'est pas un contrat. Ce qu'il faut, c'est un contrat de travail qui considère que se former est une activité socialement utile méritant salaire", explique-t-il.

La "Commission pour la libération de la croissance française", à la tête de laquelle Nicolas Sarkozy avait placé Jacques Attali au début du précédent quinquennat, avait proposé la création d'un tel "contrat d'évolution".

"Nous avions calculé que si on gérait plus efficacement les 32 milliards, on pouvait créer immédiatement 500.000 emplois en en consacrant une part plus significative aux chômeurs", dit-il.

Pour lui, la refonte de la formation professionnelle doit aussi s'attaquer aux problèmes souvent dénoncés de gouvernance du système et de compétence des organismes formateurs.

Il souhaite enfin la création de "filières" entre les demandeurs d'emploi et les métiers à pourvoir et regrette "l'absence des universités dans la boucle".

"Je trouve que telle qu'elle se prépare, la négociation est trop technique et pas assez politique", conclut-il.

Edité par Yves Clarisse

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  • M6519654 le dimanche 22 sept 2013 à 14:26

    Attali, l'énarque ne peut que prêcher la parole technocratique : intervenir toujours plus en taxant ou en "réorientant" le produit des taxes....Son air de Robinson Crusoe barbu ne change rien à l'affaire : c'est en libéralisant l'économie que celle-ci crée des richesses, donc des emplois, et pas en laissant l'Etat mettre ses pattes partout.

  • M5062559 le dimanche 22 sept 2013 à 12:15

    Attali veillit bien, il prône enfin les vertus du capitalisme. Mais il doit surtout veiller à faire en sorte que les entrepreneurs puissent embaucher en leur permettent de vrais marges. Alors il y aura moins de chômeurs et on se posera moins la question de leurs formations.

  • M5062559 le dimanche 22 sept 2013 à 12:13

    En fait une fois encore qui va décider des formations pour les chômeurs. Si c'est un énième machin étatique comme pôle emploi on arrivera à rien. Mettons de la liberté, ce sont les chômeurs qui doivent dire ce qu'il faut et il faudra peut être en passer par des formations dans les entreprises qui seront rémunérés pour cela.

  • M5062559 le dimanche 22 sept 2013 à 12:10

    On est bien d'accord la formation professionnelle est une gabegie qui sert surtout à entretenir et à payer des bataillons de salariés syndicalistes pour gérer cette formation. Le système en place coûte 32 milliards aux entreprises mais il faudrait savoir ce que l'on doit retrancher pour payer tous ces syndicalistes qui gérent cet argent. Enfin les entreprises pour récupérer cet argent pour la formation de leurs propres salariés passent énormément de temps et donc de l'argent.