J.Lamy-Chappuis : " Je me suis un peu voilé la face "

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J.Lamy-Chappuis : " Je me suis un peu voilé la face "
J.Lamy-Chappuis : " Je me suis un peu voilé la face "
Porte-drapeau de la délégation française aux JO de Sotchi en début d'année, Jason Lamy-Chappuis a tourné la page de ses Jeux ratés. Le Jurassien compte bien jouer les premiers rôles lors de la nouvelle saison de combiné nordique qui approche (première manche de la Coupe du monde le 29 novembre à Ruka, en Finlande).

Jason Lamy-Chappuis, comment allez-vous physiquement ?
Physiquement plutôt bien. La fin de saison 2014 a été assez difficile, avec beaucoup de fatigue. Du coup, j'ai pris deux bons mois pour me ressourcer. Et puis, je suis reparti à l'entrainement avec l'envie. J'ai retrouvé des sensations assez rapidement et physiquement ça va de mieux en mieux. Surtout, pendant le mois de septembre, j'ai commencé à bien progresser en saut, à trouver de la régularité au tremplin. Ça va plutôt bien.

Vous parliez de fin de saison compliquée physiquement. Et mentalement ?
Après les JO, je n'avais plus beaucoup d'énergie en stock. A la fin de la Coupe du monde, j'avais mal aux jambes, j'étais déçu de mes JO donc c'était très difficile de terminer la saison. C'est pour cela que j'ai pris deux mois pour me ressourcer, faire un peu de sport - pour ne pas perdre la condition physique - et penser à autre chose que le ski. Ça m'a permis de revenir au mois de juin à l'entrainement avec l'envie, content de retrouver les copains de l'équipe et les petits plaisir à l'entrainement. C'était plaisant.

Avez-vous trouvé les réponses de votre échec au Jeux Olympiques ?
J'ai un petit peu plus de réponses par rapport à ce qu'il s'est passé. Avec le recul, on se rend plus compte de la chronologie des événements. Je pense qu'il y a eu beaucoup de sollicitations ; le fait d'être porte-drapeau, d'être champion olympique en titre. Je me suis mis dans l'optique d'être irréprochable au niveau entrainement, très rigoureux. Je ne me suis jamais autant entrainé et aussi bien entrainé que la saison des JO de Sotchi. Mais bizarrement, ça a un peu moins bien marché. En fait, si tu es porte-drapeau et si tu gagnes en Coupe du monde en étant souvent sur les podiums avant les JO, il n'y a pas de souci. La pression on ne la sent pas. Mais si le niveau est un peu moins bien... Il y avait toujours un petit couac, je n'arrivais pas à monter sur les podiums. Il y avait toujours ces questions qui revenaient : est-ce que vous allez être en forme pour les JO ? Est-ce que ça va aller ? Du coup inconsciemment, j'ai commencé à gamberger, j'étais mois serein que les autres fois. Je pense que ça a été un peu un cercle vicieux. J'avais l'impression de courir après quelque chose, j'avais toujours l'impression d'être en retard, de courir après la forme. Ce n'est pas les meilleures conditions pour aborder un événement comme celui-là. Je vais essayer la prochaine fois de garder un peu plus de recul, un peu plus de sérénité. Ne pas partir dans cet engrenage.

Les observateurs ont été surpris de cette déconvenue, mais vous, sentiez-vous cette contre-performance arriver ?
Oui, je voyais bien au mois de janvier avant les JO que j'avais le niveau mais qu'il manquait toujours quelque chose. J'étais toujours pas très loin du podium. Je pense que je me suis un peu trop convaincu que ça allait revenir, que ça allait le faire. Je l'ai déjà fait, je vais pouvoir le refaire. Je me suis un peu voilé la face en me disant que ça allait revenir.

Vous avez beaucoup de lucidité par rapport à ce qu'il s'est passé...
J'aime bien, après les événements, qu'ils soient bons ou mauvais, faire le bilan de ce qu'il s'est passé. C'est comme ça que je fonctionne. Je pars pour un objectif, je pars à fond ou je ne pars pas du tout. Si je pars sur cet objectif, je veux savoir ce qu'il s'est passé avant, dans quel état d'esprit je suis et vers quoi je veux aller pour progresser.

« Retrouver l'innocence »

Du coup, vous ne vous mettez pas plus de pression par rapport à la saison qui arrive ?
J'étais un petit peu là-dedans l'année dernière. Il fallait que je prouve que j'étais digne de mon rang. Je pensais trop à ce que les gens attendaient de moi, mes résultats. Là, j'ai beaucoup plus de sérénité par rapport à ça. J'ai pris du recul, j'ai tout gagné dans ma carrière, les JO et les Championnats du monde. Maintenant ce n'est que du bonus. J'ai envie de me faire plaisir, de retrouver l'innocence que j'avais lors de mes premières années en Coupe du monde.

Quels seront les temps forts de cette nouvelle saison ?
Mi-janvier, il y a notre étape de Coupe du monde préférée à Chaux-Neuve, en Franche-Comté. J'ai hâte d'y être pour vivre ce moment, car ça risque d'être exceptionnel. Ensuite, il y a les Championnats du monde en février (ndlr : du 18 février au 1er mars à Falun, en Suède) qui sont super importants. J'ai trois titres de champion du monde à défendre.

Vous n'êtes plus dans la peau du favori, comment le vivez-vous ?
Je n'ai plus le statut de favori contrairement à l'Allemand Eric Frenzel, qui a tout gagné l'année dernière (ndlr : champion olympique du grand tremplin et vainqueur de la Coupe du monde). Lui maintenant, il est clairement favori. Mais ça me convient plutôt de ne plus être le numéro 1, l'homme à abattre. Un peu dans l'état d'esprit dans lequel je suis en ce moment, plus serein, je fais ce que j'ai à faire et on verra bien.

Qu'est-ce que vous avez mis en place cet été pour vous remettre sur les rails ?
J'ai essayé de travailler la régularité au tremplin. Donc je fais des sauts plus régulièrement, deux à trois fois par semaine. Presque toutes les semaines. Pour trouver le saut de base et être efficace. C'est en train de payer, ça va plutôt bien. En ski de fond, c'est comme d'habitude, en première phase d'été, on fait beaucoup d'heures d'endurance donc footing, vélo, ski à roulettes et rollers. Plus on arrive vers la saison, plus on fait du ski à roulettes et des entrainements plus poussés avec des courses plus intenses.

Comment équilibrez-vous l'entrainement entre le saut et le ski de fond ?
C'est vrai qu'on a des sports tellement différents... En saut, il faut être le plus léger possible pour voler le plus longtemps possible. Et en ski de fond, il faut avoir de la masse musculaire, de la puissance et de l'endurance. Je pense qu'il faut trouver le bon compromis. Pas faire de semaine trop portée sur l'endurance en ski de fond sinon la semaine d'après au tremplin on n'arrive plus à rien. Il faut y aller petit à petit, marche après marche. Ne pas essayer de griller des étapes et varier avec une semaine saut et une semaine ski. La précipitation ça ne marche jamais.

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