"J'enrage de son absence" de Sandrine Bonnaire, oeuvre forte et sans pathos

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Affiche de 'J'enrage de son absence' All rights reserved
Affiche de 'J'enrage de son absence' All rights reserved

(AFP) - Avec J'enrage de son absence, son premier film de fiction qui sort en salles mercredi, Sandrine Bonnaire réalise une oeuvre sans pathos, surfant sur des sentiments puissants et des relations compliquées, si forte qu'elle en est parfois pesante.

Aux Etats-Unis depuis une dizaine d'années, Jacques (William Hurt) revient en France pour l'enterrement de son père et revoit Mado (Alexandra Lamy), avec qui il avait eu un enfant, mort dans un accident de la route à l'âge de 4 ans alors que Jacques était au volant.

Le couple s'est alors séparé, parce que "c'était le seul moyen de continuer à vivre, on ne tenait plus qu'avec la douleur", dit Mado. Mais "ce couple n'a pas fait le deuil de lui-même", explique Sandrine Bonnaire. Et si la douleur de Jacques est toujours à vif et qu'il l'affiche - c'est lui qui hurlera J'enrage de son absence -, Mado la cache au fond d'elle-même.

Elle a refait sa vie avec Stéphane (Augustin Legrand, acteur qui créa jadis l'association d'aide aux sans-abri "Les enfants de Don Quichotte"), ils ont un fils, Paul, âgé de 7 ans. "Tu es heureuse ?", demande Jacques quand il la revoit. "Ca m'arrive", répond-elle.

Paul (Jalil Menhenni) rencontre Jacques, s'attache à cet homme dont il comprend le malheur et l'inclut naturellement dans sa vie, sans rien en dire à ses parents. La vie de Jacques reprend un sens, il transfère sur Paul les sentiments pour l'enfant mort, le couvre de cadeaux et s'obsède, au point de s'enfermer incognito dans la cave des parents pour vivre plus près de lui, dans un huis clos bouleversant et morbide.

Mis au courant, Stéphane explose et son intervention brutale -"c'est mon fils !"- mettra un terme à cette situation "illégitime", comme dit Sandrine Bonnaire.

Silences

Son premier film, Elle s'appelle Sabine, réalisé il y a cinq ans, tournait avec tendresse autour de sa soeur autiste. Elle montre la même sensibilité dans ce nouvel opus, présenté à la Semaine de la critique au Festival de Cannes, partant de sa propre vie - un ami de sa mère qui avait accompagné son enfance revu plus tard et dont la vie, dit-elle, "avait basculé". C'est l'acteur américain William Hurt, jadis son compagnon et avec qui elle a eu un enfant, qui joue le rôle de cet homme totalement désemparé.

C'est un film, dit Sandrine Bonnaire, "peu bavard, pas explicatif", où "les silences sont des mots", où le jeu est "minimaliste". La caméra dit tout, en s'appuyant sur un visage, un regard, et les rares explications indispensables sont glissées au hasard d'une scène ou d'une situation.

Les acteurs jouent remarquablement juste : William Hurt (Oscar du meilleur acteur au début de sa carrière pour Le baiser de la femme araignée), dans sa descente mutique vers la folie, Alexandra Lamy dans le déni et l'évitement, Augustin Legrand, "un bon père", comme dit Bonnaire, dépassé par ce qui arrive. L'enfant Jalil Menhenni est impressionnant.

D'Alexandra Lamy, Bonnaire soulignait dans une interview sur Canal+ son "côté terrien, normal", comme Mado, "qui fait avec ce qu'elle a, ce qu'elle peut". Lamy jouait déjà le rôle d'une femme ordinaire dans Ricky, de François Ozon, un film dont le début a inspiré Sandrine Bonnaire.

Après deux films, l'actrice va-t-elle continuer dans cette voie ? "+J'enrage de son absence+ a confirmé mon désir de passer à la réalisation", dit-elle. "A présent ce n'est d'ailleurs plus de l'ordre du désir, c'est une forme de nécessité".

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