Italie-Le président Napolitano témoin à un procès de la mafia

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par Steve Scherer ROME, 28 octobre (Reuters) - Fait sans précédent dans l'histoire de l'Italie, le président Giorgio Napolitano a comparu comme témoin mardi dans un procès lors duquel l'Etat a été accusé d'avoir négocié en secret avec la mafia au début des années 1990. Les représentants du parquet de Palerme ont ainsi pu interroger le chef de l'Etat lors d'une audience à huis-clos, pour tenter de préciser le rôle du pouvoir politique dans une époque marquée par des assassinats de magistrats et des attentats attribués au crime organisé sicilien. Parmi les dix accusés de ce procès figure Nicola Mancino, ministre de l'Intérieur à l'époque, et Salvatore Riina, alors considéré comme le plus puissant chef de clan de la mafia. L'accusation affirme que de hauts responsables policiers et politiques, espérant endiguer la montée de la violence, ont participé à des pourparlers avec les chefs de différentes organisations criminelles après l'assassinat du juge antimafia Giovanni Falcone, de son épouse et de trois gardes du corps dans un attentat à la bombe en mai 1992. Selon le parquet, la participation du pouvoir politique à ces discussions après l'assassinat du juge Falcone a favorisé d'autres attentats, y compris celui qui a tué deux mois plus tard un deuxième magistrat réputé, Paolo Borsellino. Giorgio Napolitano, 89 ans, chef de l'Etat depuis 2006, présidait à l'époque la Chambre des députés et le parquet de Palerme a demandé son audition pour qu'il s'explique sur une lettre qu'il a adressée en 2012 à son conseiller juridique Loris D'Ambrosio laissant entendre qu'il avait été informé de la tenue des discussions. La presse n'a pas été autorisée à assister à son audition, réalisée au Quirinal, la résidence du président de la République, et les personnes présentes se sont vu interdire tout enregistrement. ÉCOUTES L'avocat de Salvatore Riina a déclaré vouloir interroger lui-même le président mais on ignore s'il a obtenu l'aval de la cour. Son client purge actuellement une peine de prison à perpétuité pour avoir commandité de multiples homicides, dont ceux des juges Falcone et Borsellino. Giorgio Napolitano a déjà communiqué à la cour un témoignage écrit mais il s'était refusé à comparaître à l'audience après une première convocation en octobre de l'an dernier. Il a finalement accepté le mois dernier, la justice ayant considéré que son témoignage n'était "ni superflu ni dénué d'intérêt". Nicolas Mancino, lui, est accusé de faux témoignage et neuf autres personnes, dont trois hauts responsables des carabiniers, se voient reprocher des tentatives de chantage au détriment de l'Etat. Tous réfutent les accusations portées contre eux. L'ancien ministre était sur écoute pendant l'enquête et le dossier de l'accusation inclut quatre conversations téléphoniques avec Giorgio Napolitano. Selon des extraits de ces écoutes publiées dans la presse, Nicola Mancino aurait demandé de l'aide au chef de l'Etat dans ce dossier. La presse a rapporté l'an dernier que les enregistrements avaient été détruits sur décision de justice. Mais l'accusation a maintenu sa demande d'audition du président afin qu'il s'explique sur les conversations entre Mancino et D'Ambrosio, décédé depuis. La fonction de président de la République est principalement honorifique en Italie mais Giorgio Napolitano a joué un rôle actif ces dernières années dans la formation de plusieurs gouvernements de coalition. (avec Wladimir Pantaleone, Marc Angrand pour le service français)

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