Italie: Berlusconi condamné mais mesuré

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Silvio Berlusconi aime surprendre: contrairement à ce que d'aucuns craignaient ou espéraient, la nouvelle condamnation en justice dont il a écopé mercredi l'a conforté dans sa stratégie de soutien "responsable" au gouvernement Letta.

Le Cavaliere, élu au Sénat aux législatives de fin février, a vu se confirmer à son encontre une condamnation à un an de prison pour fraude fiscale (en réalité quatre dont trois aussitôt amnistiés) dans le procès Mediaset et surtout une interdiction d'exercer toute fonction publique pendant cinq ans.

Selon son entourage, il a accueilli la nouvelle avec colère mais résignation.

Et immédiatement, ses avocats ont annoncé un recours en Cassation, suspensif de la peine dont l'issue est attendue entre fin 2013 et le printemps 2014. Autre espoir du Cavaliere: que les accusations soient prescrites (vers juillet 2014) bien avant qu'il n'épuise tous les recours à sa disposition.

La réaction du magnat des médias a été bien plus mesurée qu'escompté.

Il est resté inhabituellement muet et a envoyé en première ligne les poids lourds de son parti pour dénoncer la "persécution judiciaire" d'une "certaine magistrature politisée".

Une manifestation de son parti PDL "en défense de Silvio Berlusconi" a certes été programmée pour samedi en présence du Cavaliere, mais dans la petite ville de Brescia (nord), pas à Milan ou à Rome. Et pas question pour le moment de répéter la protestation des parlementaires PDL du 11 mars, venus hurler leur indignation sous les fenêtres du tribunal de Milan.

"Berlusconi est en train de tomber amoureux de son nouveau rôle, il est devenu l'actionnaire de référence du gouvernement", analyse Marcello Sorgi, éditorialiste du quotidien La Stampa.

Le Cavaliere, 76 ans, est considéré comme le grand "sponsor" du gouvernement d'Enrico Letta, le premier de l'après-guerre en Italie à rassembler des ministres de gauche et de droite. M. Berlusconi avait en effet proposé un tel gouvernement de "large entente" dès la proclamation des résultats des législatives pour débloquer l'impasse créée par l'absence d'une majorité claire au Sénat.

Le Parti démocrate, principal force de gauche, dont M. Letta est le numéro deux, s'est vu contraint d'accepter cette alliance inédite et mal digérée par ses troupes après avoir échoué à former une majorité avec les contestataires du Mouvement 5 Etoiles de l'ex-humoriste Beppe Grillo. Il s'est d'ailleurs abstenu de tout commentaire sur la condamnation.

"Le Cavaliere assiste en s'amusant aux contorsions de ses ex-adversaires devenus ses alliés" qui n'arrivent pas à se choisir un nouveau chef après la démission de Pier Luigi Bersani et sont "divisés sur l'attitude à avoir à l'égard d'un gouvernement dirigé par leur numéro deux", a souligné M. Sorgi.

Pour Stefano Folli spécialiste politique du Sole 24 Ore, on peut vraiment parler d'un "nouveau Berlusconi" qui s'est "transformé en un facteur de tenue et stabilité du système" même si "ce n'est pas lui qui a changé mais le cadre général du pays et du gouvernement".

Dans le contexte d'un PDL ressoudé autour de son chef par une bonne performance électorale, "Berlusconi a tout intérêt à endosser ce costume" d'homme d'Etat qui plaît à ses électeurs, a souligné M. Folli. Cette attitude profite également à son empire médiatique Fininvest, dont les actions ont remonté en bourse.

Le message du Cavaliere à ses troupes est, selon Repubblica: "ce gouvernement doit durer, nous ne devons pas être ceux qui font tout sauter. Nous devons encaisser des résultats sur nos priorités", en particulier l'allègement de la fiscalité sur les ménages et entreprises.

Tous les retards et problèmes sont mis sur le dos d'un PD "acéphale", au bord de l'implosion.

A moins que la première force de gauche parvienne à se relancer sous la houlette d'un dirigeant charismatique.

Une "assemblée nationale" du parti est prévue samedi à Rome pour élire le successeur de M. Bersani, un choix qui pourrait toutefois n'être que provisoire en attendant un congrès prévu à l'automne.

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