Italie : 3 scénarii et leur conséquence sur les taux d'intérêt

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Italie : 3 scénarii et leur conséquence sur les taux d'intérêt
Italie : 3 scénarii et leur conséquence sur les taux d'intérêt

Les élections italiennes qui avaient tenu les investisseurs en haleine au début de l'année se sont soldées par le pire scénario possible : le pays est pratiquement ingouvernable. Pour autant, est-ce si catastrophique et la hausse récente des taux italiens est-elle justifiée ? Après avoir rappelé quelques faits d'histoire récente de politique italienne afin de relativiser les derniers résultats, nous passerons en revu les 3 scénarios les plus "probables" selon les différents observateurs. Par ailleurs, pour chaque scénario, nous en donnerons rapidement l'impact possible sur les taux italiens.

Inutile de commenter le déroulement des élections et le fait qu'elles ont débouché sur un blocage politique, il y a pléthore d'articles sur le sujet. Nous rappellerons simplement les résultats : le centre gauche de M. Bersani (Parti Démocrate) détient la majorité à la Chambre des députés (appelée aussi Chambre basse), mais aucune majorité ne se détache au Sénat (appelé aussi Chambre haute).

Voici la répartition des chambres suite aux dernières élections.

Résultats des élections générales italiennes

Centre Gauche

Coalition PD-SEL

Droite

Coalition PdL - Ligue du Nord

Mouvement

5 étoiles

Mario Monti
Sénat 31,6% 30,7% 23,8% 9,1%
Nombre de sièges 123 117 54 19
Chambre des Députés 29,5% 29,2% 25,5% 10,5%
Nombre de sièges 345 125 109 47

Clairement, la loi électorale de 2005 provoque donc un blocage au Sénat. Toutefois, il faut relativiser le blocage actuel. L'Italie est habituée aux coalitions, élections anticipées et périodes d'instabilité politiques... Petit rappel :

  • Au cours des 66 dernières années, l'Italie a eu 61 gouvernements différents, souvent fruits de coalitions et autres alliances politiques. Les périodes d'instabilité politiques ont été nombreuses (notamment les années 1970 et le début des années 1990). Les élections générales ont eu lieu 18 fois, soit 5 fois de plus que les 13 élections générales que les mandats de 5 ans auraient dû provoqué. Les élections anticipées, sans être "fréquentes", ne sont donc pas non plus inhabituelles...
  • Ces élections ont surtout vu l'émergence du Mouvement 5 étoiles et le recul de TOUS les partis traditionnels. Ceci résulte des difficultés rencontrées par le pays suite à la crise, aux politiques d'austérité et l'augmentation du chômage
  • Tout comme la Ligue du Nord qui apparût dans le paysage politique italien au début des années 1990, le mouvement 5 étoiles a pris des voies à la gauche comme à la droite. C'est le parti unique ayant obtenu le plus de voies à la Chambre des députés, Bersani ne devant sa victoire qu'à son alliance avec le SEL (Gauche Ecologie Liberté).

Les différentes déclarations des responsables politiques italiens ne font que confirmer l'impasse dans laquelle on se trouve. C'est actuellement Mario Monti qui reste à la tête du gouvernement "provisoire" qui gère les affaires courantes, mais le président italien, Giogio Napolitano devra bientôt prendre une décision. Nous étudions les 3 scénarios les plus probables.

1- La constitution d'un gouvernement de technocrates

Ce gouvernement résulterait sans doute d'une forme de collaboration entre les grands partis de gauche et de droite. Le nouveau président du conseil serait sans doute, à l'image de Mario Monti actuellement, un "technocrate" ou au moins une personnalité politique approuvée par la gauche comme la droite . Cette coalition aurait pour mission de continuer les réformes actuellement à l'oeuvre et de respecter l'agenda des réformes. Néanmoins, il n'aurait pas suffisamment d'assise politique pour entreprendre de nouvelles réformes d'envergures. Quelques réductions fiscales mineures pourraient être consenties pour s'assurer le soutien du PdL de Berlusconi sans toutefois remettre en cause l'agenda budgétaire grâce à la bonne santé de la balance courante italienne.

Ce gouvernement aurait surtout la charge de voter une nouvelle loi électorale pour remplacer celle de 2005 qui a conduit à l'impasse actuelle. Une fois la nouvelle loi électorale votée, sans doute début 2014, de nouvelles élections générales auraient sûrement lieu, débouchant sur une majorité nette.

Conséquences sur les taux : Ce scénario est évidemment le plus positif pour les taux italiens. Si le calendrier "idéal" que nous venons d'évoquer était respecté, le taux à 10 ans italien pourrait se resserrer de 50 à 75 bp et la courbe des taux italiennes se pentifierait sans doute un peu. En fait, les taux italiens reviendraient à peu près sur les niveaux où ils se trouvaient avant l'inquiétude liée aux élections. La poursuite ou non de la détente des taux italiens dépendrait ensuite des perspectives de croissance dans le pays.

2- Un gouvernement minoritaire du centre gauche avec soutien de Monti et du Mouvement 5 étoiles

C'est la solution qui a la faveur de la presse italienne, ou du moins la plus discutée. Toutefois, Beppe Grillo, le Dieudonné italien, demeure intraitable sur son refus de collaborer avec les partis traditionnels. Ce scénario est donc moins probable que le premier. Par ailleurs, les intentions de Grillo sont assez floues, et son programme, à part de soumettre le maintien de l'Italie dans la Zone Euro à référendum, plutôt illisible... Enfin, un gouvernement qui aurait à négocier avec le mouvement 5 étoiles serait sans doute ralenti dans ses réformes, sans compter les incertitudes que cela pourrait entraîner au niveau européen concernant l'Union bancaire par exemple.

Surtout, ce gouvernement clairement marqué à gauche, sans toutefois remettre en cause tous les accords sur le budget italien, serait sans doute anti-austérité et pourrait s'opposer plus fréquemment à l'Allemagne concernant l'union budgétaire européenne... Sans discuter du fait que cela soit ou non une bonne chose, nous pensons que les investisseurs pourraient craindre un glissement des déficits italiens dans le rouge.

Conséquence sur les taux : Ce scénario est donc légèrement négatif pour les taux italiens. Le taux à 10 ans pourrait augmenter légèrement dans ce cas et il pourrait tutoyer les 5%. Surtout, l'incertitude liée à la présence du Mouvement 5 étoiles et sur les intentions du gouvernement quant aux pacte budgétaire européen, pourrait provoquer de la volatilité sur les obligations souveraines italiennes.

3- Les italiens sont rappelés aux urnes

La tenue de nouvelles élections, est sans doute le scénario le plus "lointain" des 3, car cela prendrait au moins 3 mois pour les organiser. En effet, le président Napolitano voit son mandat expirer et ne peut donc pas dissoudre le parlement. Il faudrait donc qu'il démissionne, son successeur ne sera pas désigné avant le 15 avril, et c'est ce dernier qui pourra appeler de nouvelles élections.

Ni la gauche, ni la droite n'ont envie que se tiennent de nouvelles élections dans l'immédiat. En effet, les partis traditionnels craignent que le succès du Mouvement 5 étoiles ne fassent des émules et que celui-ci remporte encore plus de voies.

L'histoire politique italienne est très différente de celle de la Grèce. Il n'est pas du tout certains que ce qu'il s'est passé dans le berceau de la démocratie en 2012 (élections ayant conduit à une impasse suivies d'élections débouchant sur une majorité pro-européenne) se reproduise en Italie.

La tenue, de nouvelles élections est inévitable à plus ou moins long terme tant la majorité sera de toute façon fragile si les scénarios 1 ou 2 se réalisaient. Mais si de nouvelles élections étaient organisées immédiatement, les investisseurs auraient sans aucun doute peur d'une arrivée à la tête de l'Italie de l'ancien comique populiste ayant déclaré que « Hitler était certainement un fou malade, mais son idée d?éliminer les Juifs était d?éliminer leur dictature financière »... C'est vrai que cela fait froid dans le dos.

Conséquence sur les taux : c'est clairement le scénario le plus négatif pour les obligations souveraines italiennes mais aussi pour l'économie du pays et même les actifs risqués en général. Au moins à court terme, jusqu'aux résultats de ces nouvelles élections, les investisseurs auraient très peur d'une montée en puissance du Mouvement 5 étoiles, sans compter que l'incertitude durerait au moins 3 mois, voire durant tout l'été. Dans ce cas, il n'est pas exclu que le taux à 10 ans aille tester le seuil psychologique des 6%, dernier rempart avant le seuil fatidique des 7%...

Conclusion

Rien de tel qu'un tableau pour résumer nos vues sur l'évolution des taux italiens.

Evolution de la situation politique en Italie

Scénario 1 :

Grande Coalition bi-partite

ou technocratique

Scénario 2 :

Gouvernement Bersani soutenu

par le Mouvement 5 étoiles et Monti

Scénario 3 :

Tenue de nouvelles élections rapidement

Probabilité Le plus probable (50%) Le moins probable (15%) Moyennement probable (35%)
Niveau du taux à 10 ans italien 4% 5% 6%


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  • M2496916 le mardi 5 mar 2013 à 18:06

    Pas d'alliance avec les partis europhiles, pas une voix pour ces es.crocs mafi. eux. Seul les sots les naifs et ceux qui portent des oeillères continuent de voter en faveur des profiteurs du système. Ces politiciens vér. eux sont des clowns alors autant en élire un vrai, c'est toujours mieux qu'une mauvaise copie...

  • jf2007 le mardi 5 mar 2013 à 18:00

    on y est déjà désolé jcrimber. Moi j'ai voté pour le mur et je regrette qu'il aille moins vite que prévu!!!!

  • jcrimber le mardi 5 mar 2013 à 17:54

    Voyez ce qui arrive lorsque nous nageons "en plein populisme " L'Italie ne va plus nager longtemps...car par les temps qui courent les solutions les plus simplistes ne sont souvent pas les bonnes et comme la nature a horreur du vide ...! Un humoriste et un illusionniste à la tête du pays ? A quand la France dans cet état ? Je le redoute...

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