Islamabad bouclée avant des manifestations anti-Sharif au Pakistan

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par Katharine Houreld ISLAMABAD, 13 août (Reuters) - Plusieurs milliers de policiers anti-émeutes ont bouclé mercredi le centre d'Islamabad, bloquant certaines rues avec des barbelés et des conteneurs à la veille de l'anniversaire de l'indépendance du Pakistan qui devrait être l'occasion de manifestations contre le Premier ministre Nawaz Sharif. Au cours des derniers jours, la police a interpellé quelque 2.100 partisans de deux dirigeants populistes de l'opposition, l'ancien joueur de cricket Imran Khan et le dignitaire religieux Tahir ul-Qadri. Les deux formations espèrent se rassembler dans la capitale jeudi pour demander à Nawaz Sharif de convoquer des élections anticipées moins d'un an après son écrasante victoire lors des législatives. Compte tenu des forces policières et paramilitaires mobilisées, il n'est pas certain que les opposants qui dénoncent une corruption endémique et des fraudes lors du scrutin de 2013 parviennent à réunir leurs sympathisants en nombre. Cette journée n'en demeure pas moins un test pour le pouvoir de Sharif et pour la démocratie au Pakistan dont la fragilité continue d'inquiéter ses alliés et ses voisins. Au-delà de la mobilisation que Khan et Qadri parviendront à provoquer, la grande inconnue de l'équation politique pakistanaise demeure la position de l'armée. Pour l'instant, les généraux gardent le silence. Les observateurs estiment que les militaires ne souhaitent pas prendre le pouvoir mais qu'ils pourraient profiter de l'occasion pour placer les civils à leur botte. "L'idée était de mettre la pression sur notre gouvernement et cela a marché", a commenté un ministre du gouvernement conduit par Nawaz Sharif. "Une fois cette séquence passée, les choses seront beaucoup plus difficiles pour le gouvernement. La marge de manoeuvre sera réduite. Il est malheureux que les forces antidémocratiques aient poussé les choses à ce point", a-t-il ajouté s'exprimant sous couvert de l'anonymat. LÈSE-MAJESTÉ Les relations entre l'armée et Nawaz Sharif demeurent compliquées. Ce dernier a été renversé en 1999 par le général Pervez Musharraf lors d'un coup de force qui a ouvert une période de dix années de direction militaire. Depuis le retour de Sharif au pouvoir, l'armée semble se satisfaire d'un partage des rôles dans lequel elle laisse aux civils le soin de gérer une économie hésitante tandis qu'elle conserve la haute main sur la sécurité intérieure, la défense et les questions diplomatiques. Le chef du gouvernement a attisé le mécontentement des gradés en engageant l'an dernier des poursuites judiciaires contre Pervez Musharraf pour trahison. Cette initiative a été perçue comme un crime de lèse-majesté dans un pays où les soldats bénéficient d'une forme d'immunité tacite. L'entorse à la règle a été d'autant plus mal perçue que Musharraf était considéré comme un héros par les militaires. Le procédure a été interrompue et Musharraf a vu son assignation à résidence levée mais le fossé s'est creusé avec un état-major qui considère la classe politique comme une caste corrompue. Les partisans du Premier ministre évoquent régulièrement des complots pour renverser le pouvoir tout en prenant soin de ne jamais faire peser de soupçons sur les militaires. Khan et Qadri affirment ne disposer d'aucun soutien de la part de l'armée et la réponse du gouvernement aux protestations alterne entre fermeté et conciliation. Le bâton est le plus souvent de rigueur face aux manifestations organisées par Qadri dont de nombreux partisans ont déjà été arrêtés et dont un rassemblement prévu dimanche dernier à Lahore a été interdit. La politique de la carotte semble, en revanche, de mise pour le mouvement de Khan dont les partisans observent un comportement plus pacifique lors des rassemblements. (Pierre Sérisier pour le service français)

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