Isabelle Huppert, l'érotisme de la souffrance

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Isabelle Huppert dans «  Elle » de Paul Verhoven.
Isabelle Huppert dans «  Elle » de Paul Verhoven.

L’actrice, qui incarne l’héroïne du « Elle » de Paul Verhoeven, alterne depuis le début de sa carrière les rôles de bourreau et de victime. Pour mieux nourrir la puissance de son jeu.

Elle, du sardonique Paul Verhoeven, c’est donc Isabelle Huppert. Dans un personnage qui lui colle à la peau, celui d’une femme frêle et surpuissante, que rien ne semble pouvoir ébranler si ce n’est l’emprise qu’elle exerce sur autrui. La profusion du talent d’Isabelle Huppert, la diversité des rôles et des registres qu’elle est capable de s’approprier, la délicatesse d’expression qu’elle peut atteindre (comme dans le récent L’Avenir, de Mia Hansen-Love), rien de tout cela ne saurait masquer ce qu’on est tenté de nommer, comme pour la pyramide olfactive d’un parfum, sa note de cœur. Cette note a chez elle le goût de la souffrance. Un goût d’autant plus redoutable que trempé dans la froideur. Une passion, à la fois distanciée et inextinguible, à souffrir comme à faire souffrir. Un entêtement sadomasochiste comme on n’en a probablement jamais vu dans l’histoire du jeu français.

Cette soif de souffrance, subie et prodiguée, engage plus qu’une cause personnelle. Elle trouve des racines dans l’histoire de l’art français qui voue, depuis la montée en puissance de cet ordre, une haine farouche envers la bourgeoisie, entendue comme absolu de la trivialité et du pharisaïsme. Molière, Chateaubriand, Balzac, Stendhal, Baudelaire, Flaubert, Rimbaud, Céline (on pourrait pousser jusqu’à Houellebecq) : les plus grands noms de notre littérature, en cela prolongés par la tradition populaire des chanteurs à texte (Brel, Brassens, Ferré), ont en commun d’avoir assis leur génie sur la mise en ...

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