Irrité, Juncker abrège l'Eurogroupe et repousse des décisions

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par Francesca Landini et Annika Breidthardt

COPENHAGUE (Reuters) - Jean-Claude Juncker a abrégé vendredi une réunion de l'Eurogroupe qu'il préside, laissant ouvert le débat sur sa succession et la possible entrée de son compatriote luxembourgeois Yves Mersch au directoire de la Banque centrale européenne.

Il a expliqué sa décision de mettre fin prématurément à la réunion par le fait que la ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter, avait annoncé un accord sur les moyens alloués aux fonds de soutien financier aux Etats de la zone.

"La décision n'était pas possible ; elle est repoussée à la mi-avril", a déclaré Jean-Claude Juncker, visiblement irrité, en quittant l'immeuble où se tenait la réunion sans même tenir la conférence de presse initialement prévue.

"Il n'y a pas de raison de tenir une conférence de presse puisque la ministre autrichienne des Finances a déjà annoncé l'accord alors que la réunion était en cours", a-t-il expliqué à des journalistes en attendant l'ascenseur dans son hôtel.

La présidence danoise de l'Union a effectivement annulé la conférence de presse, une initiative rare dans l'histoire de l'Eurogroupe.

Un porte-parole de Maria Fekter a déclaré que celle-ci avait présenté ses excuses à Jean-Claude Juncker et qu'elle n'avait fait que donner aux journalistes les grandes lignes de l'avancée des négociations en leur précisant que le président de l'Eurogroupe ferait une annonce officielle.

Victime collatérale de l'incident, Yves Mersch, qui préside pour l'instant la banque centrale du Luxembourg, est donné favori pour remplacer l'Espagnol José Manuel Gonzalez à l'expiration de son mandat au directoire de la BCE fin mai, et les ministres des Dix-Sept devaient débattre de cette succession lors de la réunion de vendredi.

CHAÎNE DE DÉCISIONS

Ce débat s'est ouvert en parallèle à celui sur la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de l'Eurogroupe. En poste depuis sept ans et demi, le chef du gouvernement luxembourgeois a dit ne pas souhaiter un nouveau mandat, mais il pourrait se voir demander de conserver ses fonctions jusqu'à la résolution de la crise de la dette dans la zone euro.

Des sources ont déclaré à Reuters que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble était désormais favori pour lui succéder.

Le poste de président de l'Eurogroupe est l'un des plus influents des circuits européens de prise de décision et le choix de son prochain titulaire doit être coordonné avec plusieurs autres nominations attendues, y compris celle du futur membre du directoire de la BCE.

Les deux autres postes concernés sont la présidence de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) et celle du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de soutien permanent de la zone euro qui doit devenir opérationnel en juillet.

Jean-Claude Juncker s'est plaint de problèmes de santé et de fatigue ces deux dernières années. Il n'a pas participé vendredi au déjeuner des ministres des Finances, selon deux sources.

Une source a expliqué qu'il s'était emporté contre Maria Fekter devant tous les autres ministres lors de la réunion de vendredi matin en lui reprochant d'avoir révélé la décision commune sur les pare-feu.

La même source a ajouté que la colère du président de l'Eurogroupe visait aussi le quotidien espagnol El Pais, qui a publié un compte rendu détaillé de la dernière réunion de l'Eurogroupe. Jean-Claude Juncker aurait jugé ce comportement inacceptable.

Wilfrid Exbrayat et Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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  • m.young le vendredi 30 mar 2012 à 18:19

    Oui, pathétiques.

  • wanda6 le vendredi 30 mar 2012 à 17:28

    lamentable, voilà les eurocrates !

  • M4426670 le vendredi 30 mar 2012 à 16:57

    D'accord pour l'Europe! mais pas celle là!!!Après les fonctionnaires, les technocrates de l'"Europe" sont les nouveaux privilégiés. Vivement le 4 Aout!!!!!