Iran/Nucléaire-Partie serrée à Lausanne pour les Etats-Unis

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par Louis Charbonneau et John Irish WASHINGTON/PARIS, 25 mars (Reuters) - Les Etats-Unis vont essayer à partir de jeudi d'arracher à Lausanne un projet d'accord sur le programme nucléaire iranien avant la date butoir du 31 mars, mais la partie s'annonce serrée entre les réticences de Téhéran et le scepticisme exprimé par certains pays, la France notamment. Téhéran et le groupe P5+1, qui réunit les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine, se sont fixé pour objectif de parvenir avant la fin du mois à un accord de principe sur l'encadrement du programme nucléaire iranien, en vue d'un règlement définitif du contentieux d'ici à la fin juin. Il y a seize mois, Paris avait différé de plusieurs jours la signature d'un accord intérimaire finalement conclu le 24 novembre 2013. La France, expliquait à l'époque le Quai d'Orsay, "souhaite un accord sérieux, qui suscite la confiance, apaise les tensions et s'inscrive dans l'objectif de la lutte contre la prolifération". Par la voix de son ambassadeur à Washington, Gérard Araud, Paris a fait part de ses doutes sur les chances de succès des négociations prévues dès cette semaine, disant préférer viser la date butoir de juin. "Faire de la fin mars une date butoir indépassable est contre-productif et dangereux. Nous avons besoin de prendre notre temps pour finaliser un accord si complexe", a écrit sur Twitter Gérard Araud, qui fut négociateur français sur le nucléaire iranien de 2003 à 2006. Le ministre israélien des Affaires stratégiques et du Renseignement, Yuval Steinitz, qui était à Paris en début de semaine, a dit pour sa part s'attendre à "un mauvais accord, insuffisant". Le texte qui se dessine, a-t-il ajouté dans une interview accordée à Reuters, n'empêchera pas la République islamique de rester une puissance "au seuil" du nucléaire. (voir ID:nL6N0WP2QV ) Israël, l'Arabie saoudite, la France et le Congrès américain, contrôlé par les républicains, craignent que la Maison blanche finisse par conclure un accord qui permette à l'avenir à l'Iran de développer un arsenal nucléaire. Les discussions doivent reprendre jeudi par une rencontre entre le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammed Javad Zarif, et son homologue américain John Kerry. Les ministres des autres pays du groupe P5+1 sont attendus plus tard. DÉCLARATION COMMUNE La Maison blanche n'a pas caché que la tâche serait ardue. "Nous pensons que nous pourrons dessiner un cadre politique d'ici la fin mars", a déclaré un diplomate américain à Reuters. "Cela ne veut pas dire que nous y parviendrons, mais c'est pour cela que nous travaillons, et rien d'autre." A Téhéran, l'agence Fars a cité un responsable iranien qui a expliqué que les discussions risquaient d'accoucher de quelque chose de moins consistant. "Il est très probable qu'ils signent à Lausanne une déclaration commune et pas un accord", a dit le responsable. Des représentants de certains pays du groupe "P5+1" ont exprimé des points de vue semblables, laissant entendre que les négociations risquaient de se conclure par un protocole d'accord. "Ce que nous voulons conclure d'ici à la fin de la semaine c'est un accord de principe sur les points principaux, les paramètres essentiels. La partie ne s'achèvera pas cette semaine", a estimé un responsable de l'Union européenne. Mercredi, Mohammad Javad Zarif a une nouvelle fois prévenu que l'Iran ferait de la levée de toutes les sanctions internationales une condition à la conclusion d'un accord sur son programme nucléaire. "C'est la position à laquelle le gouvernement est attaché depuis le départ", a commenté le chef de la diplomatie iranienne cité par l'agence de presse iranienne Irna. Des négociateurs occidentaux soulignent que le principal écueil des négociations réside dans l'attitude iranienne dont les positions n'ont guère bougé ces 18 derniers mois et l'arrivée au pouvoir du président Hassan Rohani. "Les Iraniens font deux pas en avant, un pas en arrière, puis deux pas en avant et un pas en arrière. Nous n'avançons pas", a regretté un diplomate occidental qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat. François Delattre, ambassadeur de France aux Nations unies, a déclaré mardi soir au Conseil de sécurité des Nations unies qu'il demeurait des désaccords importants avec l'Iran, tout particulièrement sur les questions de la recherche et du développement de centrifugeuses et de la levée des sanctions imposées à Téhéran par les Etats-Unis, l'Union européenne et les Nations unies. (voir ID:nL6N0WR01T ) HÉRITAGE OBAMA Devant les inquiétudes exprimées par les Israéliens et les Saoudiens, des responsables ont assuré que la délégation américaine ne cherchait pas un accord à tout prix. "Il y a encore un fossé profond et des choix importants qui doivent être faits dans ces négociations, et comme nous l'avons dit à maintes reprises, il est préférable qu'il n'y ait aucun accord plutôt que soit conclu un mauvais accord", a déclaré mardi l'ambassadeur adjoint des Etats-Unis à l'Onu, David Pressman. Des responsables proches des négociations ont déclaré que, si la série de rencontres organisées la semaine dernière n'a pas abouti, c'est en raison notamment du départ de la délégation iranienne provoqué par des tensions au sein du groupe P5+1. Les Américains craignent que la France bloque la signature d'un accord, d'autant qu'elle défend les positions les plus proches de celles d'Israël, ont ajouté les responsables. En l'absence d'accord, le Congrès américain, dominé par les républicains, a prévenu qu'il plaiderait en faveur de nouvelles sanctions contre Téhéran, en dépit de la promesse du président Barack Obama de leur opposer son veto. Certains pays occidentaux craignent de leur côté que la délégation américaine soit en partie motivée par la perspective d'offrir un trophée diplomatique au président Obama, l'un de seuls qu'il pourra brandir lorsqu'il quittera la Maison blanche. "On parle là de l'héritage d'Obama", a dit un responsable. "La paix au Moyen-Orient est inaccessible, l'Iran est accessible." RENVOI Pour retrouver un ENCADRE sur les paramètres des négociations, cliquer sur ID:nL6N0WJ43M (avec Pariza Hafezi à Ankara; Nicolas Delame pour le service français)

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