Iran/Nucléaire: Dernières heures de négociations à Lausanne

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* La levée des sanctions et la durée d'application au centre des blocages * L'échéance est fixée à minuit (22h00 GMT) * Les discussions pourraient se poursuivre mercredi matin par Louis Charbonneau, John Irish et Parisa Hafezi LAUSANNE, Suisse, 31 mars (Reuters) - La soirée devrait être longue à Lausanne où les négociateurs de l'Iran et des pays du "P5+1" n'ont plus que quelques heures pour s'entendre sur un accord préliminaire sur le programme nucléaire de Téhéran. Depuis près d'une semaine, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine, qui se sont donné jusqu'à ce mardi minuit (22h00 GMT) pour conclure, cherchent à sortir de l'impasse et à trouver une solution permettant à l'Iran de développer l'usage civil du nucléaire tout en l'empêchant de se doter de l'arme atomique. "Il faut que nous y arrivions", a déclaré à Reuters un diplomate occidental, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat. "Il ne nous reste que quelques heures pour parvenir à un accord cadre, faute de quoi la tâche sera beaucoup, beaucoup plus ardue." Les désaccords entre Téhéran et les grandes puissances sont cependant encore nombreux, notamment sur le calendrier de la levée des sanctions qui ont été imposées depuis 2006 à la République islamique et sur la durée d'application d'un éventuel accord définitif. "Il n'y aura pas d'accord si la question des sanctions ne peut pas être réglée", a prévenu Majid Takhteravanchi, négociateur iranien cité par l'agence Fars. A mesure que l'échéance se rapproche, la tension est également montée d'un cran en Israël, qui observe en spectateur les tractations en cours à Lausanne et affirme que l'accord en gestation laissera la possibilité à l'Iran de fabriquer une bombe atomique dans un délai inférieur à un an. "Il apparaît que l'accord en voie de formulation à Lausanne laissera à l'Iran ses installations souterraines, son réacteur nucléaire à Arak et des centrifugeuses sophistiquées", a dénoncé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant le Parlement. "Le 'break-out time' (ou délai) pour que l'Iran se procure suffisamment de matière fissile pour une bombe nucléaire ne sera pas de plusieurs années, comme il l'était dit au début, mais, selon notre estimation, sera réduit à moins d'un an, et peut-être même moins", a-t-il ajouté. ARRÊTER LES PENDULES A Lausanne, des délégués, qui font la navette entre séances plénières et rencontres bilatérales, ont prévenu que les négociations pouvaient encore échouer. "Nous nous préparons aux deux scénarios", reconnaît un diplomate occidental. Il est assez probable aussi que les négociateurs décident d'"arrêter les pendules" pour continuer de discuter au-delà de minuit. "Si nous continuons de faire des progrès, nous continuerons naturellement de travailler y compris demain (mercredi) matin s'il est utile de le faire", a déclaré mardi en fin d'après-midi un haut responsable du département américain d'Etat. L'objectif est de boucler un accord cadre qui servirait de base à un accord complet à conclure d'ici la fin juin de nature à mettre fin à un contentieux qui pèse sur les relations extérieures de l'Iran depuis les premières révélations sur l'existence de son programme nucléaire clandestin, à l'été 2002, et a conduit l'Onu, les Etats-Unis et l'Union européenne à lui imposer des sanctions qui appauvrissent son économie. L'Iran et les pays du "P5+1" ont déclaré à plusieurs reprises qu'un compromis était envisageable, mais l'accord en lui-même semble insaisissable. Les négociateurs du P5+1 veulent assurer en cas d'accord un "break-out time" minimal d'une année, un délai qui laisserait aux Occidentaux le temps de préparer une riposte s'il apparaissait que l'Iran décidait de se doter de l'arme atomique. En contrepartie de cette concession, Téhéran souhaite une levée immédiate des sanctions économiques qui ont été graduellement imposées depuis 2006. "Notre sentiment, c'est que l'heure est venue. Soit il y un accord, soit il n'y en a pas. Parce que si on n'a pas maintenant une espèce d'accord sur un cadre, il sera difficile d'expliquer pourquoi on l'aurait davantage le 30 juin", déclarait lundi un diplomate occidental. POUR LAVROV, C'EST "JOUABLE" Outre le calendrier de levée des sanctions, les discussions coincent aussi sur la possibilité de leur rétablissement en cas de non-respect de l'accord par Téhéran et sur la durée d'application d'un éventuel accord. L'issue des discussions de Lausanne pourrait prendre la forme d'un "protocole" susceptible de rester confidentiel. Dans ce cas, des délégués espèrent pouvoir produire quand même une déclaration commune. Laurent Fabius et Frank-Walter Steinmeier, les ministres français et allemand des Affaires étrangères qui devaient participer au conseil des ministres franco-allemand à Berlin, ont décidé d'annuler leur présence pour rester à Lausanne. Avant de quitter Moscou pour regagner à nouveau la Suisse, leur homologue russe, Sergueï Lavrov, a déclaré mardi que "la situation était 'jouable' à condition qu'aucune partie ne renchérisse à la dernière minute". A Berlin, où elle s'exprimait au côté du président français François Hollande, Angela Merkel est resté prudente. "Nous espérons qu'il y aura un accord mais il ne s'est pas encore produit", a dit la chancelière allemande. RENVOI Pour retrouver une ENCADRE sur les paramètres des négociations, cliquer sur ID:nL6N0WJ43M (avec Maayan Lubell à Jérusalem; Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Eric Faye)

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