Iran-Les modérés mis au défi dans une élection cruciale

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    * Les Iraniens sont appelés aux urnes le 26 février 
    * Ils élisent le Parlement et l'Assemblée des experts 
    * L'Assemblée des experts nommera le prochain Guide suprême 
    * Les modérés soutiennent le président Rohani 
    * De nombreux candidats réformistes ont été bloqués 
 
    par Parisa Hafezi 
    ANKARA, 24 février (Reuters) - L'avenir de l'Iran se 
dessinera vendredi à l'issue d'un double scrutin où 
s'affronteront conservateurs et modérés pour renouveler le 
Parlement et l'Assemblée des experts, qui choisira le prochain 
Guide suprême de la république islamique. 
    Les alliés du président Hassan Rohani, portés par l'espoir  
d'une amélioration du niveau de vie après la levée des sanctions 
internationales à la suite de l'accord conclu avec les pays 
occidentaux en juillet 2015, espèrent gagner de l'influence.  
    La tâche s'annonce ardue, entre la censure des conservateurs 
qui ont bloqué un certain nombre de candidatures réformistes et 
la désillusion d'une partie de la population qui constate un 
enlisement des réformes promises par le pragmatique Rohani. 
    D'autant que la perspective de l'ouverture du pays, et la 
popularité du président, inquiètent les alliés du Guide suprême, 
l'ayatollah Ali Khamenei, et ont intensifié la lutte que se 
mènent les différents courants au sein des structures complexes 
du pouvoir iranien. 
    Ainsi, le Conseil des gardiens, composé de douze juristes et 
religieux, chargé d'entériner les candidatures, a opposé son 
veto à des milliers de réformistes qui souhaitaient se présenter 
au Parlement. 
    Au total, quelque 6.300 personnes ont été autorisés à se 
présenter pour les 290 sièges à pourvoir au Parlement alors que 
près de 12.000 candidats avaient souhaité s'inscrire, selon un 
responsable du ministère de l'Intérieur cité par l'agence Fars.  
    Ce conseil a aussi empêché 80% des candidats à briguer un 
siège à l'Assemblée des experts, corps constitué de 88 religieux 
dont la tâche sera de désigner le successeur d'Ali Khamenei, en 
cas de décès ou de départ de celui-ci. Le Guide suprême est âgé 
de 76 ans. Désignés pour huit ans, les experts seront en place 
jusqu'en 2024.  
    Ali Khamenei soutient le strict contrôle des candidats mené 
par le Conseil des gardiens, et a plusieurs fois accusé les 
ennemis de l'Iran d'utiliser les élections pour "infiltrer" les 
structures du pouvoir. 
     
    UNE SUCCESSION LONGTEMPS TABOUE 
    "Je ne me lasserai jamais de dire la vérité, encore et 
encore (...) L'ennemi poursuit son infiltration dans les 
élections. Il faut en être conscient et agir contre les plans de 
l'ennemi", a-t-il dit mercredi dernier. 
    "L'élection de l'Assemblée des experts est très importante 
(...) Elle sélectionnera le Guide suprême quand cela sera 
nécessaire (...) C'est pourquoi l'ennemi est très sensible à 
cette Assemblée", a dit Khamenei. 
    La question de sa succession, longtemps taboue, est entrée 
dans le débat public à l'approche des élections. 
    "Khamenei a 76 ans et connaît des problèmes de santé. Le 
vote de l'Assemblée des experts marquera le futur de l'Iran, car 
la prochaine Assemblée aura la tâche de désigner le prochain 
guide", explique un analyste de Téhéran qui a requis l'anonymat. 
    Seuls 166 des 801 candidats enregistrés ont été autorisés à 
concourir pour l'élection de cette nouvelle assemblée. 
    Parmi les candidats disqualifiés figure Hassan Khomeini, 
petit-fils de l'ayatollah Ruhollah Khomeini, chef de la 
révolution de 1979 et prédécesseur d'Ali Khamenei, qui lui a 
succédé à sa mort en 1989. 
    Le Guide suprême exerce une influence considérable sur tous 
les domaines du pouvoir -- exécutif, législatif, judiciaire. Son 
autorité s'étend aussi à l'armée et aux médias du pays. 
    "Avec plus de modérés siégeant à l'Assemblée, l'Iran 
pourrait se doter d'un leader moins conservateur après Khamenei, 
ou même d'un conseil de direction modéré pour diriger le pays", 
estime l'analyste qui a souhaité rester anonyme. 
    L'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani a dit en décembre 
que l'Assemblée des experts pourrait choisir de désigner un 
"conseil de dirigeants si nécessaire", plutôt qu'un guide unique 
à vie, ce qui a suscité la colère des conservateurs. 
    La Constitution iranienne prévoit déjà la création d'un 
"Conseil de direction" de transition lorsqu'aucun chef suprême 
n'est encore désigné, mais l'idée d'un conseil permanent est 
nouvelle. 
     
    CONCRÉTISER LES PROMESSES 
    La bataille entre conservateurs et modérés pour le Parlement 
ne devrait pas avoir de conséquence majeure sur la politique 
étrangère du pays. En revanche, l'issue du vote aura une 
influence sur l'élection présidentielle prévue l'an prochain. 
    Un Parlement allié de Rohani pourrait permettre aux réformes 
d'avancer dans l'année qui vient, et d'ouvrir le pays aux 
investissements étrangers. Le gouvernement aurait alors plus de 
chances de concrétiser les promesses de liberté faites en 2013 
par le président pendant sa campagne électorale. 
    "Un majlis (Parlement) dominé par les modérés ne s'opposera 
pas aux réformes promises par Rohani comme le fait le Parlement 
actuel. L'harmonie entre exécutif et législatif aidera les 
responsables à mieux servir le peuple" a déclaré un haut 
responsable iranien. 
    Mais de nombreux électeurs, surtout les jeunes et les 
femmes, ont été déçus par Rohani. Ils avaient espéré en 2013 des 
changements dans la société et une plus grande liberté et 
pourraient hésiter à soutenir les candidats du président au 
Parlement. 
    Selon les défenseurs des droits de l'homme, quasiment aucun 
progrès n'a été fait dans le domaine des libertés politiques et 
culturelles. 
    Du côté des conservateurs, Khamenei cherche à garder la 
main-mise sur le Parlement. "Perdre le contrôle du Parlement 
serait un coup dur pour les conservateurs, il ne leur resterait 
plus que le contrôle de l'appareil judiciaire, parmi les trois 
branches du pouvoir iranien", commente le politologue Hamid 
Farahvashian. 
    Le pouvoir judiciaire, dont le chef est nommé par Khamenei, 
a renforcé son contrôle sur les défenseurs des libertés et sur 
les médias ces derniers mois, montrant les limites de 
l'ouverture voulue par les partisans modérés du président 
Rohani.     
 
 (Julie Carriat pour le service français, édité par Danielle 
Rouquié) 
 
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