Irak-Plus de 210 morts et disparus dans l'attentat de Karrada

le , mis à jour à 23:06
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 (Actualise le nombre de disparus §1, exécutions §17-18) 
    par Saif Hameed et Maher Chmaytelli 
    BAGDAD, 4 juillet (Reuters) - Le bilan de l'attentat au 
camion piégé qui a frappé un quartier commerçant de Bagdad dans 
la nuit de samedi à dimanche en Irak atteint désormais 175 
morts, auxquels s'ajoutent 37 disparus, a-t-on appris lundi soir 
de sources policières et médicales. 
    De nouveaux corps ont été retrouvés dans les décombres des 
immeubles détruits par le souffle de l'explosion dans le 
quartier de Karrada et certains blessés ont succombé, ont 
expliqué des responsables.  
    On compte également quelque 200 blessés.  
    L'organisation radicale sunnite Etat islamique (EI) a 
revendiqué cet attentat, l'un des plus meurtriers jamais 
survenus en Irak, en déclarant qu'il était l'oeuvre d'un 
kamikaze. 
    Un autre attentat survenu la même nuit sur un marché du 
quartier chiite d'Al Chaab, dans le nord de la capitale, a fait 
deux morts.  
    Ces attentats prouvent que la capacité de l'EI de frapper au 
coeur de la capitale est intacte, en dépit de récents revers 
militaires, à commencer par la perte de son bastion de 
Falloudja, dont la reconquête a été proclamée le 26 juin par le 
Premier ministre Haïdar al Abadi. 
    Le chef du gouvernement avait ordonné fin mai l'assaut sur 
cette ville située à une soixantaine de km à l'ouest de Bagdad 
qu'il présentait comme la base logistique de la plupart des 
attaques suicide commises contre la capitale. 
    Le convoi du Premier ministre a été accueilli par des jets 
de pierres, ou de chaussons en signe de mépris, dimanche 
lorsqu'il s'est rendu à Karrada, le quartier où il a grandi.   
     
    "DAECH A DES PARTISANS PARTOUT" 
    "Abadi doit avoir une réunion avec les chefs de la sécurité 
nationale, du renseignement, le ministère de l'Intérieur et tous 
les organes de sécurité et leur poser une seule question: 
comment pouvons-nous infiltrer ces groupes?" déclare Abdoul 
Karim Khalaf, ancien général irakien reconverti en consultant 
pour l'European Centre for Counterterrorism and Intelligence 
Studies, un groupe de recherches basé aux Pays-Bas.  
    Selon lui, Daech (acronyme arabe de l'EI) "a des partisans 
ou des membres partout, à Bagdad, à Bassorah, au Kurdistan. Il 
suffit d'avoir un seul homme et une maison pour établir une base 
logistique pour des attaques de ce type".  
    Haïdar al Abadi a ordonné de nouvelles mesures de protection 
de la capitale, à commencer par le retrait de faux détecteurs 
d'explosifs vendus pour 40 millions de dollars par un homme 
d'affaires britannique, condamné depuis, au précédent 
gouvernement de Nouri al Maliki, que la police continuait à 
utiliser alors qu'on connaît leur existence depuis 2011. 
    Lundi à Karrada, les sauveteurs continuaient de fouiller les 
ruines du centre commercial Al Lais qui constituait apparemment 
la principale cible de l'attentat.  
    Le bilan est d'autant plus lourd que de nombreux habitants 
étaient sortis dans cette artère commerçante pour profiter de 
leur soirée et faire des courses à quelques jours de la fête de 
l'Aïd, qui marque la fin du mois de jeûne du ramadan.  
    "A mesure qu'il cède du terrain, Daech va passer d'un groupe 
terroriste s'appuyant sur un soi-disant Etat à un simple groupe 
terroriste", prédit Hicham al Hachimi, auteur d'un livre sur 
l'EI. 
    Cela exigera une réponse accrue de la part des services de 
renseignement et de sécurité et une coopération de la part des 
sunnites irakiens qui s'estiment marginalisés par le pouvoir en 
place. "Leur apport sera de la plus haute importance pour 
démasquer des cellules dormantes", ajoute l'analyste.  
    Les services de renseignement irakiens ont annoncé lundi 
l'arrestation de 40 "terroristes" soupçonnés de former un groupe 
pour perpétrer des attentats à Bagdad et dans la province de 
Diyala, dans l'est du pays. 
    Le ministère de la Justice a parallèlement annoncé que cinq 
personnes condamnées à mort pour terrorisme avaient été 
exécutées lundi matin, ce qui porte le nombre total de personnes 
exécutées pour ce motif à 37 depuis ces deux derniers mois. 
    "Nous refusons catégoriquement toute ingérence politique ou 
internationale visant à bloquer la peine capitale sous prétexte 
de droits de l'homme: le sang irakien est supérieur à tous les 
slogans", a déclaré le ministère en établissant un lien direct 
entre ces cinq exécutions et l'attentat de Karrada.   
 
 (Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse pour le service 
français) 
 
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