Irak-Ouverture d'un deuxième front en direction de Mossoul

le , mis à jour à 21:52
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 (Corrige mastic après l'intertitre) 
    par Ghazwan Hassan et Thaier al Sudani 
    TIKRIT/FALLOUDJA, Irak, 18 juin (Reuters) - Au lendemain de 
leur proclamation de victoire à Falloudja, les forces irakiennes 
ont gagné du terrain samedi en direction de Qayara, ville qui 
pourrait devenir le point d'appui de la reconquête de Mossoul, 
métropole du Nord tenue par l'Etat islamique.  
    Deux divisions de l'armée de terre et des unités des forces 
antiterroristes se sont emparées de deux villages et ont 
progressé de 20 km à l'ouest de Baïdji, rapportent les 
autorités. La ville, qui jouxte la plus grande raffinerie 
d'Irak, a été reprise aux djihadistes en octobre mais les forces 
gouvernementales n'avaient pas progressé depuis. 
    Une base aérienne se trouve à Qayara, ville situé 115 km au 
nord de Baïdji, qui pourrait donc jouer un rôle crucial dans la 
reprise de Mossoul, 60 km plus au nord.   
    "Les opérations pour libérer Qayara ne laisseront pas une 
chance aux terroristes de reprendre leur souffle, en particulier 
avec le début du compte à rebours pour le nettoyage de 
Falloudja", a promis le ministre de la Défense, Khaled al 
Obaïdi, sur Twitter.  
    L'armée, qui a pris position au début de l'année à Makhmour, 
à une centaine de kilomètres au sud de Mossoul, sur l'autre rive 
du Tigre, y menait sans grand succès depuis mars des opérations 
présentées comme les préparatifs de la reconquête de Mossoul.  
    A Falloudja, 50 km à l'ouest de Bagdad, les forces 
irakiennes ont pénétré vendredi matin dans le centre-ville, au 
terme d'un mois de siège.  
    Le Premier ministre Haïdar al Abadi a clamé victoire dans la 
soirée, mais sept quartiers du nord de la ville sont toujours 
aux mains de l'EI et le sud de ce bastion sunnite est encore en 
cours de "nettoyage", a-t-on appris samedi de sources 
policières. Des combats se déroulent par ailleurs rue de Bagdad, 
le principal axe est-ouest.  
    Les forces antiterroristes ont pris l'hôpital, l'une des 
principales positions des djihadistes, qui en ont incendié une 
bonne partie avant de s'enfuir, et sécurisent le quartier 
oriental d'Al Dhoubat, précise l'armée dans un communiqué.  
    La bataille de Falloudja, ville qui comptait plus de 300.000 
habitants avant de tomber aux mains de l'EI en janvier 2014, a 
fait 81.000 déplacés qui ont aujourd'hui besoins de tentes, 
d'eau et de vivres, selon l'Organisation internationale pour les 
migrations (OIM).   
     
    LA ROUTE DU DÉSERT 
    Après avoir rencontré des responsables de l'Onu, Haïdar al 
Abadi a ordonné des mesures d'urgence à mettre en place dans les 
cinq jours: installation d'hôpitaux de campagne et de réservoirs 
d'eau, vaccination des enfants et fourniture d'électricité.  
    Les djihadistes qui tentent de freiner l'avancée des troupes 
gouvernementales au nord de Baïdji ont tué deux policiers et 
blessé trois soldats à coups de mortier, a déclaré le colonel 
Mohamed Abdoulla, du commandement opérationnel du gouvernorat de 
 Salah al Din.  
    Deux attentats à la voiture piégée ont été évités grâce à 
des frappes aériennes, a-t-on dit de sources militaires.  
    Un porte-parole de la coalition conduite par les Etats-Unis 
contre l'EI a déclaré que des hélicoptères d'attaque Apache 
avaient conduit des opérations en soutien des forces irakiennes 
dans la vallée du Tigre.  
    Les forces gouvernementales progressent dans le désert le 
long d'une piste située à l'ouest de l'autoroute Bagdad-Mossoul, 
qui est truffée de mines et traverse des villages où les 
djihadistes sont présents en nombre, a déclaré le colonal 
Mohamed al Assadi, porte-parole de l'armée irakienne.  
    De hauts responsables du contre-terrorisme ont expliqué à 
Reuters que l'armée ne prévoyait pas d'entrer dans des bastions 
locaux de l'EI comme Shirqat ou Hawija, pour ne pas s'enferrer 
dans des batailles secondaires.  
    La piste empruntée a également l'avantage d'éloigner l'armée 
des montagnes de Makhoul, d'où les djihadistes tirent au mortier 
depuis des mois.  
    Le Premier ministre Haïdar al Abadi a promis que Mossoul, 
prise en juin 2014 par l'Etat islamique, serait reconquise cette 
année mais beaucoup d'observateurs doutent que l'armée 
régulière, qui s'était effondrée soudainement face à l'assaut 
éclair de l'EI il y a deux ans, sera prête à temps. 
    Les Etats-Unis estiment que le groupe extrémiste sunnite a 
perdu près de la moitié du territoire qu'il avait conquis en 
2014. La reconquête de Qayara et d'une raffinerie voisine d'une 
capacité de 16.000 barils par jour permettrait aussi à l'Irak de 
couper une source de financement de l'EI.  
 
 (Avec Ahmed Rasheed et Stephen Kalin à Bagdad, Jean-Philippe 
Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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