Irak-Les sunnites, victimes collatérales des raids américains

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par Isabel Coles SOULEIMAN BEG, Irak, 9 septembre (Reuters) - Ils sont quelques uns à chercher leurs proches parmi les corps putréfiés gisant au bord de la route, près de Souleiman Beg, ville du nord de l'Irak reprise la semaine dernière à l'Etat islamique. Les djihadistes "l'ont exécuté seulement parce qu'il était chiite", s'indigne Djomaa Djabratollah, en transportant la dépouille de son ami dans un cercueil. "Nous devons nous venger", ajoute-t-il. Avec l'aide des Etats-Unis et de l'Iran, les forces kurdes et les milices chiites sont parvenues à faire reculer localement le mouvement islamiste, qui a pris en juin une bonne part du nord et de l'ouest de l'Irak, mais les raids de l'aviation américaine ont eu d'autres conséquences inattendues. Les pershmerga kurdes et les miliciens chiites ont certes regagné du terrain, mais les sunnites de la région qui ont fuit les combats y sont devenus indésirables. Les frappes aériennes censées éviter l'éclatement de l'Irak pourraient en fin de compte exacerber les tensions intercommunautaires qui ont favorisé l'émergence de l'Etat islamique et alimenter le discours des djihadistes, qui accusent les Etats-Unis de s'en prendre directement à la minorité sunnite. L'alliance improbable des peshmerga, des milices chiites et de l'aviation américaine a notamment permis de chasser les extrémistes qui assiégeaient Amerli, ville a dominante chiite, et de leur reprendre 25 localités sunnites de la région. Depuis, beaucoup de maisons ont été incendiées par les combattants chiites et d'autres, dont les murs sont couverts de slogans hostiles aux sunnites, sont désormais abandonnées. "NOUS ALLONS RASER LEURS MAISONS" "Pas question qu'ils rentrent chez eux. Nous allons raser leurs maisons", affirme Abou Abdallah, un cadre de la Kataïb Hezbollah, une milice chiite d'Amerli. Les civils qui ont fui la ville savent à quoi s'en tenir. "Si une armée régulière tenait la zone, on pourrait rentrer, mais, tant que les milices sont là, c'est impossible. Il nous tueraient sur le champ", dit un déplacé de la région. Certains habitants ont effectivement pris fait et cause pour l'Etat islamique, mais il ne s'agit que de cas très isolés et les autres n'ont pas osé se dresser contre le mouvement, ajoute-t-il. Tourkman al Mouradi et sa famille ont fui Souleiman Beg en juin, au lendemain de l'arrivée des djihadistes, pour se rendre dans secteur tenu par les peshmerga. Un mois plus tard, son fils de 21 ans a été enlevé. Il l'a ensuite reconnu dans une vidéo diffusée sur internet sous le titre "Arrestation d'un membre de l'Etat islamique". On y voit un milicien chiite le décapiter. Ses bourreaux réclament désormais 2.000 dollars pour restituer son corps sans la tête, ramenée à Bagdad en guise de trophée. "On ne peut pas rentrer. Si la milice chiite partait, c'est l'Etat islamique qui reviendrait et la même chose se produirait", se désespère la mère de la victime. Le maire de Touz Kourmato a confirmé la véracité de ce récit. Quatre autres sunnites ont, selon lui, été enlevés au cours des dernières semaines, vraisemblablement par des miliciens chiites. Dans une autre vidéo, on peut voir des combattants brandissant les têtes de ce qu'ils affirment être des djihadistes. (Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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