Irak: L'EI prend Ramadi, les milices chiites appelées en renfort

le , mis à jour à 12:55
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* La prise de Ramadi est sans précédent cette année * La capitale de la province d'Anbar n'est qu'à 110 km de Bagdad * L'implication de milices chiites en pays sunnite est risquée (Bien lire "sans précédente cette année" au premier paragraphe, ajoute frappes de la coalition au § 14) BAGDAD, 18 mai (Reuters) - Les combattants de l'organisation Etat islamique ont infligé un revers sans précédent cette année aux forces gouvernementales irakiennes en s'emparant au cours du week-end de la ville de Ramadi, la capitale de la province sunnite d'Anbar située à 110 km à l'ouest de Bagdad. Alors que les troupes irakiennes, renforcées par des milices chiites et soutenues par la coalition aérienne constituée autour des Etats-Unis, avaient repris au début du printemps la ville de Tikrit, la chute de Ramadi est une première depuis l'offensive éclair de l'EI l'année dernière, quand l'organisation extrémiste sunnite avait pris Mossoul, la deuxième ville du pays, et une grande partie du nord de l'Irak. Le Premier ministre irakien Haïdar al Abadi, jusque-là réticent à impliquer des milices chiites au coeur du pays sunnite irakien par crainte d'affrontements confessionnels, a cette fois demandé leur soutien. Les milices Hachid Chaabi, ou Comités de mobilisation populaire, qui regroupent les forces paramilitaires chiites, ont reçu l'ordre de se mobiliser, a déclaré lundi un de leurs porte-parole. "A présent que le mouvement Hachid a reçu l'ordre de se mettre en marche, ils vont intervenir. Ils attendaient cet ordre, maintenant, ils l'ont", a dit Ali al Sarai. D'après les services du gouverneur provincial, les combats de Ramadi ont fait un demi-millier de morts ces derniers jours, des soldats mais aussi des civils, tandis que 6.000 à 8.000 habitants fuyaient la ville. LA CONFIANCE DE JOHN KERRY La chute de Ramadi est un revers majeur pour les forces ralliées contre l'organisation Etat islamique. C'est aussi un dur retour à la réalité pour Washington, dont un commando héliporté des forces spéciales a tué au tout début du week-end dans l'est de la Syrie un des chefs du groupe djihadiste, Abou Sayyaf, qui codirigeait les opérations financières, pétrolières et gazières de l'EI. (voir ID:nL5N0Y70EB ) "L'opération représente un coup important porté à l'EI, et rappelle que les Etats-Unis n'hésiteront jamais à priver d'un havre de sécurité les terroristes qui menacent nos citoyens et les ressortissants des pays amis et alliés", s'était félicité le secrétaire à la Défense, Ashton Carter. En déplacement en Corée du Sud, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a dit avoir confiance dans la possibilité de reprendre Ramadi dans les prochaines semaines. "J'ai une confiance absolue dans le fait que dans les jours à venir, les choses seront inversées", a-t-il dit. Au Pentagone, on s'efforçait de minimiser l'impact de la chute de la ville sur la contre-offensive lancée depuis des mois par les forces irakiennes et leurs alliés. "Ramadi était contestée depuis l'été dernier, l'EI a aujourd'hui l'avantage", a dit Elissa Smith, porte-parole du département américain de la Défense. Sa chute servira sans doute à la propagande de l'organisation dirigée par Abou Bakr al Baghdadi, mais "signifie simplement que la coalition va devoir soutenir les forces irakiennes pour la reprendre plus tard", a-t-elle ajouté. Selon un porte-parole de la coalition, 19 frappes aériennes ont visé le secteur de Ramadi depuis vendredi, ciblant notamment des positions de combat tenues par l'Etat islamique. "La coalition a accrû son soutien dans Ramadi aujourd'hui afin de répondre à toutes les demandes des forces de sécurité irakiennes", a-t-il ajouté. "EFFONDREMENT TOTAL" Dans un communiqué publié dimanche soir, l'Etat islamique affirme avoir capturé des chars et avoir tué des dizaines "d'apostats", un terme qu'elle emploie pour désigner les membres des forces gouvernementales. Plus tôt dans la journée, l'armée irakienne avait évacué une base militaire stratégique située près de Ramadi alors que les djihadistes sunnites donnaient l'assaut. Selon un officier, qui a souhaité rester anonyme, les combattants islamistes leur ont demandé par haut-parleur de déposer les armes, leur promettant qu'ils auraient la vie sauve. Des forces spéciales de l'armée irakienne, qui tenaient encore un dernier quartier, celui de Malaab, ont été contraintes de se replier vers l'est dimanche après avoir subi de lourdes pertes. Les insurgés ont alors poussé leur avantage, se rapprochant du centre de commandement des opérations pour la province. Un membre du conseil de la province d'Anbar a décrit la situation à Ramadi comme un "effondrement total". La ville était l'une des dernières villes encore sous contrôle des forces gouvernementales dans l'ouest de l'Irak, un vaste territoire désertique s'ouvrant à l'ouest de Bagdad et courant vers l'Arabie saoudite, la Syrie et la Jordanie. (Bureau de Bagdad, avec Matt Spetalnick à Washington; Nicolas Delame, Patrick Vignal et Henri-Pierre André pour le service français)

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