Irak-L'EI laisse derrière lui des récits d'horreur

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    par Stephen Kalin 
    HAMMAM AL ALIL, Irak, 8 novembre (Reuters) - Depuis la 
fenêtre de sa chambre, Riyad Ahmed a observé les combattants de 
l'Etat islamique (EI) jeter des habitants de sa ville, Hamman al 
Alil, dans une prison de fortune improvisée de l'autre côté de 
la rue. 
    Il les a vus procéder à des exécutions sommaires en pleine 
nuit pour terroriser la population de cette localité située au 
sud de Mossoul, dernier grand fief des djihadistes dans le nord 
de l'Irak. 
    Ahmed a entendu les cris des victimes alors qu'il se cachait 
avec plusieurs dizaines de voisins. "Le diable lui-même serait 
surpris des techniques de torture de Daech", affirme cet ancien 
prof d'anglais âgé de 29 ans. 
    La ville a été libérée lundi. L'armée et la police fédérale 
irakiennes ont pris possession des lieux au cours du week-end 
dans le cadre de l'offensive contre Mossoul lancée le mois 
dernier. 
    Aucun quartier d'Hamman al Alil n'a échappé à la violence de 
l'EI. Dans sa rue, raconte Ahmed, six personnes ont été 
exécutées dont son père et une famille de trois personnes qui 
vivaient à côté de chez lui. 
    La plupart des victimes étaient d'anciens membres de la 
police et de l'armée, indique Abdoul Rahman Al Waggaa, membre du 
conseil de la province de Ninive. 
    Le lycée agricole a servi de centre d'exécution. Plusieurs 
centaines de personnes y ont été massacrées, abattues ou 
égorgées, dans les jours précédant l'arrivée des forces 
gouvernementales, précise Ahmed. 
    La police irakienne a confirmé ce récit mais elle n'a pas 
encore pu se rendre dans l'établissement car la route qui y mène 
a été piégée avec des bombes artisanales. 
     
    RUSE MORBIDE 
    La prison qui se trouve face à la maison d'Ahmed était 
autrefois la résidence d'un officier de l'armée irakienne qui a 
fui devant l'offensive éclair des djihadistes lorsqu'ils ont 
conquis un tiers du territoire irakien en 2014. 
    Les murs sont couverts de suie. Avant de fuir les lieux les 
combattants de Daech ont probablement provoqué un incendie. En 
revanche, les cages en fer, à peine plus grandes qu'un homme 
adulte, sont intactes. 
    Ahmed a appris l'anglais pendant les neuf années de présence 
des troupes américaines qui renversèrent Saddam Hussein en 2003. 
Parler avec un étranger lui procure un plaisir évident. Pendant 
deux années, il a vécu dans la peur d'être exécuté pour un 
simple mot de travers. 
    "Nous vivions en enfer, comme des zombies", explique-t-il. 
    Les habitants d'Hamman al Alil se sont cachés en groupes, à 
près d'une centaine par maison, afin de ne pas être emmenés de 
force vers Mossoul alors que les djihadistes devaient se 
replier. 
    "Ils ne savaient pas que nous étions là. Nous ne faisions 
pas de bruit. Pas de lumière, pas de bruit, aucune parole", 
précise Ahmed. Sa famille avait fait des stocks de nourriture 
mais tout le monde a maigri. Aller aux toilettes était un 
risque. 
    "Si les forces (gouvernementales) étaient arrivées quelques 
jours plus tard, nous serions à Mossoul en ce moment. Daech 
voulait nous emmener" pour servir de boucliers humains, précise 
Ahmed. 
    Pour débusquer les civils qui se cachaient, les djihadistes 
avaient inventé une ruse morbide. Ils enfilaient des uniformes 
et se faisaient passer pour des soldats irakiens. 
    Quand les civils sortaient pour les accueillir, ils les 
exécutaient, raconte Tarik, étudiant dans une école d'ingénieur. 
"Même un nourrisson d'un an, ils lui logeaient un balle dans la 
tête."   
 
 (Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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  • delapor4 il y a un mois

    Espérons que les USA ne vont pas bombarder l'armée irakienne pour sauver la mise à Daesh (comme ils l'ont fait il y a peu avec l'armée syrienne).

  • M5285637 il y a un mois

    comment a t on pu laisser s'installer cela sans réagir,et ils veulent généraliser cela au monde entier?